Miss Belgique : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle »

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Si les hommes jouent à qui a la plus grosse, les femmes se lancent dans des concours de beauté harassants pour découvrir qui est la plus belle. Reflet terrible d’une société où le machisme stagne. Encore et toujours.

Un show réglé comme du papier à musique. Des sourires forcés. Beaucoup. La paix dans le monde et la faim des enfants comme thèmes principaux. Vous aurez reconnu la grande messe annuelle de Miss Belgique, qui, chaque hiver, dénude les femmes sur nos écrans (le défilé en maillot étant LE moment phare de l’émission).

Foire aux bestiaux

Il suffit pourtant d’en gratter un peu le vernis artificiel « chic » pour se rendre compte de la réalité de cette émission : une immense foire aux bestiaux, où l’on juge les femmes sur des caractéristiques physiques. Pas n’importe quelle femme. Pas n’importe quelle caractéristique.

Car elles se ressemblent toutes les Miss. Grandes, minces, cheveux longs, extrêmement maquillées, saupoudrées, retouchées… Elles ne sont belles que dans la société machiste contemporaine, qui a fait évoluer la femme et ses formes généreuses vers une poupée gonflable aseptisée.

D’ailleurs, si l’on regarde du côté de l’élection des Mister, que voit-on ? Du muscle, du muscle et encore du muscle. Un peu de gel pour les cheveux et les même sourires forcés. A la femme, le rôle de la belle et à l’homme, celui de la bête… c’est plus rassurant dans une société qui aime encore et toujours assigner des rôles naturels, des étiquettes.

La beauté, cette chose extrêmement subjective, devient d’un coup objectivable. Une femme est belle parce qu’elle rencontre certaines caractéristiques précises. La beauté est donc surtout une affaire de pèse-personne. De chiffres. Elle se quantifie. Peu de chance qu’une une femme pesant plus d’un certain poids et mesurant moins de certains centimètres se fasse sélectionner pour l’émission.

Poudre aux yeux

Même si le show essaie de se donner une image plus respectable, en posant par exemple des question de culture générale aux filles ou en mettant l’accent sur certaines capacités qu’elles possèdent, ce n’est que poudre aux yeux. Une candidate, qui ne sait pas qu’Elio Di Rupo est notre Premier ministre, qui baragouine trois mots en flamand et qui ne sait que jongler (mal en plus), mais qui rencontre les bonnes caractéristiques physiques, pourra devenir Miss. Sans que cela ne choque personne. L’injonction sois belle et tais-toi mais pire, parce qu’institutionnalisée.

Cette beauté est effective dans une société de consommation. Après un an, elle est finie. La Miss n’est plus belle, elle donne alors sa couronne à une autre, une nouvelle. Une autre qui lui ressemble point par point (vous voyez ce sourire figé?) et qui a la même fonction. Chaque année sort un nouvel Iphone, très proche du dernier. Chaque année, on élit une nouvelle miss. De la chère fraîche pour nos yeux, toujours plus affamés.

Elle pourra toujours se consoler en allant avec sa nouvelle voiture rutilante et polluante fraîchement gagnée (on a le carrosse qu’on mérite il parait) à l’ouverture d’une Foire au Boudin d’une quelconque ville quelque part, en tant qu’ « Ambassadrice de la beauté » (sic). Ne lui reste plus qu’à éviter qu’on lui pince les fesses dans la foule, alors qu’elle se promène en agitant la main d’un air niais, en veillant à ne pas faire tomber sa couronne.

Un vrai rêve de princesse.

Camille Wernaers

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