The Expendables 3, joli cas de schizophrénie hollywoodienne

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A mon humble avis, le tout premier Big Mac du monde devait avoir un goût délicieux. Ce sont les milliards de Big Mac suivants qui lui ont donné ce petit arrière-goût de merde réchauffée au micro-ondes.

Au fond, l’idée de départ d’Expendables est plutôt astucieuse : réunir le gratin du cinéma d’action d’hier et d’aujourd’hui permettait de flatter l’égo des fans de Predator et Piège de Cristal sans avoir l’air de leur servir un produit qu’ils connaissent déjà par cœur. Cinématographiquement parlant, c’était un bon moyen de ressusciter un esprit, celui du film de gros bras, l’humour en plus. A ce titre, Expendables 1&2 remplissaient allègrement leur mission : divertir simplement, à l’ancienne, à grands coups de clins d’oeil et d’explosions en cascade, sans céder toutefois au « tout second degré » façon Last Action Hero et Demolition Man. Un bon produit, en somme, même si l’on sait tous que c’est de la merde — mais de la merde consommable, un genre de bon gros Mac Do du dimanche soir.

Malheureusement, une fois le concept épuisé, il a fallu que Stallone, grand tragédien devant l’éternel, se fende d’une histoire qui tienne la route. Et c’est là que les choses se gâtent. Ça commence sur un train filant à toute vitesse dans la campagne soviétique. Dans le train, l’hirsute et génial Wesley Snipes, retenu prisonnier, apprend-on, depuis plus de huit ans. Lancés à la poursuite du train, Stallone et sa bande venus libérer le copain. Ce qu’ils font, non sans oublier de tout faire péter sur leur passage. A ce stade, on y croit encore : pourquoi Wesley fut-il fait prisonnier ? Quelle est la vraie raison de sa libération ? Va-t-il se transformer en vampire ?

En fait, on ne sait pas trop. Une mission ratée plus tard, l’équipe est dissoute et les larmes viriles coulent sur les biscotos tatoués : « On est trop vieux pour ces conneries », assène un Stallone impassible, qui se met alors en tête de réunir une nouvelle équipe, plus jeune et plus moderne. On voit le message se dessiner en grosses lettres de feu sur l’écran : PLACE AUX JEUNES. Exit donc Dolph Lundgren et Antonio Banderas, Stallone lance de parfaits inconnus recrutés ici et là aux basques du méchant de service, joué pour le coup par l’immense Mel Gibson.

Evidemment, personne ne croit une seconde à cette nouvelle génération. Et l’on comprend vite, une fois les jeunes capturés, que tout ce gloubi-boulga à propos de passer la main n’était qu’un prétexte de plus pour faire revenir les vieux mercenaires aux affaires, lesquels s’en vont gracieusement sauver ces jeunes qui ont essayé de leur piquer la place. S’ensuivent des fusillades diverses, des looping en hélicoptère, un énième « I’ll be back » signé Schwarzenegger, une belle remarque raciste à l’endroit du pauvre Jet « face de citron » Li, le tout rehaussé de la présence fantomatico-sénile de Harrison Ford. C’est lourd, c’est long, ça ne va nulle-part, et le pire de tout : c’est pas drôle.

A la fin, les jeunes et les vieux rentrés sains et saufs au bercail sirotent de la Budweiser dans un bar qui ne diffuse vraisemblablement que de la Country. Stallone essaie de nous faire croire que ces jeunes sont l’avenir du métier, sous l’oeil goguenard d’un Jason Statham qui sait bien comment tout ce business fonctionne : dans un an, on ne se souviendra même plus de leurs noms. Par contre, Expendables 4 squattera de nouveau les écrans du monde entier.

C’est la beauté délicieusement schizophrène d’Hollywood : faire croire que tout a changé, mais continuer à servir la même merde avec un peu plus de ketchup.  Allez, un dernier Big Mac et j’arrête.

Clément Boileau

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