Fauve ≠, les mots d’une génération

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Je me rappelle bien. Ça s’est passé comme ça, précisément. Lors d’une de ces soirées qui se terminent doucement, les vapeurs d’alcool s’évanouissaient dans l’air et la nuit qui tirait un peu en longueur. L’un qui attend son collecto, l’autre qui prend un dernier verre. Et tout d’un coup, quelqu’un a brisé le presque silence qui nous entourait pour dire : « Je vais voir Fauve en mai ». Devant nos mines qui devaient être mi-déconfites, mi-intriguées, il a continué. « Quoi vous connaissez pas? C’est vachement bien, allez je vous mets un morceau»,  le tout avec l’air de dire, « Là, les gars, je vous fais une faveur ».

Les notes ont monté dans l’air et puis les mots les ont suivi.

Le collectif français Fauve ≠, composé de six musiciens et dont le nom s’inspire du film Les Nuits Fauves, vient de sortir son premier album, Vieux Frères (partie 1 et 2). Fauve est fondé en 2010, motivé par « un besoin commun et urgent de vider le trop-plein avec le moins de contraintes possibles ». Des morceaux inqualifiables comme il faut : à la limite du rock, du rap et du slam. Comme si Grand Corps Malade rencontrait Damien Saez. Des phrases déclamées, hurlées, plus que chantées. Des thèmes qui parlent à toute une génération. La pression de la société, le travail qui aliène, le sexe trop facile et l’amour qui rend fou.

« On fait l’amour comme on s’essuie»

Les arrangements musicaux, toujours efficaces, servent d’appui aux mots et viennent en renfort pour aller toujours chercher l’auditeur, ne lui laisser aucun moment de répit, pour lui faire ressentir à tout prix quelque chose. La force de toutes ces histoires compilées est de nous servir sur un plateau comme un condensé de nos propres émotions.

Il parait même que 2014 est « l’année Fauve« . Mouais. Pas sûr.

Pas sûr parce qu’il paraît aussi qu’il s’agit d’un simple groupe de bobos idiots sans talents. A voir cette critique revenir et revenir encore, on se dit qu’ils ont peut-être réussi leur coup de maître. « T’es qu’un bobo« , crache-t-on au visage de ceux qui aiment lire, qui refusent la télé-réalité et les fast-foods, qui aiment les films d’auteurs et les cheveux longs. Aujourd’hui, on a une étiquette pour ce qui est différent. C’est pratique. Si pour un musicien, être bobo signifie ne pas être le sosie de Johnny Hallyday ou ne pas se foutre à poil pour cacher la vacuité de ses chansons et faire parler de soi, je crois qu’en fait, « groupe de bobos » pourra même devenir un très beau compliment.

(Je dédicace cet article à Jean, et je lui souhaite déjà un joyeux anniversaire !)

Camille Wernaers

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