Le match des séries: Black Sails versus Crossbones

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Annoncées dans notre top des séries à suivre cette année, deux nouveaux venus se démarquent avec un thème encore jamais exploité dans ce format: les pirates. Du genre avec un perroquet qui parle, une jambe de bois et un bandana sur la tête. Suivant l’engouement renouvelé pour ces marins aventureux via la franchise Pirates des Caraïbes lancée par Disney, Ubisoft avait lancé fin 2013 un quatrième Assassin’s Creed entièrement axé sur l’âge d’or de la piraterie (fin du 17ème et début du 18ème siècle). Pourquoi aborder un jeu vidéo pour parler de séries télévisées? Car ils partagent tous les trois un tronc commun historique qui se trouve relaté dans l’excellent livre The Republic of Pirates par l’historien Colin Woodard.

Après la fin d’une guerre entre les grandes puissances coloniales de l’époque, les routes marchandes deviennent enfin sécurisées. Ce qui arrange les marchands ne fait pas l’affaire de milliers de marins qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi, sans argent et totalement abandonnés par leur nation (Angleterre, Espagne, France, Pays-Bas…). Une pincée de tensions politique, de mécontentement général par rapport aux puissants et d’expertises gâchées finissent par lancer les pirates. Leur credo: garder ce que l’on gagne et en faire ce que l’on veut. Une idée communément admise aujourd’hui mais pas à l’époque, faisant frisonner les métropoles et la bourgeoisie. Certaines villes dans les Caraïbes vont s’affranchir et devenir des bases opérationnelles pour les pirates, comme New Providence ou Nassau. L’aventure y commence pour nos deux séries mais malgré des similitudes, on peut espérer une certaine différence entre elles.

Black Sails

Lancée en janvier 2014 par la chaîne Starz, cette série bénéficie d’un gros avantage sur son adversaire: elle est sortie avant. Bien avant même puisque la première saison fut bouclée le 15 mars tandis que le lancement de l’autre série (initialement prévu en 2013) n’aura lieu que cet été si les eaux restent calmes. Le scénario diffère également puisque deux protagonistes principaux se disputent la tête d’affiche: un jeune matelot qui se retrouve recruté dans l’équipage du capitaine Flint, qui pourchasse le plus gros galion au trésor espagnol tout en échappant aux militaires coloniaux. Le nom de ce jeune aventurier? John Silver… On retrouve donc deux personnages fictifs du célèbre roman L’île au trésor et d’une magnifique BD, offrant une certaine fantaisie et un éloignement de la réalité historique.

Malgré quelques effets « écran vert » grossiers, l’ensemble visuel reste cohérent et agréable à regarder. Quel dommage donc que les pirates passent tout leur temps à Nassau, alors qu’on souhaitait juste les voir en mer. Le manque de budget et la précipitation auraient plombé le tournage de cette première saison? Possible et regrettable, on s’ennuie ferme face aux pirates… qui s’ennuient sur les plages et dans les tavernes. Les quelques batailles et bastons restent bien filmées (parfois avec des idées originales) mais on en compte moins que nos cinq doigts de la main sur la saison entière (un peu plus qu’un crochet quand même).

Les musiques collent parfaitement à l’ambiance (mention spéciale pour le thème principal). Une ambiance bien présente avec des pirates sales, vulgaires et violents. Malheureusement, les scènes de sexe tombent vraiment comme un cheveux dans la soupe même si l’on appréciera (à défaut de simplement retirer ces passages inutiles) que les hommes soient montrés aussi nus que les femmes. Plus mature que les films de Disney, les éléments historiques sont malheureusement introduits de façon très brouillonne. Impossible de comprendre tous les éléments introduits par la série sans connaître au préalable certaines bases historiques (parfois poussées) et rien n’est fait pour nous y intéresser. Le gouffre abyssal entre l’équipage de brillants techniciens et les scénaristes qui s’inspirent des histoires racontées par leur perroquet se ressent à chaque épisode. Surtout qu’on ose y croire pendant toute la saison, puisque chaque épisode compte une scène intéressante, drôle, originale ou vraiment intéressante. Puis la vent retombe et on se retrouve à nouveau à faire la sieste à Nassau.

Enfin, le plus gros point noir revient au casting. Les personnages principaux, excepté l’excellent capitaine Flint, n’ont aucun charisme et semblent sortis d’une troupe de Broadway. Sourires Colgate, look de catcheur sur Playstation, fine moustache et mulet de clubbeur hollandais des années 90, voir jeu d’acteur pitoyable, aucun illustre pirate n’est épargné. Difficile à avaler lorsque l’on a encore en tête les mêmes pirates, hauts en couleur, dans Assassin’s Creed IV.

Crossbones

Repoussé plusieurs fois, le lancement de cette série produite par NBC possédera donc un double-tranchant. Largement en retard sur son adversaire, il pourrait néanmoins s’imposer simplement, en corrigeant les défauts évoqués plus haut. Avec un meilleur scénario, des bons acteurs et la même ambiance, la mutinerie se fera rapidement en faveur du terrible capitaine Barbe Noire. En parlant de double-tranchant, le choix de John Malkovich pour ce rôle a du bon et du mauvais. Cet excellent acteur pourrait attirer une plus grande audience dans ses filets mais ne nous convint vraiment pas dans ce rôle car il ne correspond pas du tout à l’apparence physique et à l’idée que l’on se fait de Barbe Noire (un géant imposant à la barbe hirsute lui donnant une apparence de sauvage). La patience est donc de mise afin de conclure ce match des séries…

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Cédric Dautinger

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