Festival Millenium: « Armadillo », un documentaire qui ne prend pas parti?

Armadillo-Movie-Poster

Dur dur. Dur de voir ce documentaire diffusé dimanche dans le cadre du Festival Millenium et de ne pas être désolé, pour tout ce merdier, tout ce bordel afghan, dont on ne sait pas ce qu’il pourra un jour en sortir de bon.

Et pourtant ce n’était pas l’intention première du réalisateur Janus Metz . Il a accompagné des militaires danois, dans leur base (du nom d’Armadillo, comme le titre du film), pendant six mois. Peut-être au début se voulait-il indépendant, voire critique. Peut-être. On ne le saura jamais puis-qu’après ces mois passés là-bas en tant que journaliste embarqué du côté pro-occidental, il perd toute critique. C’est d’ailleurs un des grands risques de ce type de documentaire.

Il y a un autre parti pris du « documentaire » assez dérangeant : on ne sait pas bien ce qui est fiction et ce qui est réalité, à cause du montage principalement. Regarde-t-on un film ou un documentaire ?

Le film montre assez joliment, il est vrai, des scènes classiques de la fiction ou du documentaire de guerre : les adieux déchirants à la famille, les soldats qui s’ennuient, les soldats qui matent du porno, les soldats qui font des patrouilles dont même eux ne comprennent pas l’intérêt, etc. Le documentaire prend complètement leur parti donc et essaie de nous faire adopter et comprendre leur sentiments.

Des Afghans, on n’en verra qu’au bout du fusil ou morts (alors qu’aucun corps de soldat danois ne sera montré); ou alors seulement dépeins comme des geignards qui viennent se plaindre et réclamer auprès de ces militaires qui ont tué leur seule vache laitière, détruit leur maison ou leurs champs. Mais c’est la guerre et il faut ce qu’il faut pour tuer du taliban, ennemi sournois et sans visage qui se cache parmi la population, creusant toujours plus la suspicion entre soldats et civils. « Pourquoi ne nous remercient-ils pas ces paysans?« , semblent-ils se dire, ces bons soldats, avant de leur fourguer de l’argent dans les mains pour remplacer « généreusement » leur lopin de terre ou leur grand-mère décédée dans les combats.

Si la réalisateur a essayé de montrer la souffrance des soldats, il a surtout réussi à nous montrer ce décalage. Si tous ne sont pas des talibans, c’est ce que sont amenés à croire les soldats. Qui, au fil des six mois de leur affectation, se radicalisent. Parce qu’il y a eu des blessés dans leur camp. Parce que pour combattre un ennemi supérieur en nombre et en équipement, les talibans ont recours à des mines et des tactiques de guérillas.

Et quand ils arrivent à en coincer quelques-uns en combat régulier, c’est à la grenade qu’ils y vont, avant de mettre 30 à 40 balles dans le corps du dernier blessé pour l’achever, et voilà le réalisateur de nous tirer sa dernière cartouche, en laissant les soldats s’expliquer devant sa caméra : c’est le feu de l’action, on ne peut pas comprendre nous qui n’y étions pas. Et tant pis pour le Convention de Genève.

Nicolas Pochet

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