Nous aussi on a 25 ans

cinema-Winter, Go Away!

Je ne sais pas vous, mais j’ai un peu de mal à me retrouver dans le blog #25 lancé par le journal Le Soir, qui propose de mettre la jeunesse (du Soir ou d’ailleurs) en avant. L’initiative est louable en soi mais se perd en chemin. Si le but est de démonter les clichés, c’est plutôt rapé. On y rencontre, au gré de ses clics, tubes et émissions du début des années 90, table ronde de jeunes issus de partis politiques « classique », billet d’humeur sur Marc Dutroux et photos d’une Bruxelles qu’on ne connaît plus.

Dommage. Dommage qu’on s’intéresse tellement au passé afin de célébrer les jeunes d’aujourd’hui. Parce que ceux-là, ils en ont franchement plus rien à faire de leur adolescence. Ils regardent au contraire, sourcils froncés et poings fermés, plus que jamais vers l’avenir. Cet avenir tellement incertain.

Modèle et colère

Alors, les jeunes adultes d’aujourd’hui sont d’abord en colère. Il faut comprendre, leur vie est violente. Pas d’emploi stable, pas de relations stable, un modèle économique qui s’écroule sous leurs yeux hébétés et tout à réinventer. On leur a demandé de suivre un modèle et ils se rendent compte en cours de route qu’il ne fonctionne plus. Vous savez bien, du genre: étude, diplôme, boulot, mariage, pot de fleur, maison, chien, enfants, vacances à Avoriaz, retraite.

Écoutez, écoutez bien, et vous entendrez. Moi j’ai entendu. J’ai entendu celle-là qui au détour d’une conversation finit par me dire qu’elle souhaite retirer ses diplômes de son CV afin de trouver plus facilement un travail. J’ai entendu celui-là qui au détour d’une conversation sur Facebook annonce qu’il a tenté de se suicider à cause d’une rupture amoureuse. Juste comme ça. J’ai entendu cet autre qui s’est fait arrêter parce qu’il manifestait pour un changement. J’ai entendu ceux-là, plus jeunes encore, commencer un débat en profondeur sur Marx, vers 4 h du matin, après une soirée pourtant bien arrosée.

Pas engagés

Pas engagés nos jeunes ? Sortez. Allez dans la manifestation, là juste au coin de votre rue, et vous verrez. Vous verrez des jeunes qui se lèvent à 5h du matin pour réinvestir l’espace public. Vous verrez des jeunes qui partent en grève, malgré le danger que cela fait peser sur leur emploi précaire. Je connais très peu de jeunes d’aujourd’hui qui votent encore pour des partis classiques. C’est vers ce qu’on appelle (bizarrement) les « petits » partis qu’ils se tournent.

Il y a évidemment du positif à être jeune aujourd’hui. Cette impression de jouir d’une liberté plus grande encore que celle de nos parents. Si ce modèle s’écroule alors je peux décider de ce que je veux être. De ce que je veux faire. Les jeunes adultes sont donc aussi un peu rebelle, peut être parce qu’ils voient avec plus d’acuité les failles de cette société. Pas étonnant, puisqu’ils font partie des laissés pour compte. On fait l’amour puisqu’ils font la guerre. On a pas d’argent mais on mange bio. On ne fume pas, mais seulement des joints. On se drogue, oui, en effet, c’est la réalité. On boit. On rit, à contrecœur et parfois aussi de notre propre situation. On pleure. On râle. On est rempli de contradictions.

A tous ceux qui nous traitent d' »adulescent », on a envie d’hurler qu’on est pas une cible marketing, que ce mot a été inventé pour la publicité. Faut arrêter de déconner, à 25 ou presque, on est définitivement adulte. Stop à cette infantilisation. C’est trop facile. On est adulte et il va falloir faire avec, car nous voilà, à taper à la porte des entreprises. C’était inévitable. Avec notre colère, avec nos peurs. Avec nos contradictions et notre côté rebelle sur les bords.

Avoir 25 ans ou presque pour moi aussi, c’est voir sa grand-mère mourir devant des yeux toujours plus hébétés. C’est perdre ce qu’il nous restait d’insouciance. C’est ressentir la tristesse dans ce qu’elle a de plus implacable. Et c’est penser à sa propre mort. Car à cet âge, si les premiers potes se marient et/ou parlent de couches-culotte, des proches commencent à mourir autour de nous Et tout d’un coup, les mots ne viennent plus. On ne parle plus qu’en adjectifs. Injuste. Incompréhensible. Impuissant. Et la colère, encore elle. A cet âge-là en fait, c’est comme la vie vous disait : « Fini de rire« .

En fait, être jeunes aujourd’hui, c’est peut-être plus qu’on le croit pareil qu’hier. Reste à espérer que ceux qui ont eu 25 ans ne l’aient pas encore oublié.

