Manifestation nationale: le jour de la honte (mais pas pour les bonnes raisons)

10730891_10205254998720163_3634681408241820113_n

Impossible de ne pas l’avoir senti passer. La fameuse manifestation nationale de ce jeudi 6 novembre aura mobilisé près de 120.000 personnes. Des personnes inquiètes du futur de leurs emplois, de leurs droits sociaux, de la politique d’austérité qui ne mène à rien, du futur pour leurs enfants. Pourtant, les médias belges ne parlent pas vraiment de ça. A la place, un discours nauséabond, plein de clichés et de manipulation. Pourtant, à la Pige, on connaît bien les conditions de travail du journaliste de base, le pigiste justement. Et comme nous ne travaillions pas forcément ce jeudi, on a eu le temps d’observer notre journalisme creuser encore plus sa propre tombe. Florilège de la journée:

Aux journaux télévisés francophones, pas trop de surprise, on retrouve surtout de la merde. Les sujets insistent bien sur les débordements de la manifestation, à savoir une cinquantaine de casseurs, des voitures vandalisées, une moto de police incendiée, l’occupation de quelques bureaux, et de dizaines de policiers blessés dont deux gravement. Bien entendu, et personne n’ose dire le contraire, ces actes sont à condamner. Mais sur une aussi grosse mobilisation, personne n’aurait pu éviter des incidents. Le demander au chef de la police, qui rétorque froidement « on a fait tout notre possible » est inutile et stupide. Ce qui est drôle, quand on creuse un peu, c’est de constater ceci. D’après la Dernière Heure, voici une photo d’un manifestant emmené par la police. Sauf qu’il s’agirait d’après plusieurs sources d’un policier provocateur bien connu des manifestants réguliers et des services de police. Encore pire, d’après Résistances, les casseurs seraient majoritairement des militants d’extrême-droite anversois… Vous savez, ceux qui se sentent proches de la NVA.

Photo BELGA.

Faisons ensuite un rapide tour de la presse écrite, qui insiste également sur les mêmes faits (pourquoi s’amuser à l’acheter le lendemain alors? on se demande d’où vient la crise de la presse). Une distinction entre les casseurs (une info) et les manifestants (une autre info) semble pourtant évidente, puisque dès le début, les représentants syndicaux indiquèrent à la police des « individus au comportement agressif qui bousculent les manifestants ». Les quelques journalistes présents sur le terrain (des témoins donc) l’assurèrent également: l’ambiance n’était pas mauvaise et ils n’ont pas ressenti d’insécurité. Evidemment puisque l’on est loin d’une manifestation violente comme celle survenue en Ukraine (mais là, nos médias parlaient de héros) ou récemment à Hong-Kong où les triades cassaient du manifestant. Mais ne les écoutons pas et observons plutôt les images d’apocalypse qu’exhibent La Libre Belgique (qui suit sa lignée de droite conservatrice en désignant les manifestants comme des « citoyens anormaux » dans un édito), le Vif, la DH et Sudpresse (qui oublient vite le tout pour se concentrer sur la défaite du Standard, vraiment une mauvaise journée pour eux).

Interlude avec cette photo drôle, ou triste, un peu des deux:

Le patron de la FEB ne recule devant rien pour montrer qui a la plus grosse. Dommage que son opération marketing l’empêche justement… de travailler.

Rappelons pour finir que le « luxleaks », révélé par la presse (une note positive donc) aura fait moins parler d’elle. Pourtant, il s’agit d’un dumping fiscal bien caché des plus grosses entreprises belges (26 sociétés sur les 340 au total) via le Luxembourg. Pour simplement éviter de payer des impôts (ha si, moins de 1%) sur ce qu’elles payaient à leurs actionnaires. On parle d’un trou de plusieurs milliards d’euros que les pays concernés n’auront pas, pour par exemple, payer la sécurité sociale, l’éducation, la santé, les sujets de la manifestation donc. Cette révélation est le fruit du travail du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), relayé en Belgique par Le Soir. Cette révélation n’énerve aucun des riches qui préconisent la tolérance zéro contre les manifestants.

Face à ces réactions, il faut dépasser les clivages politiques ou idéologiques. Peu importe que l’on soit de gauche ou de droite, cette couverture médiatique et des réactions, comme l’initiative « Le 15 décembre, je travaillerai », lancée par une jeune étudiante… qui ne travaille donc pas sauf au MR, ne prouvent qu’une chose: en Belgique, les riches sont aussi très cons. Comme Bart de Wever qui déclare en soirée que « Les syndicats n’ont aucune alternative : ils veulent que nous copiions la France, mais ce pays est dans une situation infiniment pire que la nôtre« , avec 35 heures/semaine et la plus grosse productivité européenne… Pendant que lui faisait son entrée au Parlement, avec un chauffeur qui roulait avec une fausse plaque pour sa voiture de luxe, en évitant les amendes pour conduire « un puissant ».

Cédric Dautinger

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>