The Philosophers : la philosophie pour les nuls

The Philosophers Movie

Malgré ce que ce titre attrayant laisse penser, ce n’est pas vraiment la philosophie en tant que telle que ce film aborde. On ne verra pas les principaux courants historiques de la philosophie, pas plus qu’on ne verra Aristote, Kant, Marx ou Heidegger se bastonner à mort (ça serait d’ailleurs un film incroyable, si un scénariste m’entend). Le film réussi le tour de force de pompeusement s’appeler The Philosophers sans même citer un seul philosophe ! De ce côté-là, vous êtes déjà prévenu, il ne faut pas en attendre grand chose.

L’histoire, mise en scène par John Huddles, est assez simple: une classe de philosophie dans un collège d’expatriés anglo-saxons en Indonésie est réunie le dernier jour de l’année pour faire une expérience de pensée. Il s’agit d’imaginer ce qu’il adviendrait des 20 élèves et de leur professeur si une guerre atomique totale éclatait, et qu’ils avaient devant eux un bunker capable de résister mais contenant assez d’oxygène pour seulement 10 personnes. Qui choisir ? Comment poser ce choix ?

Les élèves et leur professeur ont des métiers, certains utiles pour la survie de l’humanité une fois hors du bunker (charpentier, ingénieur, etc.) certains inutiles (agent immobilier, gestionnaire de fonds, etc.). Et c’est sur cette seule base que les élèves devront voter pour savoir lesquels d’entre-eux pourront être sauvés et devront repeupler la race humaine. Pas de tirage à la courte paille, pas de bagarres à mort (qui serait quand même plus vraisemblable que ces dialogues rationnels et posés 5 minutes avant la mort par irradiation). Les choix seront « philosophiques ». Qu’on nous dit.

The Philosophers 2013 first look

Car « philosophique » est tout de suite un bien grand mot pour dire quels choix les participants feront, tant la disparité des métiers et des compétences est grande. Les spectateurs sans aucune notion de philosophie mais dotés d’un simple bon sens feraient exactement les mêmes choix que ces supposés philosophes.

Là où ça se corse, c’est qu’il faut aussi penser à repeupler la terre. Il faut donc des hommes et des femmes. Surtout des femmes, qui seront donc perçue principalement, parfois même avant leur métier, comme des utérus et des ventres. C’est si beau la « philosophie ».

Deux modes de pensées philosophiques

Sans faire réfléchir outre mesure, et sans donner les clés, ce film pourrait fort bien être vu et incompris. Ce qui sous-tend ce film, et qui en justifie un peu le titre, c’est l’affrontement entre deux visions, deux modes de pensée philosophique. A ma droite l’utilitarisme, à ma gauche l’humanisme. L’utilitarisme est une éthique, qui donne un outil pour résoudre les choix moraux qui pourraient se poser à n’importe quel individu. Il s’agit de regarder les conséquences de chacun de ces choix et de choisir celui qui aurait la conséquence la moins pire. Ainsi choisir de sauver un fermier a pour conséquence que l’humanité au sortir du bunker pourra cultiver des champs. Cela est profitable à l’ensemble du groupe, c’est donc plus utile que de choisir de sauver un joueur de harpe, par exemple. Problème moral résolu, au revoir le harpiste, et bonne irradiation surtout.

L’humanisme lui est un courant qui entend remettre l’Homme au centre de sa pensée. Pour être bref et pour faire chier les vrais philosophes, disons simplement que cette vision s’oppose à l’utilitarisme et le critique même en affirmant que l’on ne peut jamais être parfaitement sûr des conséquences de nos actes au moment où on les prend ; que, de plus, l’utilitarisme justifie le sacrifice d’un groupe pour préserver le bonheur d’un autre, ce qui est moralement critiquable, notamment si l’on accorde une valeur à la vie humaine et que l’on considère que tous les êtres humains sont égaux. (P.S. : rappelons que l’utilitarisme est à la base de nombreuses théories économiques capitalistes modernes).

Ce film permet donc d’illustrer l’opposition entre ces deux notions, mais il faut néanmoins avoir les bases pour les reconnaitre, bien cachées dans le scénario et pour en comprendre les subtilités Maintenant, vous les avez. Merci qui ?

Le film sera diffusé en avant-première au BIFFF ce mercredi 16 avril à 20h 30 au ciné 1 

Sortie le 18 juin.

Nicolas Pochet

1 Comment

  1. Jean-Marcel

    15 avril 2014 at 2:44

    Je l’ai déjà vu : de très belles images, avec une intrigue qui se veut complexe mais au final un peu légère, bien que très bien ficelée. Je ne vous spoilerai pas, mais la toute fin était un peu un coup dans l’eau pour moi. =D

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