Her: la science-fiction comme thérapie d’une époque

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Dans un futur proche, Theodore Twombly (Joaquin Phoenix) est écrivain dans un bureau qui assure les correspondances amoureuses pour des couples en panne d’inspiration. Paradoxalement, l’auteur souffre toujours d’une séparation. La nostalgie le calfeutre de plus en plus dans son monde ultra-connecté, baigné de solitude. Un Theodore désespéré trouve bientôt du réconfort auprès d’une certaine « Samantha » (Scarlett Johansson),la voix d’un programme informatique moderne, capable de vous comprendre et de combler le moindre de vos besoins.

A travers un espace vide, feutré et très vertical (un Los Angeles aux allures de Shanghai), Joaquin Phoenix évolue sans inspirer la pitié ni la niaiserie. D’abord parce que Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich) réalise l’exercice périlleux de ne pas tomber dans l’histoire d’amour classique. Les dialogues sont sublimes, la relation inédite se construit tout en nuance et le scénario surprend jusqu’à la fin, malgré sa longueur. L’artiste a d’ailleurs décrit les difficultés qu’apportaient certains procédés d’écriture, comme la coordination entre les voix (pour rappel, Scarlett Johansson n’apparaît jamais à l’écran). L’auteur de Max et les Maximonstres développe à nouveau le thème des rapports humains avec subtilité quand ici deux êtres apprennent à se (re)constuire.

Her n’est donc pas un film naïf ou réservé à un public romantique. Il s’insinue au plus profond de nos ressentis. Même si Phoenix a volé la moustache de Tom Selleck, le personnage ressemble étrangement à vous ou moi. Il est complexe, épris de doutes et parfois seul malgré une technologie de réseau surdéveloppée. Même si Theodore semble être un personnage aux traits surexploités (divorcé, seul, mélancolique à l’extrême…), il nous renvoie nos propres problèmes au visage. Plus qu’une critique de notre contact à la technologie, le film évoque notre vision du moi,  l’intérêt d’être un individu unique, avec ses qualités et ses défauts. Chacun de nous se voit happer par le fait de pouvoir assumer cette image réelle.

Ensuite, la photographie devient un outil de neutralité. Avec un grain d’image qui rappelle la nostalgie régnante, glaciale mais bercée de mélancolie d’une bande son d’Arcade Fire qui remplit son rôle de parfait contre-balancier. Les évocations/flashbacks offrent d’ailleurs des images savoureuses de luminosité, des émulsions à la Terrence Malick peut-être. Aussi, la recette est ponctuée  par un savant mélange entre parties de rigolade et scènes déchirantes. Hormis l’omniprésence de l’acteur de Walk the Line, c’est aussi la sollicitation de nos sens qui met en valeur notre identification avec l’anti-héros. Par moments, des scènes immobiles voire vides d’images sacralisent des moments d’intimités universelles. Samantha est la femme (ou l’homme) idéal que toute personne aimerait rencontrer. Samantha devient aussi un prétexte à nos éternelles remises en question.

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Sortie dans nos salles ce 19 mars 2014.

Benjamin Bourguignon

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