12 years a slave – l’histoire de deux injustices

002_DF-00618

La presse s’était rassemblée en masse pour voir l’adaptation des mémoires d’un certain Solomon Northup. Il faut dire que le menu était alléchant pour ce film, avec  Steve McQueen aux commandes (le réalisateur à qui l’on doit Hunger ou Shame), Hans Zimmer pour la musique et une flopée d’acteurs comme Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Brad Pitt, Benedict Cumberbatch, Lupita Nyong’O, Paul Giamatti, Paul Dano ou encore Michael K. Williams. En plus de cette fabuleuse équipe, le film s’attaque à un sujet en vogue: l’esclavagisme aux USA. Qu’apporte donc ce récit, tiré d’une histoire vraie, par rapport à deux injustices?

La première injustice concerne Northup, arnaqué et capturé par des négriers alors qu’il est officiellement un « homme libre ». il sera vendu puis envoyé dans les Etats du Sud, en 1841. Donc peu avant la guerre de Sécession qui verra le camp nordiste gagner et abolir l’esclavagisme aux USA. Aux travers des douze longues années de labeur, Northup ne perdra pas espoir de revoir sa famille et de retrouver la liberté malgré les épreuves que les maîtres blancs lui réservent. Car le « nègre ordinaire » avait alors plus de chances de survivre, là où un noir capable de lire, écrire et jouer de la musique, risquait gros. Si la prestation de Ejiofor force le respect, les autres acteurs offrent tous un jeu parfait, dont une mention spéciale à Fassbender, présent dans tous les films de McQueen.

La seconde injustice concerne l’esclavagisme tout entier. Le film montre de façon très intéressante les conditions de travail ou la commercialisation d’êtres humains. Entre le travail en scierie, dans les champs de coton ou de cannes à sucre, on découvre une partie de l’histoire des USA. Une partie vraiment peu glorieuse, montrée de façon crue et parfois très dure. Le fouet et les pendaisons deviennent insoutenables mais, comme les protagonistes du film, on détourne le regard ou on continue, en s’interrogeant à voix basse. La qualité des plans et les techniques du cinéma permettent de rendre l’épreuve des esclaves moins difficiles à voir tout en hissant le film dans le haut du panier, niveau esthétique.

Après Django Unchained ou The Butler, le cinéma hollywoodien semble enfin vouloir expier, ou du moins aborder franchement, l’esclavagisme. Aux oubliettes les mascarades d’esclaves noirs souriant lors du travail dans les champs. Les films contemporains dépeignent désormais des conditions de vie difficiles, de la violence et de la cruauté pure. 12 years a slave parvient à nous apprendre tout en nous exposant des horreurs et l’on ressort un peu l’estomac noué, tout en se disant qu’on vient de visionner un chef d’oeuvre.

TWELVE YEARS A SLAVE

Sortie dans nos salles ce 22 janvier 2014.

Cédric Dautinger

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>