Apéros pour l’Emploi : se regrouper pour briser les clichés autour du chômeur

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C’est peu dire, que l’accord de gouvernement ne fait pas que des heureux. Si tout le monde sera touché par les mesures de la Suédoise, il est un public qui nous concerne tout particulièrement : les jeunes. Ce vendredi 24 octobre, place Sainte-Catherine, dès 17h, aura lieu la deuxième édition des Apéros pour l’Emploi. L’occasion de rassembler jeunes et moins jeunes autour de stands d’infos, de concerts, de bières artisanales et d’un free podium. Des prises de parole de différentes personnalités associatives et syndicales sont également prévues. « Car contester et revendiquer ne doit pas forcément rimer avec morosité ! Ensemble nous pouvons faire bouger les choses ! »

Rencontre avec Géraud Hougardy, secrétaire général du Conseil de la Jeunesse, l’une des organisations à l’origine de cette action. Depuis plusieurs mois, le Conseil de la Jeunesse et une quarantaine d’autres organisations du secteur associatif se sont donc rassemblés au sein d’un Comité d’Action Pour l’Emploi (CAPE) afin de se faire entendre.

Le Conseil de la jeunesse organise ce vendredi la deuxième édition des Apéros pour l’emploi. Quel est le but de ces rencontres ?

Nous voulons rassembler une série d’acteurs du secteur jeunesse et un maximum de monde pour mettre la question de l’emploi des jeunes à l’agenda politique. Aujourd’hui, on présente trop souvent le chômage, la crise, comme une fatalité naturelle au lieu de considérer ces drames sociaux pour ce qu’ils sont : les conséquences de choix politiques qui concernent tous les citoyens.

« L’accord de gouvernement représente un casus belli contre la jeunesse » peut-on lire dans votre communiqué de presse.  Ce sont des mots forts.

Le gouvernement propose une augmentation du temps de travail par son annualisation, par sa flexibilisation et par l’allongement des carrières jusqu’à 67 ans. Il s’agit donc de travailler plus. Travailler plus… pour gagner moins puisque le saut d’index « intelligent », les réductions d’effectifs dans les services publics et la réduction des cotisations patronales signifient in fine une baisse des revenus pour les travailleurs et un affaiblissement de la sécurité sociale.

Nous sommes inquiets de la généralisation des emplois précaires, intérimaires, sans statuts, notamment les stages de transition en entreprise déjà appliqués par les régions et qui poussent les jeunes à travailler sous le seuil de pauvreté et sans possibilité de se projeter dans un emploi stable et épanouissant.

Le gouvernement prétend lutter contre la pauvreté en « responsabilisant » les demandeurs d’emploi. Il poursuit la dégressivité des allocations, les milliers d’allocataires qui vont être exclus du chômage et la politique de contrôle et de sanctions. Les contraintes et conditions pour obtenir des allocations de chômage sont durcies, notamment pour les étudiants de plus de 25 ans qui ne pourront plus prétendre aux allocations d’insertion sur base du diplôme.

Mais les chômeurs ne sont pas responsables de l’exclusion du marché du travail… dont ils sont victimes. Va-t-on croire que les dizaines de milliers de jeunes sans emploi sont inactifs, fainéants et non-désireux de trouver leur place dans la société alors que des dizaines de CV sont envoyés pour chaque offre d’emploi à Bruxelles ?

Pire que cela, le gouvernement veut imposer le travail forcé aux allocataires sociaux. C’est pousser jusqu’à l’absurde les politiques de l’offre qui, au nom de la compétitivité, cherchent à écraser le « coût » du travail. On connaissait déjà les mini-jobs allemands et les McJobs anglais et maintenant la Belgique va forcer les chômeurs de longue durée à travailler gratuitement sous peine de perdre leurs allocations ?

Quelle serait la solution ?

La Belgique est plus riche aujourd’hui que jamais dans son histoire. On sait que le premier poste de dépense dans le budget de l’État va vers le remboursement de la dette. Pour rembourser les intérêts de cette dette gonflée par le sauvetage des banques et la sous-fiscalité du capital, le gouvernement applique les mêmes recettes idéologiques déjà appliquées en Grèce, en Espagne et Italie, avec les résultats que l’on sait.

En réduisant les dépenses publiques, en coupant dans le financement de la sécurité sociale, en comprimant les salaires, on va précariser encore davantage des milliers de citoyens, éloigner la perspective pour chaque jeune de pouvoir trouver un emploi décent, épanouissant et porteur de sens. Même au niveau économique, les commentateurs sérieux savent que cela n’améliorera pas la santé financière du pays.

