Hungry hearts, haut-le-coeur

hungry

Jude et Mina se rencontrent à New-York, s’aiment, se marient et font un enfant. Puis les choses se gâtent. De l’amour à l’horreur, le réalisateur de La solitude des nombres premiers rate le coche du huis-clos, malgré un couple d’acteurs impeccables.

Ça commence comme dans un bon vieux Woody Allen. Un plan fixe, une situation cocasse, deux personnages qu’on découvre de but en blanc, des dialogues qui font mouche. Jude est ingénieur, new-yorkais, Mina est italienne et travaille à l’ambassade. Il sont coincés dans les toilettes d’un restaurant asiatique et rient de leur situation — et nous avec eux. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce drôle de prologue réuni tous les éléments du film à venir, l’humour en moins : quatre murs, un couple, et bientôt, un bébé. Bref, l’angoisse.

Ainsi donc arrive l’enfant et avec lui, le désespoir qui va peu à peu s’emparer de Mina. C’est d’abord un blues que l’on croit passager. Puis la visite fortuite chez une diseuse de bonne aventure, qui prédit à la future mère un enfant unique — un petit Jésus rien qu’à elle. Mina semble le prendre à la légère, mais trop tard : la petite graine de la folie est plantée, et, après un accouchement difficile, la jeune femme cesse peu à peu d’alimenter le nourrisson, croyant le protéger des affres du monde moderne.

Evidente, la comparaison avec le Rosemarys baby de Polanski écrase un peu ce film en trompe l’oeil. Car contrairement à son prestigieux aîné, Hungry Hearts ne substitue pas son propos à la brume du genre fantastique : ici l’on est dans le réel, les modifications sensorielles n’étant véhiculée que par le truchement de la mise en scène. Objectif avoué : oppresser le spectateur entre les murs de l’appartement, lesquels semblent se refermer sur le couple et leur bébé… Les plongée se succèdent, surplombant l’horreur rampante à distance, comme pour se garder de tout malentendu. A force de ne pas savoir sur quel pied danser, Hungry Hearts se perd en références (comme cette scène chez le juge évoquant Kramer contre Kramer), avant de s’entraver dans un final vaguement hitchcockien. Dommage, car les performances d’Alba Rorhwacher (Mina) et Adam Driver (Jude) sont remarquables d’un bout à l’autre.

Sortie dans nos salles ce 15 avril 2015.

Clément Boileau

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