La loi du marché

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Projeté en ouverture (pas du marché mais bien du Brussels Film Festival), en présence du réalisateur Stéphane Brizé et de l’acteur Vincent Lindon, le film a déjà convaincu Cannes (prix de l’interprétation). Mais en pleine crise économique, a-t-on vraiment envie de voir un film qui parle de chômage et de précarité?

Avec un premier temps où l’on découvre Thierry, chômeur depuis une vingtaine de mois suite à la délocalisation de son usine, et sa famille, le film semble lourd et indigeste. Sans doute car nous n’aimons personnellement pas voir au cinéma des situations que l’on entend ou vit tous les jours (dans le quartier, au travail ou en surprenant une conversation dans la rue). La vie difficile du personnage principal semble exagérée, avec certaines scènes qui tournent à l’absurde. Un effet involontaire pour ce drame, dont est très conscient l’équipe, puisque Vincent Lindon nous explique que « nous avons aussi rigolé en revoyant la scène tournée la veille, ce n’était pas le but recherché et je pense que le rire fait figure de réaction de défense face à la violence gratuite de la situation« . Après réflexion, il n’a pas tord. Enchaînant casseroles et mauvaise chance, on découvre plusieurs facettes de Thierry. Le pôle emploi inefficace, la banque rapace, les autres chercheurs d’emploi prêts à tout, les autres tout simplement.

Le deuxième temps réveille et commence à faire tourner les rouages du cerveau. Thierry trouve un petit emploi de vigile dans un super-marché. Il doit contrôler les clients, surveiller mais également fliquer les autres employés, également précarisés. L’absurdité inhumaine, encore une fois, des décisions managériales face à des petits écarts des employés, certaines réactions violentes, vont pousser Thierry dans ses retranchements. Doit-on tout accepter et fermer sa gueule pour avoir un emploi et vivre décemment? Avec une magnifique finale en « ragequit », la réponse semble évidente.

Pas loin du docufiction, on ne peut que souligner l’effort du réalisateur de montrer le chômage et la crise économique dans toute sa noirceur. La caméra, qui suit toujours et ne précède jamais l’acteur, accentue cet effet de fuite en avant. Tourné avec un tout petit budget et en six mois seulement, le pari osé semble plutôt réussi!

Cédric Dautinger

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