Birdman

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N’imaginez pas un film d’action même si le super-héros mentionné dans le titre semble surfer sur la mode actuelle. On retrouve plutôt un véritable OVNI cinématographique, possédant plusieurs niveaux de lecture et des utilisations intelligentes des techniques du cinéma. Sous-titré « La surprenante vertue de l’ignorance », le film fut projeté en ouverture du Festival de Venise et en clôture de celui de New-York l’année passée, tout en remportant récemment plusieurs Golden Globes (meilleur film et meilleur acteur pour le rôle principal). Des honneurs peu surprenants vu le pedigree du réalisateur: Alejandro González Iñárritu, nominé 12 fois aux Oscars pour ses films (Amours chiennes, 21 Grammes, Babel et Biutiful).

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego… S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Possédant de nombreux parallèles avec l’histoire de Don Quichotte, on retrouve un Riggan (Michael Keaton, qui interpréta Batman pour Tim Burton) dépassé, soucieux de retrouver sa gloire passée, alors que sa pièce risque de ne pas décoller comme sa carrière en tant que Birdman… En plus de ce stress, des soucis financiers et son entourage le poursuivent, tant au niveau professionnel (son assistant incarné par un discret Zach Galifianakis, son premier rôle incarnée magnifiquement par Edward Norton) que sentimental (son ex-femme, sa maîtresse, sa fille). Ajoutons encore une voix qui lui parle et son imagination débordante qui transforme son quotidien en fresque poétique. Hors de son temps, célébrité déchue qui se fait cracher dessus, en proie à ses propres fantasmes, il ne manquerait plus que des moulins à vent.

En plus des thématiques complexes, on observe également une maîtrise profonde des techniques du cinéma au travers de ce film. Le réalisateur, aidé par ses monteurs, donne l’impression d’un plan-séquence unique, fragment de la vie de Riggan. Le résultat est saisissant et enivrant, renforcé par des clins d’œil intradiégétiques (comme lorsque la batterie entendue en fond apparaît à l’écran). Loin d’être de simples détails, ces idées renforcent le film et offrent une agréable leçon de cinéma.

Sortie dans nos salles ce 28 janvier 2015.

Cédric Dautinger

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