The Rover: Guy Pearce, une voiture, un désert

_ROW7658.nef

Dans une Australie futuriste où règne un chaos économique, chacun défend comme il peut ce qui lui reste de propriétés. Au beau milieu d’un désert  malfamé, Eric (Guy Pearce) se voit voler sa voiture par des malfrats en fuite. L’homme, sans raisons apparentes, semble maintenant prêt à tout pour récupérer sa précieuse Rover. Durant son périple, il fera la connaissance de Rey (Robert Pattinson), adolescent attardé dont le frère n’est autre que le chef de la bande qu’il poursuit. Un croisement des chemins bien heureux pour une recherche qui se poursuit dans l’inconnu.

Une image gangrénée

Annoncé par beaucoup de médias comme LE film qui emprunterait les mêmes codes que Mad Max, The Rover est bien loin de ces affabulations. Tout d’abord, parce que le réalisateur David Michôd (Animal Kingdom) ne parie pas sur les déguisements S.-M. de la trilogie de George Miller (et préfère le short de randonnée) mais surtout  parce que le propos du film est loin de l’image de justicier flanquée à Mel Gibson. Certes, il y a aussi une course poursuite et  un panorama d’une société en proie au chaos. Mais le film tisse ici son fil rouge sur l’obsession : le bonhomme veut récupérer sa voiture, coûte que coûte, au détriment d’un ceste de sensibilité. Et d’un coup, la forme qui s’en échappe nous rappelle les ingrédients chéris par Nicolas Refn (Drive, Only God Forgives) : une pellicule laissée à elle-même (les dialogues se comptent sur les doigts d’une main), des éclats de violence crue et un délire acharné (rappelant la vengeance exacerbée des films précités). La ressemblance s’arrêtera cependant là. Le travail sur l’esthétique n’est pas le point d’orgue de The Rover, même si celle-ci est judicieuse. Les plans illustrent encore et encore cette atmosphère poisseuse, lourde, faite de sueur crasse et de mouches grasses (cette abondance d’insectes a d’ailleurs fait parler d’elle lors du passage de l’équipe du film à Cannes) : s’il y a des êtres vivants, il n’y a plus d’êtres « humains » et leur condition se reflète dans cet environnement qui empeste la mort. La musique lancinante, hypnotique finit de cristalliser cette ambiance maladive. Les notes renforcent aussi le poids d’un désert omniprésent, où un vautour emblématique, s’invite bientôt parmi les personnages (histoire de parachever le tableau).

Des formes et une performance

Une manie d’un autre contemporain, Steve McQueen, retrouve son nid dans The Rover : quand les crachoirs ne nous donnent que de brèves informations factuelles, un dialogue central vient nous situer les personnages, agissant telle une mise en abyme de la trame (Hunger ou Shame, deux films du réalisateur britannique, obéissaient à cette règle). David Michôd y ajoute sa nostalgie western faite de moments suspendus, nous laissant entre tensions glaçantes et silence inquiétant. On regrettera cependant que tous ces éléments formels ne soient pas au service  d’un scénario parfois peu abouti. Après deux heures de pellicules, la fin, aussi surprenante soit-elle, ne justifie pas l’attente du spectateur.

Enfin, personne ne pourrait aborder ce film sans saluer la performance remarquée de Robert Pattinson. L’ex-vampire, qui fait maintenant ses classes chez Cronenberg, confirme ses talents de métamorphose. Comme Di Caprio, Jude Law (dans Dom Hemingway) ou McConaughey avant lui, l’acteur s’affranchit de son image de bel âtre. Il se prend au défi de jouer un être physiquement crasseux et répugnant, aux réflexions naïves et à l’attitude de dément. Sa psychologique entre  d’ailleurs en meilleur résonance avec la quête insensée que brosse le long-métrage.

The  Rover n’est pas le film de l’année mais reste représentatif d’un cinéma indépendant qui aime privilégier l’image. Il conviendra à ceux qui affectionnent les atmosphères violentes et malsaines, à ceux qui vomissent les bons sentiments et définitivement, à  ceux qui aiment les surprises. La fin est pour le coup plutôt saisissante.  Pour la découvrir, rendez-vous ce mercredi 4 juin dans les salles.

Benjamin Bourguignon

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>