« Web Junkie » : quand l’héroïne se fait électronique

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Le documentaire Web junkie était diffusé ce lundi soir lors du Festival Millénium. Un film fort qui s’attaquait à l’addiction à Internet, ou plutôt à comment la Chine prend le problème à bras le corps.  La Chine est en effet le premier pays au monde à considérer l’addiction à Internet comme un trouble clinique et  à classer l’addiction électronique comme un désordre mental.

Il faut dire que les jeux vidéo deviennent de plus en plus un problème de santé publique en Chine. Il n’y a pas de chiffres, mais on sait que le gouvernement chinois a financé l’ouverture de plus de 400 de ces centres de « désintoxication à internet ». Le gouvernement proclame qu’il s’agit du plus grand danger actuel pour les adolescent chinois. (Notons néanmoins qu’il n’y a pas d’équivalent aux « meurtres de masses » qu’on connaît en Occident en Chine, alors qu’on les impute souvent aux jeux vidéo qui rendraient les adolescents violents.)

Dans le centre de désintox’

C’est le quotidien d’un de ces centre à Pekin que nous fait découvrir le documentaire, réalisé par Shosh Shlam et Hilla Medalia. On y découvre la manière dont le centre « soigne » cette addiction.

Mais qu’est cette addiction ? Il s’agit d’adolescents, généralement des garçons, qui passent leurs nuits, puis au-delà, leurs journées à jouer à des jeux en ligne, des MMORPG (massive multiplayer online role playing games) le plus souvent. Du type World of Warcraft, pour citer le plus connu. Qu’ils jouent chez eux, ou bien dans des cybers-cafés. Et qui y dépensent parfois des sommes affolantes.

Dans le centre, la discipline est largement militaire: exercices physiques, tenues kaki, levers à l’aube, couchers tôt, bouffes de cantine. Des séances de psy de groupe sont également au programme. Le centre oblige les parents à participer à des séances, sans les enfants d’abords, puis face à eux. Reconnaissant donc qu’il ne s’agit pas uniquement que d’un problème des adolescents.

On perçoit bien parmi les médecins et les psy un certain malaise : est-ce une maladie, comme l’a déclaré le gouvernement ? Ou est-ce un phénomène de société ? Ou les deux ?

Car au-delà des cas évidents (certains ont passé plus de 15 jours sans se déconnecter, sans se laver ou aller à l’école, etc.), il y a des cas plus « limite ». Ne pas avoir de bons points et aimer les jeux en ligne suffit-il pour être classer comme « malade » ? Face aux définitions :  psy et enfants se perdent parfois un peu. D’autant, que les centres sont privés, que les parents payent des fortunes pour y interner leurs enfants, qui y sont souvent amenés drogués (!)

 

La faute au gouvernement chinois ?

Le documentaire réussi le pari assez risqué de montrer qu’il s’agit surtout d’un effet induit, par le gouvernement, via la politique de l’enfant unique. Que l’immense majorité de ces adolescents souffrent de solitude, qu’ils ne sont pas suffisament bons à l’école pour leurs parents, pour la société, et qu’ils n’ont ni frères ni soeurs avec qui partager cela. Que la réalité est trop dure pour eux ; que le monde virtuel n’en apparaît que plus attrayant, pudique là ils sont enfin bons à quelque chose. Et qu’ils y retrouvent ceux qui sont comme eux, seuls et pas adaptés.

Mais critiquer le gouvernement chinois n’est jamais aisé, et c’est en ça que le documentaire trouve son originalité, puisqu’il s’agit de montrer la mise en place d’un système curatif qui ne pourra pas résoudre les problèmes de fond de la société chinoise actuelle.

Nicolas Pochet

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