A la découverte des vignobles languedociens: les AOC à l’honneur

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Région moins connue chez nous que Bordeaux ou la Bourgogne, le Languedoc augmente doucement sa popularité. Après notre première visite chez des professionnelles du vin à Bordeaux, nous avons pu découvrir une autre région du sud de la France, à l’occasion de l’événement « terroirs et millésimes en Languedoc ». Au menu: du soleil, plus de mille vins à déguster, les professionnelles de l’agence Clair de lune et beaucoup de bonne humeur.

Le Languedoc, situé dans le sud de la France, comprend de nombreuses grandes villes comme Montpellier, Toulouse, Nîmes ou Carcassonne. Entre les montagnes des Pyrénées et la mer méditerranée, la région compte différents terroirs de qualité mais également une histoire très riche. Entre langue occitane et fierté cathare, pôles universitaires et gastronomie reconnue, cette partie de la France sait également allier tradition et modernité. Niveau vins, la région compte parmi les poids lourds avec plus d’une bouteille française sur trois produite dans le coin (5% en quantité mondiale).

Un mot (ou même plusieurs) sur les AOC

Pour protéger les vins prestigieux selon leur terroir ou leur technique de fabrication, la France a toujours mis en avant des labels. Les « appellations d’origine contrôlée » sont le fruit d’un long combat des vignerons français, reconnues dans plusieurs pays de l’Union Européenne et inspirant de nombreux états. Ces AOC (ou AOP, pour « protégée ») permettent d’empêcher la contre-façon (la Chine, pourtant friande de copie, respecte par exemple activement l’AOC Champagne) et d’encadrer des méthodes de production (comme la « méthode champenoise », dont on reparlera).

L'AOC Pic-saint-loup encadre les vins produits autour du fameux pic.

L’AOC Pic-saint-loup encadre les vins produits autour du fameux pic qui marque le paysage local.

Dégustation professionnelle: petit guide pour éviter la bacchanale

A peine débarqué de l’avion, nous voilà au château de Flaugergues qui accueille les dégustations professionnelles chaque matin (pendant une semaine complète). Le principe reste simple: chaque matinée est dédiée à la dégustation (à l’aveugle ou avec des notes informatives) de différentes AOC. Avec un estomac rempli par le petit-déjeuner (mais pas trop), les journalistes peuvent effectuer leur examen rapide des vins qui les intéressent. Un coup d’œil à la robe, le premier et deuxième nez suivent pour enfin goûter le divin breuvage… avant de le recracher. Une habitude qu’on adopte rapidement pour tenir la demie-journée, mais qui n’empêche néanmoins pas le palais de saturer après plusieurs dizaines de vins. Il faut donc effectuer des choix préalables, dans les blancs ou les rouges (ou les rosés), dans les régions, les millésimes mais également dans d’autres spécificités. Et surtout ne pas hésiter à demander l’avis des collègues, jamais avares de discuter autour d’un verre (et d’un crachoir).

Premier conseil au réveil: éviter le dentifrice et le café qui perturberont le palais lors de la dégustation.

Personnellement, nous avons débuté avec des Saint Chinian blancs. Avec des robes pâles et huileuses, on retrouve au nez des notes très fruitées. Elles se confirment en bouche, où les saveurs de pomme et de mirabelle composent avec une fraîcheur parfaite en dessert. Rajoutons des notes de brioche et de toast pour certains vins (sans doute passés en fût de chêne) et nous retiendrons quelques noms: le Mas Champart de 2013 et Le Clos de ma Mère du domaine Clos Bagatelle, en millésime 2014. Côté vins liquoreux, pour ceux qui aiment ça, nous avons remarqué les deux muscats de Lunel (en 2014): Muscat de printemps et Cuvée Prestige.

