Le film-chorale, une mode qui ne vous veut pas que du bien

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Au royaume béni du cinéma, il est des modes, comme des saisons. Elles vont et viennent et reviennent. Parfois jusqu’à l’overdose. Et il en est une en particulier qui devient de plus en plus marquante: celle du film-chorale. Vous savez, ce film qui rassemble une dizaine d’acteurs connus et qui base toute sa communication presque uniquement là-dessus. L’actualité récente des salles obscures regorge d’exemples en tout genre, depuis le multi-oscarisé 12 Years A Slave au prochain Un été à Osage Country en passant par The Grand Hotel Budapest (devant lequel d’ailleurs je me suis endormie).

Voilà encore qui n’aidera pas à éviter les écueils de la starification de certains acteurs, starification qui justifie leur salaire, plutôt indécent par rapport à celui des « petites mains » du cinéma. Pourtant sans eux, il est certain que le film ne se réaliserait pas. Car s’il faut des cameramen et des techniciens compétents pour réaliser un bon film, pas sûr qu’on ait besoin du sourire niais de Julia Roberts. C’est bien connu, ce n’est pas parce que l’on est bien payé que l’on est plus compétent. Parfois, il m’arrive même de penser le contraire.

Le cinéma sans ses petites mains 

Que ce passe-t-il dans la tête de ceux qui participent à la création du film ? Qu’est-ce que ça leur rapporte ?

Les producteurs

Un bon film, qu’est-ce que cela signifie pour un producteur? C’est un film qui rapporte. C’est plutôt simple, et tous les moyens sont bons pour cela. Dans une certaine mesure, un bon film est aussi un film qui apportera une bonne réputation à la boîte de prod’. Réputation qui sera bonne si la boîte aura financé pas mal de films qui auront rapporté. Tout se tient et se rapporte à l’argent. Comme les acteurs connus ont souvent un petit rôle dans ce genre de film, il faudra sans doute les payer moins que pour un grand rôle, (même si le cachet reste plus élevé que pour un acteur de second rôle pas très connu). Et s’il faut les payer moins, on peut en engager plusieurs. Pour les premiers rôles eux, il sera possible de les confier à des acteurs connus ou inconnus. Inconnus de préférence : on pourra justifier un moins gros cachet et prétendre favoriser le talent d’un nouvel acteur (The Grand Hotel Budapest; 12 Years A Slave)… Cela attirera inévitablement du monde. Il y aura une bande-annonce et des affiches promotionnelles qui les mettront en avant.

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Les réalisateurs
Un bon film pour un réalisateur, qu’est-ce que cela signifie? A nouveau, argent et réputation (qu’on jugera entre autre à la mesure de l’argent qu’aura rapporté les film, bis repetitae). Mais aussi, comme pour les acteurs, se faire connaître dans le milieu. Réaliser un film comme celui-là, c’est la possibilité de serrer la main d’un nombre incroyable d’acteurs. Plus facile par la suite de les contacter et de les motiver pour un autre film.

Les acteurs

Un bon film pour un acteur? Un film qui lui permettra de continuer sa carrière; et selon l’acteur qui lui permettra de s’acheter un île dans les Caraïbes ou un château en Allemagne. Pour ça, comme pour les réalisateurs, serrer des pinces est indispensable. Participer à un film-chorale est bien pratique : c’est pas trop fatiguant, ça permet d’apparaître dans un petit film pendant qu’on en fait un plus gros où là on a un rôle principal. Echange win-win et pratico-pratique au programme donc.

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Et les spectateurs ?
Un bon film pour les spectateurs, voilà une définition qui est difficile à trouver. Il y a autant de bons films qu’il y a des spectateurs. Enfin ça, c’est pour la version officielle, mais les producteurs aiment tout de même à nous ranger dans des cases et les films dans des genres, des sous-genre et des sous-sous-genres, pour mieux nous connaître.  Et nous appâter. Le film-chorale est maintenant un genre connu (citons encore Love Actually, ou Ocean Eleven et compagnie qui commencent à dater), même si on peut douter qu’il sera jamais plus populaire que les films dits  « classiques ». Demandons-nous ce que cela nous apporte en tant que spectateur. Si on peut au mieux sourire quand un acteur que l’on connait apparaît, à quoi est-ce que ça sert d’autre ? Est-ce que ça ne serait pas  parfois un simple palliatif à l’absence de bons scénarios ?

Quitte à râler, on pourrait aussi vous parler de la mode récente des bandes-annonces de trois minutes qui dévoilent tout le film. Mais c’est une autre histoire.

Camille Wernaers et Nicolas Pochet

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