Lost River

LostRiver

Le pitch : Billy (Christina Hendricks) vit avec ses deux fils à Lost River, une ville désertée par ses habitants. Particulièrement attachée à la maison de son enfance, elle refuse de partir, malgré les menaces d’expulsion. En dernier recours, elle accepte de travailler dans l’étrange club d’un banquier à l’allure plutôt louche. De son côté, son fils ainé, Bones, découvre une route secrète qui mène à une cité engloutie. Dans l’atmosphère macabre et désolée de cette ville perdue, ils ouvrent tous deux des chemins sans retour, dont ils sortiront transformés.

Ryan Gosling réalise son premier film. L’événement est de taille, on en parle depuis sa projection à Cannes, en mai, dans la sélection Un Certain Regard. Une diffusion qui avait divisé la critique. Plutôt bien accueilli par les français, le film a été descendu par les américains, à tel point qu’il n’est finalement sorti que sur quelques écrans à New York et Los Angeles. Alors, qu’en penser? Ses détracteurs n’y ont vu qu’une pâle copie d’un David Lynch, l’inspiration en moins. Sur ce plan, on ne peut leur donner tout à fait tort. Le genre fantastique désenchanté, avec cette ambiance nauséabonde, évoque directement l’univers Lynchien. On sent la volonté de mettre mal à l’aise, avec des images oniriques, à la limite de l’horreur, soulignées par une bande-son entêtante. Mais le travail de David Lynch n’est pas la seule inspiration du beau gosse canadien. Il l’avoue lui-même, il est allé pêcher des idées du côté de Derek Cianfrance (Blue Valentine) et Nicolas Winding Refn (Drive et Only God Forgives), ses deux réalisateurs fétiches. Là encore, les emprunts se voient comme le nez au milieu de la figure. On suit le jeune garçon (alter-ego de Gosling?) de dos. L’image est hyper stylisée, il y a un réel travail des atmosphères, c’est beau. On ne peut pas le nier, Benoit Debbie, le directeur de la photographie attitré de Gaspard Noé, a encore fait du bon boulot. Mais, n’est pas David Lynch ou Nicolas Winding Refn qui veut. À force de copier, Gosling en perd la touche personnelle, celle qui distinguera son film des autres.

Les réticences américaines sont donc tout à fait compréhensibles. Car, au delà de l’esthétique visuelle, Lost River est loin d’être une parfaite réussite. Les quêtes de cette mère célibataire et de son fils sont finalement anecdotiques, ne dépassant jamais le stade de la vague évocation. Gosling introduit des symboles, une mystérieuse ville engloutie, un club secret, une vieille femme emmurée dans son silence. Intéressant, mais pas assez abouti pour provoquer un réel impact. L’esthétique, néons rouges et jeux de lumière, prime sur l’histoire, assez prévisible en fin de compte. Belle tentative donc, mais qui, à l’image de l’acteur dans Only God Forgives, manque de personnalité.

Elise Lenaerts

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