La désexcellence, pour quoi faire ?

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Professeurs démotivés, courses effrénées aux crédits, augmentation sans fin du nombre d’étudiant, standardisation. L’université moderne a le blues. Depuis quelques temps, des professeurs tirent la sonnette d’alarme, dans différentes universités du pays. Et ils s’affublent d’un petit « de », non pas pour la consonance noble mais celui des résistants. De ceux qui se lèvent et qui tapent du poing. Les fameux désexcellents. Que nous disent-ils?

C’est très simple. Depuis les accords de Bologne (1999), le monde universitaire européen est entré dans une hyper-compétitivité. Les universités deviennent des machines de guerre. Elles communiquent, notamment sur leur « Excellence». On a déjà tous entendu ces slogans, dignes des pires publicités. Seule cette université-là pourra offrir les meilleurs cours ou les meilleurs profs. En résumé, les universités, publiques, sont maintenant gérées comme des sociétés privées. « La notion d’excellence, de la perfection et du zéro faute est quelque chose qui est né dans les années 80 et dans les entreprises». Or, « Après plus d’une décennie de réforme ininterrompue, nous sommes confrontés à une détérioration et non une amélioration de nos univers de travail. Bien sûr, nous avons accru nos capacités de communication. Bien sûr, nous nous sommes mis à produire ces « indicateurs d’Excellence»  qui garantissent un bon positionnement dans les évaluations et les classements. Mais de telles aptitudes ne disent rien de la qualité de notre travail. Pire, elles masquent une baisse fréquente de cette qualité», s’inquiètent les professeurs désexcellents.  Des professeurs qui insistent sur un point : le savoir et l’enseignement ne sont pas des produits. Les étudiants ne sont pas des clients. Il ne faut pas en faire quelque chose de rentable.

« Des chercheurs qui trouvent, pas des qui cherchent »

Si l’enseignement est touché, la recherche l’est tout autant. « On est dans un système où règne une compétition féroce, qui a été voulue par une série d’acteurs qui pensent que quand les meilleurs gagnent, les mauvais restent sur le côté. Et il fallait privilégier cette fameuse excellence. C’est-à-dire attribuer les crédits, donner les moyens à des chercheurs efficaces, donc des chercheurs qui trouvent, pas des chercheurs qui cherchent».

Autre point important : les désexcellents demandent à ce que les employés de l’université puisse avoir droit à la liberté d’expression, « même quand il s’agit de critiquer l’institution».

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Une charte de la désexcellence

En mai dernier, une charte de la désexcellence a été adoptée, en concertation avec des professeurs de différentes universités, avec différents conseils pour les aider à lutter contre ce mode d’organisation. « Comme mentionné sur le document, cette charte n’a pas à être signée ou adoptée en l’état. Il ne s’agit pas de se compter ou de se placer sous une quelconque bannière, mais de s’approprier, de façon critique, une série de propositions relatives à l’enseignement, la recherche, l’administration et le service au public.  Ces propositions doivent être modulées en fonction des profils individuels et des possibilités d’action. En ce sens, la charte est d’abord une invitation à dépolluer nos pratiques, à résister et à construire une université de service public, démocratique et accessible; une autre université que celle qui se bâtit sous nos yeux.»

Lire la charte dans son entièreté

L’université est l’une des dernières touchées. Le zéro défaut, l’Excellence, l’hyper-compétitivité, et la loi du plus fort font partie intégrante de nos vie et s’insinuent partout, jusque dans notre vie privée et intime. A quel prix? Poser une question, c’est souvent un peu y répondre.

En 2011 déjà, je rencontrais un désexcellent pour La Pige, professeur à l’ULB, qui avait dressé un tableau réaliste mais effroyable de ses conclusions. Lire son témoignage. 

Camille Wernaers

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