Need for speed en douze critères

NEED FOR SPEED

Need For Speed, célèbre jeu de courses de bagnoles, s’exporte cette semaine au cinéma. Une histoire de caisses tunées, mais aussi de vengeance et de blagues entre potes garagistes. Est-ce que ça vaut le coup? Tout dépend de l’âge des spectateurs, qui ne doivent pas — je suis très sérieux — excéder DOUZE ans. Mais parce-qu’on n’a rien contre le plaisir régressif à La Pige, on ne vous dira quand même pas que c’est de la merde — ce serait trop facile et un humble lecteur m’a interpellé sur le genre de films que je critique (en l’occurrence, Home Front) en me reprochant, à juste titre, de gueuler contre un gros burger quand je vais chez MacDo. Aussi, il m’a semblé fair-play, puisque le film s’adresse à des gosses de douze ans, de déterminer ce que j’en aurais moi-même pensé à cet âge-là. 

Le point en douze critères bien précis.

1) Interdiction aux moins de douze/seize ans.

Un film interdit au moins de douze ans peut signifier deux choses : soit il s’agit d’un film dans lequel on verra du sang (80% des cas) ; soit la violence psychologique/horrifique est telle que le film n’a pu passer l’interdiction aux moins de douze. Evidemment, le pré-ado de douze ans étant stupide, ce n’est pas le sang qui l’attire vers le film censuré, mais le simple fait qu’il lui soit interdit.

Application NFS : vaguement subversif mais très niais, le film met en scène un héros hors-la-loi mais droit dans ses bottes, dont le seul crime est d’aimer zigzaguer à contre-sens sur une autoroute bondée, risquant de provoquer des accidents meurtriers. Pourtant, malgré les tonnes de tôle froissée, un type brûlé vif dans son bolide et le nombre de lois enfreintes de la première à la dernière minute, Need For Speed est bien tout public.

Note sur 10 : 0. Bah oui, c’est interdit ou ça l’est pas.

2) Le héros meurt à la fin.

C’est un critère très bête, j’en conviens, mais un vrai héros, ça meurt à la fin, c’est tout.

Application NFS :  Non, le type s’en sort. Again.

Note sur 10 :  0. C’est arbitraire, un gamin de douze ans.

3) Nombre de coups de feu.

Jusqu’à un certain âge, il m’est apparu essentiel qu’un film, quel que soit son genre, comporte au moins un coup de feu.

Application NFS : Une bonne centaine.

Note sur 10 : 10. L’arbitraire, toujours.

4) Est-ce que j’aimerais bien être ce genre de gars quand je serai grand ?

Application NFS : Le rôle-titre est tenu par Aaron Paul (Jesse Pinkman dans Breaking Bad). Il a la voix rauque, les yeux bleus et conduit de chouettes caisses à toute allure et avec décontraction. Par ailleurs, il séduit en deux battements de cils les jolies filles qui finissent à l’hôpital à cause de ses conneries, ce qui n’est pas rien.

Note sur 10 : 7. Parce-que la scène d’amour obligatoire se passe vraiment sur un lit d’hôpital et qu’elle est assez gênante pour les deux acteurs.

5) Crédibilité du méchant.

Application NFS : Le méchant a tout pour lui, la gloire, la fille et l’argent. Pourquoi s’emmerderait-il à défier Jesse Pinkman ? Parce-qu’il est méchant et malfaisant par essence. Le méchant de base, quoi.

Note sur 10 : 1. C’est faible. Parce-que le méchant est naze, parce-que c’est un loser plein de fric, parce-qu’il s’appelle, sans rire, DINO BAMBINO. Tu me diras, le héros s’appelle TOBEY MARSHALL. On dirait des noms de catcheurs. Ou d’acteurs porno gays.

6) Classe générale des bolides.

Application NFS : Des jolies caisses, dont une Ford Mustang que les producteurs ont le mauvais goût de dézinguer sur la fin. Avec en prime une ode aux fusées européennes sur-puissantes interdites sur le marché US.

Note sur 10 : 8. Beaucoup de bagnoles. Beaucoup de bruit. Une main tendue aux gamins de douze ans vivant en Europe du style : « Y’a quand même des trucs bien chez vous. » Malin.

7) Classe générale des acteurs.

En gros, c’est toujours la même histoire. La bande de potes débrouillards contre le salaud plein aux as.

