Luchini, ta gueule

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Faut imaginer la scène. Je suis assise tranquille au ciné, un paquet de pop-corn à la main, quand commencent les bandes-annonces. Et je tombe là-dessus. Une espèce de teaser pour le prochain film d’Anne Fontaine (dont j’ai adoré Perfect Mothers), Gemma Bovery. Jusque là tout va bien, dans le presque meilleur des mondes. Sauf que. Ni scénario, ni scènes fortes du film ne sont montrés au spectateur. Au contraire. Voilà donc des gros plans sur les jambes et la bouche de l’actrice, Gemma Arterton,  le tout avec en doux fond sonores, les commentaires de son confrère, l’acteur Fabrice Luchini, qui, devant mes oreilles médusées, décrypte son physique de A à Z et continue sur sa lancée en parlant même d’une « bombe atomique ». Le teaser s’arrête enfin. Ça y est. Je souffre de palpitations.

 

C’est vrai quoi.  Ce n’est pas comme si des millions de femmes de par le monde et ce depuis plus d’un siècle, des femmes de toutes origines, de toutes couleurs de peau et de toutes religions, se sont battues ou se battent encore pour être autre chose qu’un cul. Et voilà qu’on vend un film avec comme unique argument le physique de l’actrice. Je peux comprendre que l’acteur soit là dans son rôle, celui d’un homme captivé par une femme.
Mais et alors? En quoi le problème est-il moindre parce qu’il s’agit d’une fiction ?  On avait d’ailleurs déjà vu des boucliers se lever pour des émissions qui proposaient à des animateurs de commenter le physique des femmes présentées à eux. Ici, on se retrouve face à un homme qui ne fait rien d’autre que ça.
La réification de la femme, c’est-à-dire cette tactique qui consiste à la présenter comme un objet (ou un plat devant lequel on salive) est un procédé vieux comme le monde.  Un objet d’ailleurs, ça ne parle pas : l’actrice n’ouvre pas une seule fois la bouche de toute la vidéo. Belle ode à la femme et à ce film, qui n’en méritait peut-être pas tant.
C’est un autre débat vieux comme le monde qui s’ouvre : est-ce que la culture se doit d’être révoltée et de ne pas se soumettre à un système patriarcal, qui tue encore chaque jour, ou est-ce qu’elle est juste là pour le refléter la réalité, sans pour autant devoir la critiquer? Moi en tout cas, j’ai choisi.
Luchini, ta gueule. Ecoute un peu ce qu’elle a dire.

 

Camille Wernaers

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