Benjamin Rocher: les zombies à la française

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Il nous revient avec son troisième long-métrage, après un remarqué film de zombies en banlieue: La horde. Restons en France, mais plutôt dans un village un peu paumé, et toujours en compagnie de morts-vivants, pour Goal of the dead, projeté en ouverture de la longue soirée du BIFFF. Et posons aussi quelques questions au réalisateur Benjamin Rocher:

Comment avez-vous commencé votre carrière dans le cinéma?

La version longue? Alors je suis né en… Je viens des arts-appliqués, donc j’ai plutôt une formation dans le design et dans les effets spéciaux au cinéma. Petit à petit, j’ai fait mon premier film en images de synthèse à la fin de mes études, puis je l’ai réalisé, et je me suis rendu compte que je voulais être réalisateur. J’ai commencé à la télévision, en créant des génériques, pas mal de productions pour les chaînes câblées françaises. Ensuite, de fil en aiguille, j’ai tourné des courts métrages avant de monter ma propre structure de production avec mon frère Raphael. En France, on est une des rares sociétés de production à défendre le cinéma de genre et d’horreur à la télévision. Du coup, quand il y a eu l’opportunité d’en faire, on a été assez crédible pour relever le défi même si nous n’avions pas fait de cinéma avant. On a développé de plus en plus notre branche fiction, après La Horde jusqu’à Goal of the dead aujourd’hui.

Les films d’horreur gardent une image de sous-genre ou de genre moins sérieux dans le cinéma. Comment la France a-t-elle réagit face à vos productions?

C’est très bizarre en France parce qu’il y a les grandes chaînes de télévision comme France 2 ou TF1 qui ne sont pas du tout intéressées par les films avec des monstres. C’est clair, il ne faut même pas aller les voir. Par contre, des chaînes comme Canal+ sont très intéressées par ce cinéma et cherchent à le soutenir. Il y a donc une disparité énorme entre les chaînes et du coup un financement moindre. Au niveau international, le marché de la distribution reste très friand de ce genre de film parce que ça se vend bien. Au niveau de l’Etat, il n’y a aucune aide pour ce genre de films au niveau des gens du CNC. Je pense qu’il y a encore une éducation à faire auprès d’eux et qu’ils ne mesurent pas le potentiel du cinéma fantastique. Peu importe, qu’ils prennent leur temps. Par rapport au public, il ne va pas en masse en salle pour voir ce genre de films. On ne retrouve qu’un noyau de fidèles au cinéma mais le grand public ne s’y intéresse pas. La presse générale de cinéma ne s’y intéresse pas non plus. La disparité en France s’étend donc entre les gens qui s’intéressent aux films d’horreur et qui les défendent et puis ceux qui s’en foutent. Mais on ne va pas se plaindre car il y a une petite brèche dans laquelle on peut s’introduire et produire nos films.

Comment vos proches réagissent face à vos films? Vous avez montré vos films à votre mère?

L’accueil par rapport à La horde a été très différent de celui de Goal of the dead car ce sont des films très différents même s’il y a des zombies dans les deux. Le premier est un film d’action bourrin alors que l’autre est clairement une comédie. Ma mère, quand elle a vu La horde, a juste dit « huhu d’accord et sinon tu as un vrai métier quand même? » alors qu’elle a été fan de Goal of the dead. Mon frère est le producteur des deux films donc, pour la famille, ça va, il est pris au sérieux.

Les réalisateurs qui font des films de zombies essayent souvent de transmettre un message caché. Est-ce votre cas?

Pour La horde, c’était surtout le cadre des zombies dans une cité qui nous intéressait. Mais en même temps, on ne voulait pas donner des leçons ou faire les moralisateurs, on voulait juste faire un film fun. Pour Goal of the dead, s’il y a un message, ce n’est vraiment pas fait exprès parce que ce n’était pas le but. Ce qu’on voulait, c’est une comédie avec des monstres, sans dire quelque chose d’important. On voulait faire rire en parlant d’un milieu où il y a effectivement plein de choses à raconter mais surtout plein de petites anecdotes et de personnages à utiliser. Je pense qu’il y a une sur-intellectualisation des films de zombie depuis Romero, même quand il fait La nuit des morts-vivants, le message social se retrouve dans l’ADN de son film. Je pense que ce sont des films politiques dans le résultat mais pas dans la façon dont ils sont fabriqués. Une fois que Romero a été conscient de son discours politique et qu’il le transmettait au travers de ses films, ce fut une catastrophe. Je trouve personnellement que ses derniers films, avec un message forcé, sont mauvais par rapport à sa première trilogie brillante, qui émane d’une époque où il ne pouvait pas faire autrement qu’un film politique mais sans le vouloir vraiment. Par essence, le fantastique est politique, le fait de faire du cinéma fantastique est un acte politique car on veut faire quelque chose que le système n’a pas forcément prévu, avec moins de moyens. C’est un acte militant de forcer le cinéma à accepter des productions différentes et à forcer le système de les accepter. Après, le cinéma fantastique est métaphorique par essence et reflète donc forcément une vision du monde en fonction de son époque et de son origine.

Avec l’engouement actuel autour des zombies, pensez-vous qu’ils redeviendront has-been à un certain moment?

Dans les années 80, les zombies sont tombés en désuétude parce qu’il n’y avait plus de proposition de qualité. Tout simplement. Aujourd’hui, si les zombies reviennent, c’est grâce à des bons jeux vidéo comme Resident Evil ou Left 4 Dead, des bonnes BD comme The Walking Dead ou sa série, ou avec des excellents films comme Shaun of the dead. Le zombie est tellement une figure abstraite, qu’il peut être utilisé dans un cadre qui ne veut rien dire de spécial, autant que d’autres catégories génériques au cinéma comme le film de guerre ou le thriller.

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Cédric Dautinger

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