Les BD du mois de mars, pour comprendre le monde sans en avoir l’air

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Du Zep, de la critique économique et du journalisme gonzo, voici les BD du mois de mars !

Découpé en tranches, de Zep, en réédition

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Zep, le papa de Titeuf, est un homme qu’on ne présente plus. Mais ce qu’il nous livre pourtant ici est une intéressante auto-biographie. Il se livre lui-même en tranches, sujet par sujet, au quotidien. Comment il vit, ce qu’il ressent, ce qui lui est arrivé. Sans avoir l’air d’y toucher cependant. On pourrait croire que ce livre ne parle même pas de ça ; mais juste d’un parigot un peu baba cool. Ce serait aller trop vite.

Sans être aussi drôle que ses « happy sex » ou « l’enfer des concerts », Zep se livre lui-même, pudiquement, mais avec beaucoup d’émotions. Et c’est ça, l’émotion, qu’on retiendra de cette BD.

Zep, Sexe in Découpé en tranche

Avec le talent qu’on lui connaît, Zep croque son quotidien. Pas de cases, juste du flou autour des dessins, qui sont précis, pas plus de décors qu’il n’en faut pour porter le propos. Et les visages, les expressions, toujours, avec ses têtes démesurées par rapport aux corps qui sont sa signature, son dessin qu’on connaît depuis Titeuf. Les couleurs aussi : les dessins sont en noir et blanc pour la plupart, mais il y a tout un jeu avec les couleurs des pages. Un bel objet donc.

Economix, de M. Goodwin et D. E. Burr

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« La première histoire de l’économie en BD ». Vraiment ? Pas possible… inmanquablement ce qu’on se dit quand on voit cet imposant volume en magasin. Et pourtant c’est vrai !

Le pari est risqué mais relevé haut la main ! Depuis les premières théories économiques au moyen âge jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de l’économie est mise en image. Bon, avouons-le : il y a du texte aussi quand même.

Notons que ce texte n’est pas trop abondant. Cela tient à la très intelligente distribution du texte, les pages sont très aérées. Evidemment cela reste impressionnant, surtout si on compare à Bob et Bobette mais on n’explique pas (encore) l’économie juste avec des dessins.

Si l’on ne s’y connait pas en économie, cet ouvrage est très abordable, facilement accessible sans pré-requis. Si l’on s’y connait très bien, on pourra toujours critiquer évidemment l’un ou l’autre point qui ne serait pas assez approfondis à notre goût. Mais l’ambition est d’introduire et de brosser tout le tableau historique de l’économie, ce qui n’est pas une mince affaire.

Le propos est très clair. Quand il le faut, l’auteur n’hésite pas à indique le numéro de la page au cas où le lecteur veut aller se rafraîchir la mémoire. Qui plus est, l’auteur prend position, et il le dit. C’est évidemment très critiquable d’un certain point de vue, mais il assume cela : il n’y a pas de position neutre même en science.

Qui plus est la mise en perspective historique de l’économie fait bien prendre conscience des ressemblances d’aujourd’hui avec certains moments déjà passés :dérégulation des années 20, les années folles, qui menèrent à la crise de 29, dérégulation depuis Reagan et Thatcher qui a mené à la bulle internet puis à la crise des subprimes dont on paie toujours le prix aujourd’hui. L’auteur nous offre d’autres points de comparaison historique de notre situation actuelle.

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Bien sûr, le livre étant américain, l’histoire est très centrée sur les USA. Cependant, sa position dominante sur la planète et chez nous (faut-il le rappeler) ne nous rend pas le moins du monde incompréhensible le propos.

D’un point de vue graphique, le trait noir et blanc est très clair, dans le style de la ligne claire. Le dessinateur est également un caricaturiste de génie, car chaque auteur intervient en personne, caricaturé pour présenter ses idées, et en quoi elles sont novatrices par rapport à la théorie précédente. Il y a de nombreuses citations, parfois drôles, parfois choquantes.

On regrettera néanmoins l’absence de femme dans cette ouvrage. Mais il faut bien reconnaître que l’histoire des idées économique a été et est toujours trusté par les hommes. Enfin, avec un auteur portant, on aurait pu craindre le point Go(o)dwin, mais non. Il n’en est rien.

Transmétropolitan, de W. Ellis et D. Robertson, en réédition

Transmetropolitan

Comics, ce gros volume rassemble les aventures de Spider Jerusalem, un journaliste de choc dans une ville (« La Ville ») futuriste. Ville complètement démente, qui part dans tous les sens, où tout est agressif, violent, sexiste, dégénéré, mutant, alien, et j’en passe.

Ecoeuré de ce monde, Spider Jerusalem s’est exilé sur une montagne pendant cinq ans. Mais son éditeur le rappelle, car il lui doit encore deux livres. Fâché, Spider Jerusalem est forcé de revenir en ville et de reprendre sa carrière de journaliste le temps d’écrire ses livres.

C’est sans morale, sans déontologie, sans respect, avec force, que Spider Jerusalem va foncer dans le tas. Décrire ce qu’il voit tout simplement. Mais de manière brute. Vivante. Puissante. Et choquante.

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Car cette société est choquante. Certaines personnes travaillent encore, mais plus toutes. Des « faiseurs », sorte d’imprimante 3D (mais en bien plus balèze) peuvent créer tous les objets pour ceux qui peuvent s’offrir la « matière noire » qui leur sert d’alimentation. Les classes moyennes font donc les poubelles des plus pauvres.

S’il y a une prolifération du sexe, accrue par les diverses manipulations chirurgicales/génétiques qui rendent possibles tous les fantasmes, il y a surtout une prolifération de religions :« il s’en crée une nouvelle toute les six heures ». Mais elles n’aident pas les gens, elles les manipulent.

Comme toujours, ce qui est intéressant dans la S-F, c’est ce que nous renvoie cette société décadente, qu’elles en sont les germes possibles chez nous à notre époque.

Le dessin, la mise en case fait évidemment très Comics, mais sort tout de même du classique par une prolifération de détails, de pubs extravagantes et outrageuses qui rendent l’univers dense et riche en horreur. A s’offrir pour la bonne claque que l’on prend à la lecture.

Nicolas Pochet

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