Bodypainting: quand le corps devient toile

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Impossible de ne pas sentir la chaleur, de ne pas remarquer le voile rouge, de ne pas avoir le regard attiré par l’espace du bodypainting. Le BIFFF organise à nouveau sa compétition de peinture sur corps, à côté des artistes qui s’affèrent au stand maquillage. Nous avons rencontré Sandrine Lahou, une bruxelloise qui vient au BIFFF depuis une dizaine d’années et qui a répondu à nos questions en préparant son tableau surréaliste vivant.

Pouvez-vous nous expliquer votre parcours dans ce milieu particulier?

A la base, je suis psychologue à temps plein et le bodypainting est ma passion. Je fais ça pour des anniversaires, pour des événements mais aussi beaucoup lors de jeux de rôle (NDLR: « grandeur nature ») pour maquiller les monstres et autres créatures. Cette passion a commencé avec de la curiosité, puis comme je n’avais pas de travail, j’ai décidé d’essayer le maquillage pour m’occuper. J’ai commencé à me former et je me suis rendu compte que ce n’était pas tant le maquillage pro de studio qui me plaisait mais plutôt le grimage. On peut y mettre beaucoup plus de fantaisie en créant des créatures. J’ai choisi d’autres formations, on s’est émulé entre nous, on a pratiqué de plus en plus en nous améliorant, en participant à des concours et des événements.

Comment se lance-t-on dans le bodypainting?

On peut avoir une bonne base avec des stages d’initiation, qui existent en Belgique. On peut aller voir les tutoriaux sur Youtube, je l’ai fait et on trouve de l’inspiration. Et enfin, énormément s’entraîner, avec par exemple de la gouache sur une feuille avant de maquiller des enfants. Au niveau de l’investissement, ça revient vite cher surtout si on veut faire des effets spéciaux. Le latex, la mousse de latex, le silicone, la gélatine et tout les produits annexes font vite grimper le budget. Il faut en plus de l’espace pour stocker et de la pratique pour utiliser ces produits. Les éponges et pinceaux de base spécifiques sont abordables par rapport  à d’autres peintures sauf qu’on utilise de grosses quantités de peinture.

Ce qui est également difficile mais très important, c’est de trouver les bons modèles. Car les personnes doivent rester debout sans bouger pendant des heures, sous les spots, en souriant. Elles doivent aussi savoir bouger sans être vulgaires, être à l’aise et savoir poser. Au début, ce sont des amis et la famille puis petit à petit ça s’étend via le bouche à oreille. Au BIFFF, je propose aussi chaque année à des personnes qui m’intéressent si elles veulent participer au concours.

Comment se déroule la compétition au BIFFF en particulier?

Le concours s’ouvre, je pense, vers le mois de décembre. On doit envoyer un croquis ou une photo du projet, pour recevoir une validation en février. A partir de là, on se prépare pour réaliser l’oeuvre en quatre heures. Ce qui est peu pour réaliser des effets spéciaux. Je dois d’ailleurs faire attention et préparer mon projet à l’avance car j’ai tendance à déborder de cette échéance qui est très courte, là où d’autres concours proposent six heures et la possibilité d’avoir l’aide d’un assistant. Depuis deux ans, nous avons le même thème: tableau vivant, reproduction d’une oeuvre d’un artiste célèbre, qui est assez restrictif je trouve vu qu’on doit plutôt reproduire qu’inventer. Ce qui est assez frustrant pour les maquilleurs. Mais on dépasse ces limitations et on essaye de faire quelque chose de joli malgré tout. Le concours du BIFFF permet surtout d’essayer de tenter sa chance dans ce milieu sans devoir voyager dans d’autres pays. Des étudiants en maquillage qui terminent leurs études peuvent par exemple essayer de gagner le concours à Bruxelles avant de penser à tenter l’expérience ailleurs.

Est-il possible d’en faire son métier?

J’en connais peu qui en vivent en Belgique, peut-être deux, parce que le pays est petit et que la demande n’y est pas énorme. Le milieu des maquilleurs cinéma doit bien fonctionner mais je ne le connais pas bien. Il y a des grands artistes internationaux reconnus qui en vivent en donnant des cours et en voyageant mais ils sont peu nombreux.

Cédric Dautinger, photos de Oleg Davydov

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