The Babadook : grosses ficelles, petite émotion

Babadook

Amelia est dans la mouise. Elle élève seule son fils de sept ans, après que son mari a perdu la vie dans un accident de la route en l’amenant à la maternité. Et comme on peut l’imaginer, c’est pas facile : Sam — son fils, donc — est un gosse hyper-actif : il adore la magie, explose des pétards aux quatre coins de la maison et se fait virer de l’école avant de fracasser le nez de sa cousine. Oh, et Sam a des visions, aussi. Il est persuadé qu’une créature sortie d’un livre trouvé dans sa chambre le pourchasse la nuit venue. Son nom ? The Babadook. Pas cool, Babadook. On ne le voit pas, mais il est là. Tout en noir. Avec des griffes bien longues. Là, tout près. Sous ton lit. A côté de toi dans la bagnole. Et il te murmure à l’oreille des trucs flippants, genre : Baaaabaaaaadooook. Et c’est tout ? Ouais, c’est tout. Baaaabaaaadooook. Baba. Baba. Babadoooook.

C’est minimaliste, mais assez subtil mine de rien. Pendant la première demi-heure, la tension monte irrémédiablement. Par moments, on est touché par la détresse d’Amelia. Et ça se dégrade, minute après minute : l’assistance sociale débarque, la famille est aux abonnés absents, personne ne peut aider ni Amelia, ni son taré de fils. Et pendant ce temps, Babadook attend dans le placard. Il frappe à la porte. Il se balade. Il est flippant, et jusque-là, c’est du très bon fantastique. Ambigu. Bien filmé. C’est Ken Loach + le croque-mitaine. En plus, les acteurs sont (très bons) — le gamin est incroyable.

Malheureusement, The Babadook pêche exactement là où pêchent tous les films dans son genre. Quoi, flipper au cinéma, c’est chouette ; pleurer, c’est encore mieux. Tout est dans la métaphore, que la réalisatrice Jennifer Kent nous assène à grands coups d’ampoules qui claquent au plafond : le Babadook, en fait, c’est le deuil manqué du défunt mari d’Amelia. Dans l’idée, d’ailleurs, on acquiesce à grands coups de références : Shining est un très beau film sur la dépression et Sixième Sens, un très beau film sur… le deuil. Dans les deux cas, le fantastique sert un propos plus profond, plus réel. Dommage que le Babadook, lui, existe bel et bien.

 Clément Boileau

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