La BD du mois d’octobre : Y, le dernier homme

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Y, le dernier homme est le nom d’un Comics, qui, même s’il date un peu, mérite un éclairage particulier. Il est rare en effet de voir une BD s’attaquer aussi frontalement à un thème féministe. Et il est encore plus rare que ça réussisse.

Le dernier homme, c’est Yorick, un chômeur maître de l’évasion (du style Houdini). Mais pourquoi « dernier » ? Parce qu’en une seconde, pour une raison inconnue, tous les mâles de la planète meurent subitement, chez les hommes comme chez les animaux. Tous, sauf Yorick. Et son petit singe.

L’idée est évidemment très intéressante et justifie le choix d’en parler, notamment parce le Comics donne lieu à des réflexions, disons, cocasses. En effet, alors que s’éteignait chaque porteur du chromosome Y, s’éteignait aussi 99% des propriétaires terriens, 92% des dangereux criminels, 99% des mécaniciens et électriciens, 85% des représentants gouvernementaux et 100% des prêtres catholiques, imams et rabbins. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cet ouvrage, ce sont ces chiffres, implacables.

 

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Une histoire de femmes racontée par un homme

Alors les femmes arriveront-elles à survivre à la catastrophe et à recréer une société ? Oui, bien sûr que oui. Une fois la catastrophe advenue, tous les avions tombés (95% des pilotes sont des hommes), les centrales arrêtées, les voitures conduites par des hommes encastrées ; voilà les femmes au travail pour reconstruire.  Le système politique essaye de se remettre en place, la machine se relance. La question brûlante est celle de l’avenir de cette société qui ne pourra pas durer plus d’une génération. Sauf évidemment à parler de reproduction génétique, questions intéressantes que la BD soulève sans tabou.

Cependant, malgré ces bonnes idées de départ, et malgré des dialogues humoristiques très bien ficelés, la BD pose problème. Le nombre de remarques sexistes dans la bouche de femmes n’est pas toujours très cohérent; le héros, en tant que dernier homme, pense qu’il va sauver la terre tout seul, parce que, bon, ces femmes ne s’en sortiront pas sans lui. Un personnage au comportement de mâle alpha, ça faisait longtemps.

Plus grave encore, le seul groupe féministe du scénario pense que la meilleure chose à faire dans un monde dévasté: c’est de retrouver et tuer ce dernier homme. Sinon il n’y aura pas de vraie égalité. What the fuck ? D’accord, il faut des méchant(e)s pour faire une bonne histoire. OK, la disparation de tous les hommes pose la question (hypothétique) du devenir du féminisme. Pourtant représenter les féministes uniquement sous les traits d’enragées sur-violentes, c’est le dépeindre sous un mauvais jour dans notre monde réel, où les hommes n’ont pas disparu et où le mouvement ne souhaite pas la mort des hommes, mais l’égalité.

Si l’on sent pas mal la patte de l’homme dans le scénario, c’est une femme au dessin. On ne peut lui faire aucun reproche si ce n’est des représentations parfois un peu trop sexualisées, et des visages qui se ressemblent souvent.

Un bilan plutôt mitigé donc, mais l’occasion tout de même de réfléchir à la place des femmes dans nos sociétés.

Nicolas Pochet

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