Des Belges et des bulles : rencontre avec le plus grand producteur de vin du pays

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En Belgique, on est bel et bien capable d’innovation… et d’audace ! Car il s’agit d’un véritable challenge que la famille Delbeke et associés ont voulu relever en produisant leur propre mousseux : le Ruffus. Une incroyable success story qui a fait pétiller la curiosité de La Pige.

Le Ruffus. Mais qu’est-ce que c’est ? C’est un vin mousseux issu d’un cépage Chardonnay. Il en existe trois variétés : le Blanc de blancs (à gauche sur la photo), le Brut rosé (à droite sur la photo) et le Brut sauvage. C’est au Vignoble des Agaises, à Haulchin, en province du Hainaut, qu’il est produit. Grâce à ses dix-huit hectares de vignes (ce qui fait 180.000 pieds), ce vignoble est le plus grand producteur de vin du Royaume. Dans la famille Delbeke, c’est le père, Joseph, quatre-vingts ans et en grande forme, que nous avons pu interviewer. Il nous a accueilli chez lui, à quelques maisons du lieu de production.

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Pourquoi avez-vous choisi de produire du vin ? La Belgique est-elle favorable à ce type de production ?

A la base, nous produisons des plants de pommes de terre. Et nous avons de bons terrains pour le vin. C’est-à-dire qu’il est riche en calcaire. M. Leroy cherchait des terrains pour produire du vin et nous nous sommes donc associés à lui… On peut parfaitement produire du vin en Belgique et on le faisait déjà avant Napoléon! C’est lui qui a obligé les Belges à produire de la betterave sucrière… Il faut savoir qu’en Belgique, il n’y a pas encore de législation concernant la production de vin. On n’a donc aucune loi restrictive. On a planté les premières vignes en 2001. En 2002, on a fait une « mini-vente », mais on a réellement commencé à élargir la production qu’en 2003-2004.

Il s’agit d’une entreprise familiale, c’est cela ?

On peut dire ça, oui. Mes deux fils travaillent avec moi. J’ai aussi une fille, infirmière, qui donne un coup de main lors des journées portes ouvertes, par exemple. Notre associé, M.Leroy a un diplôme d’œnologie et il s’occupe, en plus, de la vente et du côté marketing. Ses deux fils travaillent aussi avec lui.

 Quelles sont les difficultés pour produire du vin en Belgique?

La production dépend surtout de la météo. Certaines années, on produit moins que d’autres. Une année, à cause du gel, certains grains étaient pourris et on a dû faire venir des machines de France pour pouvoir filtrer le jus et sauver la récolte. Au début, on travaillait avec des bénévoles qui venaient cueillir le raisin durant les vendanges, mais ils ne faisaient pas tous du travail sérieux. Maintenant, on fait appel à des sous-traitants français qui ont des machines très sophistiquées, qui trient le raisin en fonction du poids, grâce à un système de vibrations… Les mauvais grains sont ainsi écartés… Produire du vin, c’est avant tout un gros investissement.

Question « naïve» :  comment fait-on du vin, dans les grandes lignes ?

Les vendanges commencent en octobre. Ensuite, on met le raisin dans les pressoirs. Le jus est mis en « cuve de débourbage » afin d’obtenir un dépôt que l’on retirera. Cela prend quelques jours. On passe ensuite le jus en « cuve de fermentation alcoolique », durant trois à quatre jours. La fermentation se fait grâce à l’ajout de ferment, à une température inférieure à dix-neuf degrés. Après cette courte période, on retire le dépôt et on ajoute des ferments lactiques ; c’est la « fermentation malolactique » qui dure environ deux mois. Pour supprimer le tartre, on passe le breuvage à moins 5 degrés.  La fermentation la plus longue est la dernière que l’on fait sur lattes, pendant huit à neuf mois. Cela prend donc presque deux années en tout !

Et les bulles se font donc d’elles-même…

C’est chimique ! Elles se font naturellement lorsque les ferments attaquent le sucre. Cela dégage du CO2.

Qu’est-ce qui a fait le succès du Ruffus?

C’est d’abord un succès local. Chaque année, les Gilles d’Haulchin et ceux des contrées environnantes commandent leurs palettes pour les déguster durant le carnaval. Les gens de la région sont très fiers du Ruffus, ils aiment le faire goûter à leurs proches…Ce vin fait vraiment partie du folklore de la région…Nous avons aussi fait une cuvée Dragone, signée par Franco Dragone, lui-même. On a également reçu plusieurs distinctions. C’est une belle reconnaissance pour notre mousseux.

 En fait, d’où vient son nom ?

C’était le nom d’un seigneur de la région qui vivait par ici, au cours du 14ème siècle. C’est un clin d’œil à la région d’Estinnes, (dont Haulchin fait partie). Nous voulions mettre en avant l’origine du produit. Sur l’étiquette, si vous regardez bien, il y a les Gilles de Binche aussi.

 Et pour finir, question pratique: que mange-t-on avec du Ruffus ?

Il se marie bien avec du pigeonneau ! C’est ce que ma femme et moi, nous préférons pour accompagner le Ruffus ! Mais il se boit aussi avec des huîtres …C’est donc parfait pour les fêtes de fin d’années !

Huîtres ou pas, La Pige vous recommande vivement de visiter le vignoble des Agaises lors de ses journées portes ouvertes…Vous aurez la chance de voir tout le processus de production et surtout, de déguster le fameux fluide.

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Plus d’infos.

Justine Vasseur

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