Et pour vous, ça fait quoi d’avoir (presque) 25 ans?

Camille Wernaers

13 Comments

  1. Question

    28 décembre 2013 at 5:52

    Pourquoi cet,article n’est pas signé ?

  2. LaPige.be

    28 décembre 2013 at 5:59

    Il s’agit d’une contribution anonyme.

  3. Gil

    28 décembre 2013 at 6:12

    Je me permets de vous répondre et de vous rassurer. Ou plutôt de préciser certaines choses.

    « Si le but est de démonter les clichés, c’est plutôt rapé », écris-tu. Nous sommes bien partis de huit clichés pour cette enquête mais notre but n’est pas que de les démonter: c’est de les démonter OU de les démontrer. Je te cite: les jeunes sont en colère ? Ne votent plus pour les partis traditionnels ? Ne fument plus ? Mangent bio ? font grève ? Sont déjà des adultes ? Honnêtement, je n’en sais rien. Ces avis s’opposent ou s’additionnent à plusieurs de nos clichés. J’en partage certains, pas d’autres. Je me trompe peut-être, ou pas.

    En fait, on s’en fout de ce que je pense parce que les réponses, on les cherche. Et on espère les trouver au fil d’une enquête journalistique avec tout ce que cela comporte: des reportages, l’analyse de chiffres, l’avis d’experts, des témoignages, etc.

    De ce travail, on aperçoit les premiers résultats sur le blog: via des études (http://blog.lesoir.be/hashtag25/tag/chomage/), des rencontres (http://blog.lesoir.be/hashtag25/2013/12/27/les-cliches-sont-faits-pour-etre-demontes/), des chiffres (http://blog.lesoir.be/hashtag25/tag/lechiffre/), des témoignages (http://blog.lesoir.be/hashtag25/2013/12/26/julie-25-ans-est-amoureuse-dune-fille-et-tout-le-monde-sen-fou-vraiment/), des appels à témoins (http://blog.lesoir.be/hashtag25/2013/12/17/les-25-ans-une-generation-sacrifiee/). Ce ne sont que des exemples, ce n’est qu’un début… Certes, cela ne nous empêche pas de jeter un œil dans le rétro, parce qu’on pense que tout ça nous a construit, aussi.

    L’affaire Dutroux, que vous citez comme exemple, a(ura)-t-elle une influence sur notre vie d’adulte ? La réponse est la même: peut-être, peut-être pas, on cherche, on s’interroge, on est à l’écoute.

    Merci pour votre avis.

    Gil

  4. Question

    28 décembre 2013 at 6:29

    Parler de je, je, je, sans assumer ses propos ? Quand on critique, il faut avoir du courage et le faire à visage découvert…..

  5. Question

    28 décembre 2013 at 6:32

    Si je peux me permettre, toute la différence entre cet article et le blog du soir : c’est l’amateurisme et l opinion d une seule personne d un côté, et de l autre une vraie enquête journalistique oil on ne se base justement pas sur le fait de j ai un ami qui…. Critiquer après une petie semaine, c est trop facile alors que le consistant ne vient que du 4 au 11 janvier si j en crois la pub dans le journal. Quelqu un du site est-il frustré ?

  6. LaPige.be

    28 décembre 2013 at 6:49

    Quelqu’un sur ce site a une opinion, qu’il peut exprimer, ça tombe bien, dans un billet d’humeur. Est-ce un drame ?

  7. max

    28 décembre 2013 at 8:05

    Une opinion, oui. Mais elle n’empêche pas de faire une contribution publique et non-anonyme. Sinon, c’est de la lâcheté.

  8. Anonyme

    28 décembre 2013 at 10:14

    Est-ce parce que la pige travaille pour le Soir que c’est anonyme ?

    C’est marrant mais ont peut te balancer tes propres critiques. Ton initiative est également « louable » mais « se perd en chemin ». Je ne vois pas où tu veux en venir à la fin du texte. Vous errer autant l’un que l’autre.

    Vous auriez dû écrire ensemble

  9. LaPige.be

    29 décembre 2013 at 1:19

    C’est faux, mais c’est très intéressant de porter le débat là-dessus et pas sur le texte en lui-même.

  10. LaPige.be

    29 décembre 2013 at 1:21

    La Pige ne travaille pas pour Le Soir. Il faudrait revoir non seulement vos sources mais aussi votre orthographe.

    Merci et bonne soirée.

  11. riendeneuf

    5 janvier 2014 at 4:59

    Rien de neuf. En effet, dans les années 1980, même panorama. Identique.

    Supprimer ses diplômes de son CV était la seule quasi solution.
    Le chômage était déjà virulent et structurel en Belgique. Plus une propagande intense sur la « culpabilité » du chômeur qui ne cherche pas sinon il trouverait.

    IDENTIQUE. R I E N n’a changé.

