Un passé ludique et tout en couleur dans The Grand Budapest Hotel

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Wes Anderson nous revient avec ses personnages burlesques, ses pots de peintures et son casting de rêve. Fort de  sa narration fantaisiste, l’auteur innove toujours et s’inspire maintenant de références historiques.

1968. Dans le royaume fictif de Zubrowka, Zero Mustapha (F. Murray Abraham) est le propriétaire du déclinant Grand Budapest Hotel. Interrogé par un écrivain (Jude Law) sur l’acquisition de l’hotel, Zero revient sur son passé de groom dans ces lieux, au service d’un certain Gustave H. (Ralph Fiennes). Dans une période d’entre-deux-guerres en proie au fascisme, son maître se retrouve plongé dans une affaire d’héritage. Une peinture volée, appartenant à son amante octogénaire (Tilda Swilton), est réclamée par ses héritiers (dont Adrian Brody) et convoitée par les milices. Gustave H. ne compte pas se laisser faire.

Des acteurs, en veux-tu en voilà !

Depuis 1998, le créateur du Fantastic Mr. Fox enchaîne les succès critiques à raison d’un nouvel OVNI visuel tous les trois ans. Sa filmographie reste marquée par le nombre incroyable de célébrités qu’il peut réunir en une seule réalisation.  Bien au-delà du portrait de famille hollywoodien (voir le casting de ce film), le réalisateur et scénariste entreprend surtout d’offrir des rôles d’émancipation à ses acteurs. Alors que Willem Dafoe subit  encore sa réputation de méchant chronique, Anderson lui propose ici un rôle de mauvais garçon plutôt parodique.

La formule gagnante

Le talent du maestro texan ne s’arrête pas là. Son écriture fantaisiste nous fait vivre un vrai conte pour enfants un brin trop matures. Les actions survitaminées se succèdent, toujours surprenantes et ludiques, accompagnées de la  narration introductive chère au réalisateur. Le style coloré (aucune palette n’est épargnée) et la technique diversifiée dressent une figure pittoresque au film et avec elle, un monde d’enchantement se crée. Le stop-motion, les cuts-outs (animation faite de papiers découpés, utilisée abondamment dans ce pays fictif) et des plans inattendus participent au divertissement fantastique. Si les fans de la première heure reconnaissent par-là la formule « andersonnienne » par excellence, loin d’eux l’idée de passer un moment de détente vu et revu.

Zweig et Acheson

Dans une interview pour Variety, Wes Anderson dit s’être inspiré des romans de Stéphane Zweig  pour écrire son Budapest Hotel. Une influence telle que le système de flashbacks employé dans le film sert pour lui d’hommage à l’auteur. D’autres ne pourront s’empêcher de comparer le scénario à la Montagne Magique, roman où isolée,  une certaine classe échappe aux tourments de la guerre. L’Hotel, lieu d’une haute société, rappelle cette figure d’intouchable, au milieu des affrontements qui se préparent. Encore une fois, l’auteur du Darjeeling Limited s’inspirerait d’une autre personnalité de l’Histoire : Dean Hacheson. Cet historien est resté célèbre pour avoir développé une théorie selon laquelle les deux guerres mondiales n’en formeraient qu’une. A défaut de recouper des faits véritables, les événements de Zubrowka (en vrai, un semblant de Pologne) révèlent donc pour la première fois un goût pour l’Histoire et ses références artistiques (Le dictateur de Chaplin par exemple) chez Wes Anderson. Une nouveauté qui pourra en dérouter plus d’un. Résultat, à vous de voir si ce renouveau n’est que pure délire intellectuel ou simple hommage ému.

Benjamin Bourguignon

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