Pascale Bourgaux, grand reporter à la RTBF : « La BD fait vivre ce qui n’a pas pu être montré ailleurs »

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Les larmes du seigneur afghan est une BD-Reportage qui vient tout juste de paraître. Cette BD nous raconte l’histoire de Pascale Bourgaux, grande reporter à la RTBF, qui s’est rendue plusieurs fois en Afghanistan entre 2001 et 2011. De son expérience est née une BD. Nous l’avons rencontré avec son scénariste, Zabus.

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La Pige: Comment est né ce projet?

Pascale Bourgaux: C’est Vincent (Zabus) qui est venu me proposer ce projet. Il avait envie de faire quelque chose sur une reporter. Dupuis prépare le retour de Sécotine (l’héroïne concurrente de Spirou et Fantasio) en spin-off, et était donc intéressé pour tâter le terrain de ce côté là aussi. On peut dire qu’on s’est rencontré.

Pourquoi avoir voulu faire une BD alors que vous aviez déjà réalisé un reportage (qui s’appelle également Les larmes du seigneur afghan) de vos expéditions en Afghanistan?
P.B.: C’est une démarche différente d’un documentaire. Dans un documentaire, il faut essayer d’avoir une position objective, de ne relater que les faits. Ici, l’idée était de découvrir l’Afghanistan à travers mon personnage.

Zabus: Exactement. Je pense qu’il y a un réel intérêt de la part du public pour savoir comment sont réalisés les reportages. On voulait ici partir de Pascale. Mais à la différence du documentaire, on peut s’intéresser à ses émotions, ce qu’elle a ressenti. Et essayer de retranscrire cela à l’image. A travers cela, le lecteur pourra découvrir la réalité Afghanne d’une autre manière. A partir d’une histoire particulière, on va découvrir la vie en général là-bas. La BD a aussi permis de mettre en image des choses un peu complexes peut-être pour un reportage. Je pense par exemple au taliban qui est interviewé: il est beau, sympathique, c’est un personnage; et en même temps il tient un discours extrême. Il était intéressant de le suivre plus longtemps que juste pour une interview.

P.B.: La BD a aussi l’avantage de pouvoir faire vivre ce qui n’a pas pu être montré ailleurs. Je pense ici à la fin de la BD, où je révèle une « bavure » commise par les soldats Allemands qui ont tué six soldats Afghans de l’armée régulière, leur alliés face aux talibans. Hé bien, j’en ai fait un sujet que personne n’a voulu, ni à la télévision belge, ni à la télévision allemande. Sans la BD, la révélation de cela aurait été perdue.

Quelle a été votre travail respectif dans l’écriture de cette BD?

Z.: Mon travail a été de faire parler Pascale, pour savoir ce qu’elle vivait à chaque moment, puisque c’est elle le fil rouge. Elle m’a donné de la matière, des éléments que je n’aurais pas pu inventer. Par exemple, afin de pouvoir aller dans le Nord, il faut brouiller les pistes et prétendre vouloir aller dans le Sud jusqu’à la dernière minute. Seul, je n’aurais jamais pensé à ça. J’ai aussi joué un rôle de « triangulation »: comme Pascale est mise en scène, est à la fois objet et sujet de la BD, il fallait quelqu’un pour servir de contrepoint.

P.B.: Moi qui vient du « réel » si je puis dire, ça a été beaucoup plus compliqué pour moi de savoir ce que Vincent trouvait intéressant. De par mon métier je vais directement aux faits, je ne m’attarde pas à moi. Ici au contraire j’ai dû me forcer à parler de moi. Et puis, je ne connaissais rien à la BD, c’est Viencent qui m’a tout appris (rire).

Ce qui frappe à la lecture de la BD, c’est l’utilisation de la couleur, le côté chatoyant de l’Afghanistan, bien loin de ce que l’on en voit habituellement à la TV ou dans les reportages. Etait-ce quelque chose que vous aviez envie de mettre en avant?

P.B.: C’est principalement le fait de Campi, le dessinateur. Il faut savoir que Campi est un dessinateur Italien qui vit en Chine. On ne communiquait qu’en Anglais; et il travailait à partir de photos, de films. Je pense que c’est son dessin qui est ainsi, il est très lumineux. Et en même temps, cela à permis de justement redonner de la vie à ce qu’on pense être un pays terne. Mais je peux vous dire que en privé les femmes là-bas porte des vêtements comme on n’oserait pas en porter ici. Et c’est une réalité qu’on ne connaît pas ici, dont on ne parle jamais. C’est une très bonne chose.

Que pensez vous de la situation politique actuelle en Afghanistan?

P.B.: Il y a eu un le premier tour des élections présidentielles il n’y a pas longtemps. Dans ce pays qui n’a plus connu d’élections depuis des années, c’était un enjeux important. Heureusement il n’y a pas eu de troubles majeurs, malgré ce que les talibans avaient annoncé. Le deuxième tour aura lieu bientôt, le 28 mai. Les afghans se sont montrés raisonnables. Ils ont voté pour les deux plus gros challengers de Karzaï (le président sortant) et pour son dauphin. Si tout se passe bien, ils vont eux aussi bientôt connaître le bonheur d’avoir toujoujours les mêmes au pouvoir. Mais il y a toujours un risque de guerre civile auquel il faut veiller.

Allez-vous écrire un deuxième tome?

Z.: En tout cas on a signé oui (rires). ça ne serait plus en Afghanistan alors, plutôt l’Iran. On pense le faire avec un autre dessinateur, Hippolyte. Mais il est dans une autre logique que Campi, pour lui il faut aller sur place. Du coup moi j’irais aussi, et on doit encore réfléchir à cela. Cela ne serait plus l’histoire d’un reporter, puisqu’il faudrait s’inclure dedans, on serait un trio. On doit encore penser à tout ça, puis s’organiser.

Nicolas Pochet

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