    Sauf que la perversité est plus manifeste.
    C’est tout.

    Et les médias belges, de grâce….. quelle indigence, quelle misère, quelle manip. de base …

    Vous ferez donc comme les 40-50 ans, croire grâce aux médias que la situation est différente.Ils sont là pour ça, pour empêcher la salutaire prise de conscience.

    Elle est identique.
    Pour la Belgique très conservatrice au peuple très conservateur bébé-bagnole-maman-papa-couche-culottes et la sacro sainte maison du petit propriétaire. Quelle ambition de conformiste scolaire! Bien dressé! Allez, chacun sa « niche »!

    Le programme que prônait Franco le dictateur espagnol pour le rêve espagnol était identiquement celui-là « je veux des petits propriétaires ayant chacun une automobile et des enfants ». Point.

    Idem en Belgique.

    La division en jeunisme/vieillisme travail/chômage tourne exactement de la même façon depuis plus de 40ans(largement fantasmé, au vu du système social belge qui est très b a s de gamme, ultra fiscalisation pour de allocations t r è s basses, retraites parmi les plus basses d’Europe, allocations diverses t r è s b a s s e s pour une fiscalité ultra élevée.. et p e r s o n n e ne bougea, ni ne bougeait ni ne bouge)

    Non, le système ne s’écroule pas. Il ne change absolument pas. Il est même renforcé.Logique très présente dans les miséreuses années 80.
    Non, vous n’avez pas plus de « liberté » que vos parents. Vous n’en avez aucune comme eux non plus.

    Grâce notamment à la politique médiatique si indigente qui fait des « jeunes » des pétés en puissance que l’on tolère parce qu’on est « gentils ».Après tout cela permet un contrôle social par l’anesthésie produisant peu à peu des désaxés flottant dans les airs par faiblesse. Gagnant (c’est mieux que l’assommoir de Zola, dis donc).

    Discours dominant du dominant.

    Du Zola et du petit-bourgeois crédule Point. Bouffe c’est du belge.

    Manifester ne sert à r i e n. Cela se saurait.

  12. riendeneuf

    5 janvier 2014 at 5:23

    Que de poncifs journalistiques dans Le Soir!
    « Génération sacrifiée » « Jeunisme » etc…Poncifs tels que « printemps arabe » repris en coeur par toute la presse .. alors que ces « révolutions » furent faites en…. « hiver »… et que surfant sur l’ignorance (et pire, l’incapacité à l’autonomie intellectuelle des gens d’aller v é r i f i e r les expressions, ils ne mentaient pas avec cette expression mais se référaient bien à autre chose.
    Si les gens avaient s o i t de la culture, soit la capacité intellectuelle de se renseigner, leur business serait mort depuis longtemps.
    « Printemps arabe » fut une expression utilisée par les propres dictateurs lors de leurs coups d’Etat années 80, ou 70.
    Cela dit tout.
    Abreuvés de « révolution internet -printemps – en h i v e r! – arabe et autres inventions journalistiques – telles le « prix nobel de l’économie » qui n’existe p a s et n’a j a m a i s existé – ces poncifs servent à enkyster, bétonner le ciment de l’ignorance crédule.

    Si vous voulez des « médias » sortez de Belgique. L’indigence intellectuelle, sociale et culturelle étant maîtres de la Belgique et de ses habitants.. a p p r e n e z ailleurs!

    Le système est r u t i l e n t, au contraire. Seuls les gens continuent comme depuis 40 ans à s’enfoncer. Le Soir ne vous le dira pas, son rôle est autre (et pas seulement Le Soir.. tous les autres..)

    La génération sacrifiée c’est celle de 1914! Allez voir les cimetières et lisez les plaques (18 19 20 21 ans!)

    Quand l’absurdie de la propagande pour indigents intellectuels et sociaux le dispute à l’ignorance culturelle, socio-économique et historique, le tout présenté comme « scoop ».

    Une opération « psychologique » destinée à masquer – en profitant de l’ignorance profonde – la réalité.
    Allez, un ‘tit joint, mon chou? Et après le cinéma, tu baises?

    Faire croire aux jeunes… quel cynisme!
    De main de maître, cette propagande.

    Et puis si vous voulez des médias s’adressant à des cerveaux, allez sur internet et multipliez vos sources. Vous verrez – sauf si vous fumez des joints qui embrouillent la perception des choses et finissent par se remarquer par ailleurs au comportement amorphe et inerte genre émotif – qu’il y a moyen qu’on ne se foute pas de votre gueule.

    Ici, ce n’est qu’indigence et médiocrité. Et exploitation de « sentiments ». Ce ne sont pas de médias, ce sont des propagandistes psychologues.

  13. LaPige.be

    6 janvier 2014 at 12:44

    Je vous conseille donc de lire la fin du texte, on y dit qu’effectivement : « rien de neuf »

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