Il faut briser le dogme de l’austérité, déconstruire les discours qui prétendent qu’il n’y a pas d’alternative à la guerre économique de tous contre tous. Des pistes de réflexions existent : réduction collective du temps de travail, audit citoyen de la dette publique, lutte contre la fraude fiscale, relance écologiquement responsable…

Vous l’avez dit, les chômeurs sont plus que jamais stigmatisés. Comment sortir de cette situation selon vous?

Être sans emploi dans une société où l’on se définit par son travail, c’est évidemment difficile. D’autant que le discours dogmatique sur les « chômeurs profiteurs » continue à être diffusé par certains médias qu’on sent beaucoup moins prolixes lorsqu’il s’agit des « assistés » qui nous survolent en jet privé. Malheureusement, ce discours s’insinue également dans l’esprit de certains sans emplois. Ce stigmate fait mal et conduit de nombreuses personnes, déjà en situation de précarité matérielle dans une souffrance psychologique ou existentielle.

A cette souffrance psychologique individuelle, nous voulons substituer l’action politique collective, le débat d’idée, l’intervention publique de ceux qu’on entend moins.

L’accord de gouvernement parle du respect qu’on doit avoir pour les entrepreneurs. Il ferait bien de respecter les droits et la dignité de tous les citoyens. Est-ce que les jeunes vont se mobiliser pour une année de pension en plus ou en moins ? Je ne le crois pas. Les jeunes vont se mobiliser parce qu’on les traite avec mépris, parce qu’ils savent qu’un autre monde est possible.

En insistant sur l’obligation des jeunes à trouver un travail, ne renforcez-vous pas cette même idéologie du travail que vous critiquez ?

Le Conseil de la Jeunesse et ses partenaires souhaitent réfléchir à une réduction collective du temps de travail et donc plus généralement à la place du travail dans notre société. Il est clair que les gains de productivité des deux derniers siècles devraient nous inviter à repenser la manière et ce que chacun peut apporter à la société. Le travail salarié est aujourd’hui le véhicule de la reconnaissance sociale mais sans doute, à l’avenir faudra-t-il remettre en cause l’économicisme, l’obsession du travail et de la réussite inscrite au cœur de l’éthique capitaliste. Ce sont des questions qui vont se poser de plus en plus. Nous n’avons pas de réponses toutes faites à apporter, ce qui importe pour le Conseil de la Jeunesse c’est que chaque jeune puisse développer son propre questionnement, s’inscrire dans une dynamique de réflexion et de remise en cause par rapport à tout ce que certains médias nous présentent comme naturel et évident. Et l’urgence, il est vrai, c’est la défense de notre modèle social, des emplois décents encadrés par des statuts protecteurs pour tous.

On sait que le diplôme ne protège plus du chômage aujourd’hui. Qu’en penser ?

Je vais être très cynique mais d’une certaine manière cela peut permettre une prise de conscience de la part d’une population relativement privilégiée et qui pouvait penser que ça n’arrivait qu’aux autres. Aujourd’hui la situation sociale me parait explosive et le sera davantage lorsque les jeunes des quartiers défavorisés et les bourgeois déclassés comprendront ensemble qu’ils peuvent tous être victimes, avec une violence différente bien sûr, du chômage et de la précarité. Le philosophe allemand Holderlin disait : « Là où croit le désespoir, croit aussi ce qui sauve. » Il y a des gouttes qui font déborder des vases.

Pour en savoir plus : la garantie Jeunesse Européenne

Le Comité Action pour l’Emploi  demande  une réelle concertation des jeunes dans la définition des politiques de l’emploi et notamment pour l’usage des fonds alloués aux projets liés à la Garantie Jeunesse . Ce dispositif européen vise à lutter contre le chômage des jeunes. L’Union Européenne elle-même a en effet demandé aux États de prendre leur responsabilité et de mettre en place les moyens pour que « chaque jeune se voit offrir un emploi, une formation ou un stage dans les quatre mois suivant son entrée sur le marché du travail. » Dans cette recommandation pour une « Garantie Jeunesse », l’Europe demandait également que les principaux concernés, les jeunes et les Organisations de Jeunesse soient concertés dans l’usage des moyens alloués par le Fond Social Européen.

Camille Wernaers

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