Les brasiers de la colère : une vengeance au goût de cendre

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Pour son deuxième long-métrage, Scott Cooper joue encore la carte des personnages en décrochage, ici emprunts d’une violence sociale et d’un fatalisme sans égal. Le résultat : un thriller social lourd de justesse.

Braddock, Pennsylvanie. Tout y est sombre. C’est une de ces bourgades où les complexes industriels s’imposent à vous comme une évidence, comme le dessin d’une vie inéluctable. Russel (Christian Bale) s’en est accommodé et gagne honnêtement son pain à l’usine, comme son père avant lui. Son frère, Rodney (Casey Affleck), a préféré choisir l’armée et avec elle, les multiples traumas de la guerre. Entre ces deux-là, les liens sont forts. Mais voilà, profitant de l’absence de Russel, Rodney compte bien déroger à la règle et briser la routine qui ronge le lieu qui l’a vu naître. Les paris illégaux, les combats et les contacts mafieux : à force de s’y frotter, le personnage s’y pique rapidement. Maintenant disparu, Rodney est recherché par Russel. Le grand frère sage fait bientôt face aux malfaisants du coin et à leurs méthodes « indélicates ».

Avec Les brasiers de la colère, Scott Cooper nous immerge à nouveau dans le milieu pauvre des « Rednecks », sans jugements et tout en douceur. Depuis l’engouement de Crazy Heart et la consécration « oscarienne » de son acteur principal Jeff Bridges, le réalisateur s’offre un casting de rêve pour rendre une âme à cette Amérique oubliée. Christian Bale, comme éteint, inerte et Casey Affleck comme un opposé nerveux, piqué à l’amertume,  figurent bien leur transformation dans un milieu aussi fataliste. En effet, comment créer son trou, là où l’émotion n’a jamais eu sa place, où les rêves sont comme mort-nés ? Soit on accepte sa condition, soit on la combat continuellement. C’est ainsi que l’usine, troisième personnage capital du film, vient sans cesse nous rappeler l’existence d’un destin qu’on ne peut que difficilement réécrire. Devant la caméra de Cooper, les bâtiments paraissent à chaque fois imposants et magnifiques, fidèles mais magnifiés.

La justesse du propos se perd un peu à travers les rôles secondaires : Petty (Willem Dafoe) se révèle plutôt stoïque bien qu’en mauvaise posture et Barnes (Forest Whitaker), le flic inactif, n’a que trop peu l’occasion de montrer sa bonne volonté. Cependant, Woody Harrelson, en méchant primaire, transpire la violence avec beaucoup de réalisme et de profondeur. Jusqu’à la fin, le spectateur va trouver des arguments pour le détester plus encore. Là, le décor qui flaire bon la sidérurgie, et qui ne vous a pas encore lâché va légèrement changer. Les tubes et les cheminées métalliques accueillent les premiers rayons de soleil du film, éblouissants la pellicule. Russel n’a alors plus rien à perdre (et peut-être n’a-t-il jamais rien eu à gagner ?). Une question se pose : les faveurs de la nature annoncent une lueur d’espoir ou le  signe d’un éternel recommencement ? A vous d’en juger ce mercredi 5 février.

Trailer (dévoilant un peu trop le film, soyez prévenus):

Benjamin Bourguignon

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