Mike Oldfield est l’homme « on the Rocks »

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Du haut de ses 60 ans, Mike Oldfield est de ceux que nous pouvons appeler un papy du rock. Ayant débuté sa carrière dans la fin des années 60, il a su traverser les époques et ne cessera d’innover tout au long de sa carrière. Inclassable, il passera sans vergogne du rock progressif au new wave, de la musique celtique et classique à l’électro, dont il sera un des précurseurs.

Mike Oldfield, c’est avant tout l’homme derrière Tubular Bells. Qui n’a jamais été envouté par ce qui sera à tout jamais son plus grand chef d’œuvre, et la bande originale mythique du film l’Exorciste ? Il fait partie de ces gens que peu de notre génération connaissent, mais dont nous en avons tous entendu ne serait-ce que quelques bribes.

Plusieurs décennies et 25 albums plus tard, il nous revient avec son nouvel album Man on the Rocks. Pour le coup, le britannique a su bien s’entourer, puisqu’il s’offre le producteur Stephen Lipson (Jeff Beck, Paul Mc Cartney), le bassiste Leland Sklar (Phil collins, Crosby Still & Nash) ou encore le batteur John Robinson, qui œuvra derrière les fûts de Michael Jackson, Clapton ou encore Daft Punk. Il mise cependant sur un jeune talent, Luke Spiller, jeune membre du groupe The Struts pour assurer le chant. Si l’affiche est belle, reste à voir si Mike parvient encore à convaincre. Défi de taille, après une si longue et fructueuse carrière !

Guitares solides

Larguons les amarres avec Sailing. Le ton est tout de suite donné, puisqu’une guitare folk ouvre le bal, et laisse place à une guitare slide bien dosée. Le chant, des plus éoliens nous donne des envies de voyage. Pas de surprise, le tout est parfaitement maitrisé et propre, typiquement dans le style Tom Petty… Le voyage continue avec Moonshine, qui nous propose d’emblée des sonorités aérées ; des arpèges de guitare nébuleuses viennent accueillir tout en douceur des sonorités celtiques. Elle nous transporte, l’air de rien dans les larges plaines d’Irlande pour notre plus grand plaisir. Cette influence celtique revient plus assumée dans la seconde partie du morceau, et va jusqu’à y superposer un solo bien dans le thème. Premier coup de génie pour le Maestro, qui montre, s’il le fallait encore, qu’il maitrise tous les genres. Place ensuite à Man on the Rocks, titre principal de cet album. Petite escale plus intimiste dans les canyons, qui laisse une large place au chant. Et le jeune Luke s’en sort plutôt bien ! S’il semble pousser jusqu’à ses derniers retranchements, il tient le coup tout au long d’un morceau bien crescendo et nous montre qu’il a mérité sa place auprès du géant Oldfield.

Levons l’encre pour Castaway. C’est par des claviers chavirés que commence ce morceau, qui semble peiner au démarrage, mais permet néanmoins au grand maitre des lignes de guitare dont lui seul a le secret. Dans Minute, nous continuons notre voyage sans grande surprise ; le chant traversant un morceau au calme plat sans faire de vagues.

C’est plus hardi que nous nous lançons à l’abordage de Dreaming in the Wind, morceau décidemment plus élaboré. Mike Oldfield nous montre une fois de plus que s’il ne fait pas figure de virtuose de la six cordes, il peut néanmoins décocher quelques flèches bien placées, non sans rappeler un certain Mark Knopfler… c’est sans doute le principal atout de ce morceau.

Electrique

Nous nous laisserons plus volontiers surprendre par Nuclear, qui nous plonge dans une ambiance légèrement western. Plus consistant, ils osent un son plus lourd, doublé d’une guitare électrique de plomb ainsi qu’un chant qui reprend peu à peu du poil de la bête. Si l’arrangement manque cruellement d’originalité, ce morceau se laisse apprécier sans mal et on profitera d’un morceau à nouveau délicieusement crescendo.

Le vent semble à nouveau souffler dans les voiles dans Chariots, puisqu’une guitare extraterrestre vient s’ajouter à des belles sonorités électro. L’orgue Hammond est également de la fête, et nous plonge d’emblée dans des eaux plus agitées. Ce bordel magnifique, largement funky vient nous sortir à point nommé d’un sommeil relatif, et nous secoue enfin jusqu’à l’achèvement. Le duo batterie/basse n’est pas en reste et vient maintenir la pression, très généreusement dosée dans le mixage. Un grand bol d’air nous attend Following the Angels, Un chant plus osé, tout en délicatesse nous transporte au large, et on se laisse volontiers envelopper dans des lignes de guitare à nouveau parfaitement calées, dont les harmonies finissent de nous séduire, alors que des chœurs s’intègrent discrètement, ce qui ne gâche pas notre plaisir.

Oldfield aime décidemment bien se jouer de nous, puisqu’il revient à la charge dans Irene, et tire à boulets rouges dans un morceau blues/country dont il ne manque aucun ingrédient : des guitares slides, des cuivres ainsi que le chant ne peut que nous rappeler les plus belles heures de ses vieux compatriotes Rolling Stones. Perturbant.

Dernière montée au large avant de rentrer définitivement au port, I Give Myself Away sonne comme une vieille mélancolie de voyage, dont le chant, plus lyrique ouvre à nouveau la voie à un ultime solo de guitare. C’est presque sur une ballade que nous terminons notre voyage et nous donne presque des pincements au cœur.

Mike Oldfield réussit un pari assez risqué ; Celui de succéder à sa carrière un album qui, sans laisser de côté son goût irrésistible pour le mélange des genres sonne résolument moderne. Il rappelle à la fois les sonorités de son temps, de belles balades dans un registre plus traditionnel et tente une poussée dans la musique plus organique et électro. Il donne au final un album sans grandes surprises et qui peine souvent à innover, mais s’efforce, à raison, de proposer une œuvre éclectique et nous prouve qu’il est capable de traverser les époques. On ne peut également que souligner sa volonté de donner place aux nouvelles générations, et tente une collaboration largement réussie avec un chanteur encore (casi) inconnu, Luke Spiller. Chapeau l’artiste.

Enfin, je ne résiste pas à l’envie de vous faire redécouvrir ce chef d’œuvre qu’est Tubular Bells. Enjoy !

Thibault B.

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