Nous sommes ensuite resté sur les blancs et rosés avec l’AOC Corbières, tout en nous focalisant sur les vins bio. Les rosés n’ont pas réussi à nous convertir, contrairement aux remarquables blancs. Au sommet de notre classement, citons le Premier Pas sur la Lune de Sainte Marie des Crozes (2014), fruité et floral. On retrouve ensuite la 3ème cuvée du Domaine Py et le Château de Luc Cuvée les Jumelles de la Famille Fabre. Citons également, hors bio, l’excellent Château Haut Gléon des Vignobles Foncalieu, qui illustre parfaitement le côté beurré dont nous parlions.

"Qui dit vin, dit pot-de-vin" a trouvé écho parmi la presse étrangère, qui connaît ses classiques belges.

« Qui dit vin, dit pot-de-vin » a trouvé écho parmi la presse étrangère, qui connaît ses classiques belges.

Nous avons terminé nos dégustations avec l’AOC Fitou, que nous aimions déjà en réalité. Regroupant neuf communes, cette AOC peut se targuer d’être la plus ancienne pour les rouges du Languedoc (1948). Vins d’assemblage comme les grands bordelais, l’objectif avoué des vignerons de cette région est de proposer dans les prochaines années des crus classés. En attendant, nous avons découvert les bruts de cuve: des vins qui seront commercialisés en mai et qui ne dévoileront leur potentiel que dans quelques temps. Sans rougir (enfin si), voici notre sélection 2014: le Champ des Sœurs Tradition, le Domaine de la Grange, le domaine Grand Guilhem Angels, l’Antho Cyane, le Château des Erles Fitou, les 4 et le Château de Montmal.

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Deux noms sortent du lot: la Cuvée de l’Ancêtre du Domaine Maynardier et l’Expression de Schiste du domaine de Cascastel.

Plaisirs autour du vin

Personne ne nous contredira, boire un verre d’alcool prend tout son sens avec des amis. Les dégustations professionnelles matinales nous laissaient donc un peu sur notre faim (comme le restaurant gastronomique du château, excellent mais pour les petits estomacs). Pas de problème en France, où la gastronomie occupe toujours une place importante dans le cœur des habitants. Direction l’étang de Thau, où nous avons visité l’exploitation Tarbouriech. Que peut-on cultiver dans l’eau? Des huîtres! Romain et sa sœur Florie avaient mis les petits plats dans les grands avec une visite en bateau de la culture ostréicole. L’occasion d’observer les huîtres à différents stades de leur croissance ou l’ingénieux système mécanique à l’énergie solaire que Romain commande via son Smartphone pour remonter et descendre les petites bêtes. Mais aussi de se rendre compte de la patience et de l’ardeur nécessaires pour atteindre une haute qualité, qui se perd dans la mode des buffets à volonté dont sont friands certains consommateurs.

Une huître grandit en deux à trois ans, ce qui explique son prix élevé.

Une huître grandit en deux à trois ans, ce qui explique son prix élevé et sa catégorie de produit d’exception.

Pour aborder le thème populaire (avec raison) de l’association mets-vins, les organisateurs du voyage avaient prévu une dégustation de l’AOC Picpoul de Pinet. Situé justement à côté du bassin de Thau, ce terroir maritime profite de la Méditerranée pour faire pousser le cépage piquepoul, qui donne des vins blancs frais, floraux et minéraux. Un délice avec des fruits de mer, et plus particulièrement les fameuses huîtres.

 

Nos coups de cœur de cette dégustation ensoleillée: le Château Petit Roubié (bio) et la Cuvée Anniversaire de Beau Vignac.

Nos coups de cœur de cette dégustation ensoleillée: le Château Petit Roubié (bio) et la Cuvée Anniversaire de Beau Vignac.

