Wikileaks: le cinquième pouvoir?

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S’attaquer à sujet complexe: le site Wikileaks et les lanceurs d’alerte (whistle blowers), tout en racontant la genèse du projet via la vie croisée des personnages emblématiques, ça représente un défi. Un défi réussi par le réalisateur Bill Condon (les deux derniers… Twilight), qui aborde plusieurs facettes d’une figure emblématique de l’information moderne, qui réside désormais dans l’ambassade équatorienne de Londres: Julian Assange. La réussite du film passe également par le récit limpide d’une histoire complexe, qui mêle hackers, journalistes, pouvoir, pirates informatiques, espions et Chaos computer club. Malgré cela, il faut garder en tête que la fiction montrée dans le film représente un certain parti pris.

Le film se base en effet sur deux ouvrages: WikiLeaks: Inside Julian Assange’s War On Secrecy, écrit par deux journalistes anglais, David Leigh et Luke Harding et Inside WikiLeaks: My Time With Julian Assange At The World’s Most Dangerous Website, témoignage direct de Daniel Domscheit-Berg, activiste allemand connu sous le pseudonyme de Daniel Schmitt. Ce-dernier fut longtemps le bras-droit d’Assange dans la gestion de Wikileaks et c’est son expérience (et avis) personnelle qui fonde le fil rouge du long-métrage de deux heures. D’abord séduit par l’aura de Julian Assange, il se retrouvera un peu malgré lui embarqué dans une aventure dont il ne soupçonnait pas les implications. Gérer un serveur depuis la remise de son travail à Berlin pour un homme égocentrique, un peu faux-prophète, le mènera pourtant à se faire suivre par des espions russes ou la CIA… Alors que le quatrième pouvoir, la presse, se presse d’utiliser Wikileaks et internet (le cinquième pouvoir qui sert à réguler les quatre premiers, y compris le judiciaire, législatif et exécutif donc) avant de faire marche-arrière.

Car la quête de la transparence des puissants et de la protection de la vie privée pose de nombreuses questions. Jusqu’où faut-il aller pour dénoncer les abus des puissants et les secrets des Etats? Peut-on mettre la vie d’informateurs en danger pour y parvenir? Wikileaks a choisi sa façon d’y répondre, les journalistes une autre.

Du côté du film en tant que tel, on notera un très bon montage et des acteurs excellents, dont Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes) transfiguré en Assange. Le coup de maître du réalisateur se situe dans l’incarnation visuelle de l’informatique et de l’échange de données, inventive et utilisant des métaphores frappantes. Vous verrez rarement des lignes de codes et des discussions Skype, promis.

Quelques révélations majeures de Wikileaks:

-2007: au Kenya, des documents révélés sur le site influence de 10% les élections nationales, Assange reçoit le prix Amnesty International en 2009 pour ce travail, qui aura déjà pour conséquence l’assassinat de certains informateurs locaux

-2008: le site dévoile les noms et adresses des membres du BNP, le parti d’extrême-droite britannique. La question du respect de la vie privée se pose alors, la liste figurant toujours en page d’accueil du site cette année. Des documents privés de la banque Julius Bär exposent des paradis fiscaux et mobilisent la justice.

-2009: l’entièreté des documents du procès Dutroux est dévoilée sur le site, certaines personnes peu scrupuleuses, comme le député Laurent Louis, utilisant ces fichiers pour choquer l’opinion publique.

-2010: les images d’un raid de l’armée US en 2007 sont révélées sur le site, prouvant le meurtre de deux journalistes de Reuters. Plus tard dans l’année, 91.000 « war logs », documents triés sur la guerre en Afghanistan, circulent sur le site. Wikileaks poursuit en publiant 391.832 documents liés à la guerre en Irak, exposant massacres de civils et usage de la torture. Le « cablegate » termine l’année en révélant environ 250.000 câbles diplomatiques privés, mettant à nouveau en danger de nombreux informateurs.

-2011: les dossiers détaillés des 779 détenus de Guantánamo figurent sur le site. Plus de 150 d’entre-eux n’ont eu droit à aucun procès et le plus jeune détenu n’est âgé que de 14 ans.

De son côté, Julian Assange a détesté le film et propose son propre documentaire, Mediastan, focalisé sur l’opération « Cablerun » qui dévoila des centaines de milliers de documents secrets au monde.

Sortie dans nos salles: le 4 décembre 2013.

Cédric Dautinger

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