A Good American: entre dénonciation et victimisation

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Le Festival Millenium est bourré de surprises. Pour commencer le parcours expliqué précédemment, c’est à Friedrich Moser que l’on va s’intéresser, pour son documentaire sur le côté sombre de la NSA, agence de surveillance suprême aux Etats-Unis. Avant toute chose, jetons un œil au trailer.

Une histoire inquiétante

A Good American, c’est l’histoire de Will Binney, un génie de l’analyse de données issues des moyens de communication. Un personnage à la base d’un projet de collecte et de surveillance des métadonnées nommée ThinThread. Le principe? Permettre d’établir des liens entre chaque individu du monde entier, par le tri massif des métadonnées issues des services de renseignements. Ce tri permettait de mettre en lien des suspects et d’établir une liste précise de ceux que la NSA se devait de surveiller.

Comble de la bonne intention, ThinThread utilisait un système de cryptage permettant de brouiller les noms des personnes sur écoute, lesquels ne seraient révélés qu’en cas de présentation d’un mandat. Un moyen brillant pour s’assurer le respect de la vie privée. Pour résumer ces explications complexes, retenez que ce programme permettait donc de mettre le monde entier sur écoute, sans que l’on puisse choisir ceux que l’on cible sans l’aval des hautes instances de la sécurité. Une sorte de schéma de connexions planétaire.

Un programme qui va se retrouver en grande difficulté sous l’impulsion de l’obtention budgétaire de la NSA. En effet, dans le même temps, le gouvernement Américain avalisait l’établissement du programme Trailblazer, basé là aussi sur la surveillance de masse, mais sans tenir compte du passage au numérique (nous parlons de choses datant des années 90). La raison? Le prix de ThinThread était tellement faible (3,2 millions de dollars), qu’il ne nécessitait pas un financement suffisant à la NSA. Trailblazer aura donc la préférence, amenant des rentrées colossales pour son établissement. Un programme qui finira d’ailleurs par utiliser les ressources de Will Binney, sans le cryptage, violant ainsi ouvertement le droit à la vie privée, sous prétexte de menace terroriste.

Une bonne intention

Si le film en lui-même part d’une très bonne intention, à savoir sensibiliser à l’appât du gain au dépend de notre sécurité réelle, force est de constater qu’il manque totalement de contrepoids. Interroger les protagonistes du projet ThinThread est une chose, avancer les preuves de ce qu’ils avancent en est une autre. Un tas d’images génériques parlent de données permettant d’empêcher des attentats, notamment le 11 septembre, sans qu’aucun élément tangible ne soit fourni durant le film. Il aurait été bon d’avoir le point de vue de ceux qui, aujourd’hui, travaillent à la NSA, voir, si la sécurité le nécessite, de ceux qui y travaillaient au moment de l’affaire.

La plus belle preuve de ce manque de recul se présente en toute fin de projection, lorsque l’un des fondateurs de ThinThread prononce cette phrase: « aucun attentat n’a pu être déjoué depuis cette affaire« . Difficile, après ça, de ne pas venir crier au manque d’objectivité. Au rayon positif, notons la bonne qualité des explications techniques, vous aurez vraiment la possibilité de comprendre ce programme dans toute sa complexité, tant les mots utilisés et les schémas présentés sont clairs. Autre chose très agréable, la réalisation et le système chronologique. Vous remonterez le temps pour découvrir à quel point la NSA était capable de développer ses technologies, plus au moins rapidement et qualitativement. L’intrigue est très bonne et vous capte vraiment tout au long du documentaire.

A Good American n’est pas un mauvais film. La réalisation est excellente, les images sont belles et l’évolution de l’intrigue est logique et crédible. Mais sans recul, vous sortez de cette salle sans aucune foi en l’humanité.

« Il n’est pas trop tard »

En marge de la projection, l’équipe de Millenium Festival proposait aux journalistes de poser quelques questions au réalisateur, Friedrich Moser, ainsi qu’à Will Binney himself. L’occasion d’avoir son opinion, notamment, sur la prévention terroriste.

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Selon lui, les états du monde entier auraient la possibilité, par l’application de son programme de surveillance, de localiser absolument tous les terroristes, amenant ainsi à la destruction du moindre groupuscule obscurantiste. Un fait qu’il explique par le principe selon lequel personne ne peut, physiquement, empêcher ses données d’être traçables sur le web ou sur les réseaux de télécommunications. Autre information intéressante, selon lui, aucun attentat ne serait plus possible dans le monde, tant ce système serait efficace. Et au vu des explications techniques apportées durant le documentaire, il paraît difficile de lui donner tort. Mais à nouveau, gare au manque de recul.

Pour conclure, A Good American est un documentaire bourré de bonnes intentions, de volonté civile inimaginable, mais glisse légèrement dans le côté complotiste que l’on espérait éviter. Cependant, il est agréable à regarder et met en avant certaines lacunes inquiétantes dans notre sécurité. A noter le projet d’en faire un film à visée éducationnelle, notamment en le mettant à disposition des Kinepolis et des écoles désireuses de le projeter. Une idée à creuser.

 Alexandre Braeckman

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