Rencontre avec Adrien Brody et Moran Atias

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Deux heures de train en terres flamandes, l’air marin qui nous accueille avec un beau soleil typique du mois de… septembre. Heureusement, la ville d’Ostende fourmille de repères pour ne pas trop nous décontenancer. On passe rapidement à côté du Mercator pour longer les restaurants et arriver devant la piscine qui jouxte le Thermae Palace. Souvenirs d’enfance… Renforcés par la présence d’un hôte de marque pour cette édition du FFO (Film Festival Oostende): Adrien Brody, accompagné de l’actrice Moran Atias. Nous les avons rencontré pour discuter de leur film, Third person (notre critique ici), mais aussi revenir sur leurs carrières.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce film?

AB: Principalement à cause de Paul Haggis (NDLR: le réalisateur) car j’adore son travail et ses idées. Des amis en commun m’ont parlé de son projet et j’ai été convaincu par la complexité qui lie les personnages du film. Je suis à un moment de ma vie où j’ai vécu suffisamment de choses pour pouvoir prétendre incarner un businessman qui tombe amoureux d’une femme mystérieuse. Je sais gérer et incarner ce genre de petits défauts personnels. Si je devais incarner une femme par contre, je serai beaucoup moins convaincant!

Comment préparez-vous vos rôles, dont ceux du film en particulier?

AB: En général, je m’applique énormément pour un rôle mais celui-ci a nécessité moins de travail que d’autres. Je suis prêt à aller très loin pour incarner un personnage, pas parce qu’il le faut, mais parce que c’est une nécessité pour moi. J’ai eu la chance d’être entouré de personnes créatives ces dernières années, qui me poussent à m’investir au maximum pour exprimer des palettes d’émotions différentes, comme ici une sorte de faillite émotionnelle. Je puise dans ma propre vie et dans mon imagination pour jouer ces personnages. J’ai assez vécu pour comprendre le deuil, la volonté de réussir… Et ensuite je peux imaginer que je suis une autre personne, que je pèse plusieurs kilos de muscle en plus et que je suis un mercenaire…

MA: Pour atteindre une certaine aisance pour jouer mon personnage de roumaine sans-papiers, j’ai senti que je devais travailler en amont, sur différents niveaux. J’ai voulu comprendre ce que pouvait être la vue d’une de ces femmes donc je me suis immergée pendant trois mois et demi. Par exemple, en allant mendier dans la rue. Je pensais que ça serait facile mais en réalité, ce fut très dur et j’ai donc dû passer du temps sur chaque étape. Je devais trouver d’abord de bonnes excuses pour demander de l’argent car les gens pensaient que j’avais l’air trop en forme que pour être dans le besoin, on me donnait d’ailleurs plutôt des cigarettes. J’ai dû me convaincre moi-même qu’il n’y avait pas de honte à demander de l’argent quand on est dans le besoin, car auparavant je jugeais comme beaucoup de monde les mendiants. Je pensais aussi que nettoyer un pare-brise serait facile mais on imagine même pas le nombre de manches et de raclettes qui existent… Et il faut pratiquer un peu pour voir lesquelles fonctionnent bien ou pas. Peut-être que quand ma carrière sera plus longue, j’oserai me baser en partie sur mon imagination mais pour le moment, je dois m’immerger au maximum dans un rôle.

Dans vos carrières, quelles raisons vous poussent à accepter ou refuser un rôle?

AB: Mes critères changent avec le temps mais j’essaye d’être aventurier, sans humour car je prend mon métier très au sérieux. Mais je dois rester libre et suivre ma propre voie. Donc à différents moments, je suis attiré par différentes choses et rôles, différentes sensibilités et des personnes avec qui je veux collaborer. Au final, ça doit être un rôle qui me rend curieux ou dont j’ai envie d’apprendre. La constante dans mes choix se résume à: est-ce neuf et y a-t-il des challenges à relever?

MA: Je m’implique totalement quand je prépare un rôle donc la présence d’Adrien, que je connaissais déjà, m’a relaxée. J’ai tendance à me plonger dans une immersion totale lors d’un tournage et j’ai observé comment il se préparait avant de jouer une scène. Un peu comme une révision avant d’entamer le prochain examen.

Peut-on faire un parallèle entre vos personnages et votre propre personnalité? Lequel d »entre-eux serait le plus proche de vous?

AB: Bonne question, je n’y pense pas souvent et je choisis parfois des rôles très différents de ma personnalité. Mais il y a une part de moi dans chaque personnage, évidemment. Il me faut une connexion, et comme je suis très complexe, je sais avoir un lien avec tous ces personnages sans qu’aucun d’entre-eux ne soit moi. C’est difficile de vous donner un exemple, il a des tonnes de ces liens qui apparaissent dans ma vie. Leurs vies sont fictives mais elles m’attirèrent à un moment précis de ma propre existence, pour diverses raisons.

Le fait d’avoir gagné un Oscar et un César pour le pianiste vous a ouvert des portes ou plutôt l’inverse?

AB: La force du métier d’acteur, c’est de pouvoir expérimenter ces rôles et les vies qu’ils représentent. Savoir interpréter un personnage avec brio donne un avantage mais aussi un défaut. C’est pour ça que certains acteurs jouent toujours le même genre de personnage. J’ai cherché à accomplir mon rêve de diversité mais ça a confus certaines personnes. Au contraire, ça devrait être encourageant, et ne pas prêter à confusion. On choisit naturellement la sécurité et la régularité mais j’aime les défis. Predators l’illustre bien. Certains pensent que j’ai accepté le rôle pour l’argent, uniquement pour avoir un gros cachet et figurer dans un gros film hollywoodien. Ce fut une vraie bataille de convaincre le public mais aussi les studios, de prouver que l’acteur qui incarna le pianiste pouvait aussi se mettre dans les chaussures d’Arnold Schwarzenegger. Le faire avec intégrité, sans froisser les fans de ce genre de films, dont je fais partie, fut un énorme défi que je pense avoir réussi, et j’en suis très fier. Gagner une récompense rend les choses difficiles car la barre est placée trop haute, parfois plus haut que ce qu’une personne peut atteindre. Je n’ai pas vu de rôle supérieur au pianiste… Alors j’expérimente et je tente des nouveaux rôles très différents.

Pour terminer en beauté, les deux acteurs ont eu l’honneur d’inaugurer leurs étoiles sur la jetée d’Ostende, en rencontrant les fans et en souriant. « Mon propre pays ne m’a pas encore donné d’étoile, je suis fier d’en avoir une en Belgique! », déclare Adrien Brody avant d’arracher le sable à mains nues, comme un enfant. Moran Atias, moins habituée des cérémonies pompeuses mais radieuse, optera pour le classique balais tendu par les organisateurs avant de demander aux journalistes d’immortaliser le moment pour elle. On termine par une bière (bon d’accord, on l’a bu entre deux rencontres) avant de profiter d’une dernière promenade à la mer. On est bien en Belgique, non? En tout cas, Adrien apprécie le pays, où il a tourné pour incarner Charles Quint tout en préparant son rôle d’Houdini pour une série.

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Cédric Dautinger

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