Après l’accueil discret mais charmant de Florie et certaines représentantes, on continue la rencontre de femmes d’exception avec une soirée organisée par les Vinifilles. Comme à Bordeaux, les femmes qui gèrent des vignes revendiquent leur travail, et prouvent aussi qu’elles savent mettre l’ambiance. On se souviendra longtemps de la dégustation suivie d’un énorme banquet, suivi d’un concert rock au Trinque Fougasse de Montpellier. Fondée en 1999, l’association féminine compte 18 femmes de caractère, dont une compatriote belge! Justement partie en 1999 pour suivre son homme, Fabienne Bruguière tombe rapidement amoureuse du terroir et de la vigne. Son exploitation, le Mas Thélème, est issu de l’AOC Pic-saint-loup. Notre regard (et notre bouche) se portèrent également sur les vins du Mas Seren, qui portent des noms d’étoiles comme le Lilith, l’Etamin ou le Mintaka. Il ne manquait plus que quelques amis pour parfaire les soirées du sud, ce fut chose faite avec le débarquement de Fabrizio Bucella, le professeur du Cercle d’Oenologie de l’ULB (également journaliste dans le domaine).

Focus sur une AOC: le Limoux

Non loin de la cité de Carcassonne, au pied de la Montagne Noire et en plein pays cathare, le Limoux constitue également la première AOC du Languedoc (1929). Mais la blanquette de Limoux, un vin blanc effervescent, possède également une histoire intéressante. Les moines bénédictins de l’abbaye de Saint-Hilaire, comme leurs homologues belges ou du nord de la France, aimaient expérimenter et tenter de nouvelles choses avec l’alcool. En résultat la première recette décrite actuellement comme la « méthode champenoise ». On retrouve pourtant trace de ce processus de fabrication dès 1544 en Limoux. Des bulles et des blancs minéraux et fruités, les vins de la région bénéficient de quatre terroirs spécifiques qui se goûtent à la première dégustation.

Robert, du Domaine de Fourn, est le premier à nous faire visiter ses vignes et ses méthodes de production.

Robert est le premier à nous faire découvrir ses vignes et ses méthodes de production.

Notre première halte dans l’agréable petite exploitation du Domaine de Fourn, permet de découvrir des crémants et blanquettes, fabriqués à l’ancienne. La cave descend sur plusieurs étages, avec un monte-charge, et abrite également d’autres succulents secrets que le public chanceux peut découvrir. La maison Antech, vieille de six générations et plus grande, propose une large gamme de vins pétillants. Françoise Antech-Gazeau (croisée à la soirée Vinifilles) a choisi de cultiver des raisins certifiés « terra vitis » (une appellation proche du bio). Mais l’exploitation n’en est pas à sa première femme aux commandes puisqu’on retrouve déjà une courageuse femme à sa tête dès 1915. La Première Guerre Mondiale ayant emporté son père et son fiancé, l’ancêtre de la famille dédicaça sa vie au vin. En primeur, nous avons pu déguster la Grande Cuvée 2010, doux et fondant avec une forte note de crème et de pâtisserie, qui n’éclipse pas les autres excellents vins goûtés dans la journée.

Dégustation horizontale pour découvrir les quatre terroirs du Limoux.

Dégustation horizontale pour découvrir les quatre terroirs du Limoux.

Nous avons terminé notre voyage gustatif du côté d’Arques, avec l’énorme cave Sieur d’Arques. Cette coopérative propose de nombreux vins, surtout blancs et rosés, issus de chaque coin du Limoux. Grosse exploitation ne veut pas dire industrie sans âme: Sieur d’Arques s’engage dans le développement durable et accueille très chaleureusement les visiteurs dans son bar à vins. Idéal pour goûter avant d’acheter quelques caisses. Nous parlerons enfin du domaine Baron’Arques, acheté par la famille Rothschild en 1998. Situé sur la commune de Saint-Polycarpe, le domaine répond surtout à la soif de défi (et de vins) de la propriétaire: produire des rouges de qualité dans une région connue pour ses blancs. Avec un franc succès, dans une gamme aux prix abordables pour le grand-public qui veut s’offrir un plaisir particulier.

Voilà notre dossier qui s'achève, santé!

Voilà notre dossier qui s’achève, santé!

Pour en savoir plus: consultez le site du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL).

Cédric Dautinger

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