Festival des Libertés : fragments hackés d’un futur qui résiste

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« Bonjour, ceci est un milieu aseptisé, veuillez suivre les lumières ». Des hommes et des femmes en combinaisons médicales blanches guident le spectateur avec des lampes de poche dans le brouillard de la salle Huisman, au Théâtre national. Il y fait sombre et de la fumée nous empêche de voir à plus de quelques sièges de distance. On nous entasse et nous attendons.

Un conte pour adulte

Très vite, une voix s’élève dans le noir. Un hacker tchèque a décrypté des fragments audio venus du futur sur un internet parallèle. Avant d’être arrêté, il a eu le temps de les envoyer au Festival des Libertés, qui a (courageusement) décidé de les diffuser. Le rideau s’ouvre. Nous rentrons alors dans un monde de bruits étranges et futuristes. Il nous faut quelques minutes pour nous adapter à une histoire uniquement orale à multiples voix. Comme si nous avions perdu cette habitude de l’enfance, lorsque nos parents nous racontaient des contes pour nous endormir. On retombe dedans cependant facilement. Car l’histoire du spectacle, elle, est bel et bien adulte.

Dans un futur pas très lointain, les rues, les parcs, les places des villes ont été privatisées. Certaines rues ne sont accessibles qu’aux citoyens disposant d’un forfait privilège, d’autres ne le sont que pour ceux qui ont le forfait premium. Les citoyens lambda vivent eux sans forfaits. Des drones gardent les rues privées et en interdisent le passage. Live, une femme enceinte décide, plutôt que de faire un détour de 3 kilomètre pour aller à l’hôpital, de couper par une rue privilège. Mal lui en prendra car le drone n’hésitera pas à lui tirer dessus. Son bébé survivra, pas elle. Mais Live faisait partie d’un groupe, les Anarchitectes, qui luttent contre la privatisation des rues. Son compagnon, Kacem, est alors désigné pour prendre la tête de l’insurrection. Les Anarchitectes commencent à créer des cabanes sur les places, dans les parcs privatisés. Ils invitent tout les miséreux à venir y loger. C’est la lutte pour les droits. La flicaille charge. Ils sont délogés mais reviennent. Pourtant, le mouvement est non-violent. « Pas par conviction mais par stratégie », dit une femme. Avec les caméras généralisées, impossible d’être violent sans subir la violence de l’Etat en retour et au centuple. Dans les coulisses du pouvoir, un seul mot d’ordre : discréditer le mouvement.

Si on peut regretter le manque de jeux des acteurs pour certaines voix, mention spéciale aux sons et aux bruits qui ont fait vivre l’univers futuriste qui nous a été dépeint. Encore une fois, la science-fiction s’avère imbattable pour nous faire réfléchir à des thèmes politiques d’actualité : la privatisation des espaces publics (on l’a notamment constaté lors du concert de Lady Gaga sur la Grand Place), le recours extensifs à la violence par l’Etat, les moyens de contester, la désobéissance civile.

Pari réussi.

Nicolas Pochet

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