Application NFS : Ils sont garagistes, lui, businessman. Tiens c’est marrant : des capitalistes mettant en scène des prolos triomphants — grâce à l’entraide — du capitalisme. Mais qu’est-ce que je dis : les gosses de douze ans l’ignorent et découvriront dans quelques années que les pauvres perdent toujours à la fin. N’empêche, la bande de potes est chouette, même si elle vénère un peu trop son chef, aka Jesse Pinkman.

Note sur 10 : 8. Les blagues potaches, ça marche à tous les coups. De même que la revanche des pauvres solidaires sur les riches arrogants.

8) Classe générale de l’actrice.

Application NFS : Oui, on peut se soucier des rôles féminins au beau milieu d’un film infesté de testicules. Même si, en l’occurrence, il n’y a là qu’un seul rôle féminin. Pour résumer, une jeune anglaise délurée qui accompagne notre héros dans l’assouvissement aveugle et puéril de sa vengeance, incollable sur les bagnoles de courses et à l’humour très british.

Note sur 10 : 9. Suffisamment jolie sans pour autant ressembler à une pute, dévouée et marrante, fragile mais forte quand il faut, la petite copine idéale de tout gosse de douze ans pas encore au courant que les femmes domineront le monde d’ici cinq ans. Les gars, désolé mais cette fille n’existe pas. N’empêche : vous allez l’aimer.

9) Qualité des cascades et des courses-poursuites.

Application NFS : Sur la même ligne que les mésestimés Fast And Furious, le film échoue sur plusieurs tableaux. Les courses-poursuites sont lentes, filmées sous parkinson, longuettes dans l’ensemble. Le final fait penser au triste Driven et à ses vilains plans de pieds qui enfoncent les pédales. Heureusement, le clou du spectacle fait intervenir un hélicoptère.

Note sur 10 : 3. Le syndrôme 60 secondes chrono.

10) Retournement(s) de situation.

Le twist final requiert un certain sens du story-telling. Parce-qu’il intervient généralement à la fin, il faut donc avoir jalonné, tout au long du film, un fourmillement d’indices qui auraient pu permettre au spectateur de prévoir, mais d’être surpris quand même. Ce qui marche très bien avec les enfants  de douze ans, et même plus tard. Vous savez : « Quoi, en fait c’était lui le VRAI méchant ? »

Application NFS : Si le film n’a pas la puissance formelle d’un Fast And Furious, un certain nombre de semi-twists interviennent tout au long du film. Ça ne vaut pas un bon vieux retournement de situation, même si le coup de l’hélicoptère est pas mal, même si très con.

Note sur 10 : 5. Quelques (très) légères surprises. Un scénario ultra-prévisible, même pour un gosse de douze ans. 5, c’est la moyenne pile et c’est ce que ça vaut.

11) Morale générale

Même si la morale interpelle peu la population pré-pubère, il arrive que parfois, entre deux seaux de pop-corn, un esprit s’éveille. Que le pré-pubère se dise : « Mais attends, des types qui mettent leur vie et celle des autres en danger sans aucun remords, qui sont responsables de la mort de leurs potes et ne s’en veulent même pas, et qui bousillent des bagnoles sensées être leur raison de vivre, ils seraient pas un peu cons ? »

Application NFS : Moralement, ce film est indéfendable et se paie même le luxe de se foutre de la gueule d’un sans-abri fauché par une grosse bagnole rutilante, le tout, sans aucun humour.

Note sur 10 : 2. Messieurs les producteurs, bien joué ! Votre cynisme sans bornes a permis à des pré-ados de se découvrir une vocation d’apiculteurs !

12) Longueur/rythme

Un bon produit commercial fait une heure trente. Le temps de s’éclater, puis d’oublier. Les garçons de douze ans le savent.

Application NFS : Durée totale : Une heure trente et UNE minute. Mais bon, il y a le générique. Alors on va dire que c’est bon.

Note sur 10 : 8.

Ce qui nous donne une moyenne générale de 5,083 sur 10. C’est ric-rac, mais ça passe malgré tout pour un pré-ado de douze ans.

NEED FOR SPEED

Bonus : Michael Keaton (le Batman de Tim Burton) joue dans ce film. Et il ressemble de plus en plus à Julien Lepers.

Sortie dans nos salles ce 16 avril 2014.

Clément Boileau

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>