The Homesman: le bon, la brute et le truand des conventions

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1854 : les balbutiements de la conquête de l’Ouest. Trois femmes baignant dans la démence sont envoyées dans une église en Iowa afin d’y trouver une aide appropriée. Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), femme-propriétaire au tempérament d’acier, propose de se charger de leur acheminement. Sur sa route, elle rencontre un gredin (Tommy Lee Jones) en passe d’être pendu. Il dit s’appeler George Briggs et promet d’aider Mary dans son entreprise, peu importe ce que leur parcours réserve.

Duel d’idées reçues

Sélection officielle du Festival de Cannes 2014, The Homesman (non récompensé) marque un retour aux inspirations du Far West pour Tommy Lee Jones qui, neuf ans auparavant, présentait Trois enterrements devant le jury des mêmes marches rouges. Le drame articulant des cowboys modernes raflait à l’époque la palme de l’interprétation pour son réalisateur-acteur et le prix du scénario. Deux projets de films plus tard (Islands in the Steam et The Sunset Limited), l’ex-“homme en noir” joue à nouveau la carte du western et déracine son script dans son contexte du XIXe siècle. De cette façon, Tommy Lee Jones saisit l’opportunité d’un hommage au genre pour en détricoter les poncifs. Au milieu d’un décor pertinemment reproduit, Hilary Swank interprète habilement une femme forte, autonome et décidée mais malheureusement prisonnière du joug religieux et de la misogynie ambiante. Ainsi, le concept féministe majeur du film devient vite une idée avortée tant l’héroïne semble obsédée par le mariage et la famille. Car, au plus haut, le périple ne lui fera pas changer d’avis, bien au contraire. Et quand la critique porte sur d’autres thèmes, la caricature s’invite avec ses (trop) gros souliers.

Un micmac magistral

Bien entendu, le rire peut se révéler stratégiquement intéressant pour porter un message. Cependant, il l’est moins quand il s’inscrit dans un melting-pot insaisissable, une tambouille de jeux et de genres. Tout d’abord, les trois démentes deviennent vite prétextes à des running gags plutôt accablants. Un changement radical quant aux premières minutes, ces mêmes protagonistes illustraient la souffrance et l’hystérie dans toute son horreur. Ensuite, le rôle de Tommy Lee Jones oscille entre délires grotesques et postures viriles, si bien qu’il perd en crédibilité. En bout de course,  l’étalage des genres finit de nous dérouter : l’épouvante se mêle à l’action  d’un western pur jus, qui intègre lui-même du drame, du burlesque, de la comédie, un peu de thriller,…  Même si le propos tente de retrouver son chemin à travers une fin bancal, l’incohérence de l’ensemble laisse pantois. Le montage plaide aussi coupable : le spectateur assiste à un assemblage de séquences-sketchs plutôt radical.

Avec The Homesman donc : nos yeux s’épanouissent devant la photographie judicieuse de Tommy Lee Jones (les paysages sont capturés dans leur plus bel apparat), les cow-boys de notre enfance rejaillissent, notre esprit s’égare et le concept s’évapore.

En salle ce mercredi 4 juin.

Benjamin Bourguignon

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