Nebraska, Payne ton million

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Nebraska, c’est l’histoire du vieux Woody, qui perd la boule et croit qu’un million de dollars l’attendent à Lincoln, dans le Nebraska. C’est aussi l’histoire de son fils, David, qui l’y accompagne. Bien sûr, pas un seul centime n’attend Woody à Lincoln, et pour cause : c’est une publicité mensongère qui l’a amené à le croire.

Heureusement qu’entre le home sweet home de Woody dans le Montana et le Nebraska il y a de la route. Et aussi des bars, des patelins, des rednecks et des stations essence. Auquel cas, nous n’aurions pas affaire ici à un authentique road-movie. C’est-à-dire, au genre de films qui se tourne à tour de bras aux quatre coins du monde ( « Hé les gars, j’ai pas d’histoire mais j’ai une idée : on va faire un road-movie ! »), bref, le genre qui rafle des prix à Sundance et dont on n’entend plus jamais reparler une fois la cérémonie de clôture passée.

Sauf qu’on n’a pas affaire ici à n’importe quel road-movie. Parce-qu’il est filmé en noir et blanc et surtout parce-que son réalisateur n’est autre qu’Alexander Payne, auteur du sublime Sideways (2003) et spécialiste du genre.

Woody Allenite

Le premier problème avec Payne, c’est qu’il est atteint de Woody Allenite. Comme l’a théorisé un ami à moi, c’est une forme de maladie qui ne touche que les réalisateurs qui ont un talent littéraire hors-norme et ont préféré donner des ordre à des gens qui font semblant de s’aimer plutôt que de se coltiner huit heures par jour une feuille blanche et un bic défaillant dans une chambre de bonne mal chauffée. Du coup, ils font de bons films mais jamais à la hauteur des bouquins qu’ils auraient pu écrire s’ils avaient été écrivains. Un peu comme Woody Allen, qui s’est laissé aller à en écrire quelque-uns, justement. Mais ceci est une autre histoire.

Le second problème avec Payne, c’est que non seulement il fait de bons films, mais qu’en plus de ça il est parvenu à accoucher d’un chef-d’oeuvre, Sideways donc. Une tragi-comédie unique, amère et sans concession. Et qui, fatalement, écrase un peu les films précédents du réalisateur (le notable About Shmidt) comme les suivants (le plus dispensable Descendants). Alors, Nebraska est-il à la hauteur du talent de son auteur ?

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Oui

Adieu le George Clooney pantouflard et cocu des Descendants et place aux vrais vieux. Ou plutôt au vrai vieux : Bruce Dern, magnifique hors de ses rôles habituels de méchant de service (palme du meilleur acteur à Cannes), plus une flopée de seconds rôles tordants et gouaillards à souhait, croisés ici et là sur la route.

Et à part ça ? A part ça, les liens père-fils, le poids de la vieillesse et des regrets, l’Amérique rurale, la picole, les blagues potaches. La mélancolie, aussi, surtout. L’impossibilité d’échapper à la mort, cette vieille salope, et ce foutu sentiment d’inachevé. Bref, on est chez Alexander Payne et, même si c’est un peu moins mordant que dans Sideways, on se régale tout du long.

Non

Mais on ne peut s’empêcher de songer à Sideways quand même. Au fait que le film conjuguait le meilleur du cinéma et de la littérature. Photo impeccable (kitsch, diront les mauvaises langues), acteurs incroyablement bons (Giamatti en tête) et mise en scène au cordeau. Côté écriture, idem : dialogues ciselés, personnages découpés au millimètre, dénouement digne du pièce de Shakespeare. Ouais, rien que ça.

Du coup Nebraska à côté, c’est un peu fade. C’est bien écrit, c’est drôle, le rythme est plutôt bien réparti… mais il manque ce qui faisait le sel et le poivre de Sideways: la cruauté.

Sortie dans nos salles ce 19 février 2014.

Clément Boileau

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