L’International Brussels Tattoo Convention : le supermarché du tatouage

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La pratique ancestrale du tatouage ne cessera jamais de fasciner notre curiosité. La preuve : du « Carpe diem » sur le bras du lascar en face de chez vous jusqu’aux fesses de Cheryl Cole, on retrouve un peu partout sa trace ineffaçable. Ses plus anciens exemples remontent jusqu’aux îles du Pacifique, en l’occurrence la Polynésie, les Marquises et le Samoa. Où les vieux adages et bonnes astuces de tatoueur se transmettent encore de père en fils. C’est ce genre de petites entreprises familiales qu’on a eu l’occasion de rencontrer à la quatrième édition de la Brussels Tattoo Convention à Tour & Taxis. Keanu et son père, propriétaires du Tiki Tattoo à Nîmes y ont leur propre emplacement, et réalisent les tatouages sur place. Pour les plus spirituels d’entre vous, c’est l’occasion rêvée puisque le maître-tatoueur vous donnera une petite leçon en symbolique marquisienne avant de sortir l’aiguille. Histoire d’être un minimum crédible lors de vos prochaines vacances dans le Pacifique.


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Au-delà de cette intéressante découverte sur les origines du tatouage, on a eu l’occasion de voir des styles variés, de la prouesse technique assez dingue, mais surtout, des artistes qui valent le détour.  Un couple de tatoueurs moscovites, Oleg et Olga Turyanskiy nous ont aimablement accordé une interview dans leur stand. Unis par la même passion, ils se différencient néanmoins par leur style. Lui, c’est le féerique. Elle, c’est le old-school.

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Comment as-tu commencé à tatouer ?

Oleg : Par chance, on pourrait dire. Je travaillais dans un vidéo club et il n’y avait pas beaucoup de clients. Alors je passais mon temps à dessiner. Un jour, des jeunes mecs sont rentrés. Ils ont regardé mes dessins et ils m’ont dit : « Mec, tu devrais faire des tatouages plutôt que de perdre ton temps ici ! ». Ca m’a inspiré à commencer. Lorsque je débutais, je me demandais ce que ces jeunes mecs auraient voulu comme tatouage.

Ta femme, Olga, a commencé à réaliser ses propres tatouages. Endosses-tu le costume du mentor ?

Oleg : Elle est très indépendante ; il est difficile d’avoir une quelconque influence sur elle. Elle refuse tous mes conseils et préfère manœuvrer à sa guise. C’est dans son caractère.

Est-ce que vous collaborez sur des projets ?


Ton style est fantastique, ou plutôt féérique. Comment en es-tu arrivé là ?
Oleg : Elle est la première personne qui évalue mon travail. Même au stade du simple croquis. Quand je commence à dessiner quelque chose, je viens vers elle et je lui demande ce qu’elle en pense. J’apprécie cela parce qu’elle est toujours franche. Contrairement à ma mère qui applaudit chacun de mes dessins comme un chef-d’œuvre, elle dit la vérité.

Oleg : J’ai toujours dessiné des choses qui n’existent pas dans la nature. Les maisons, arbres et voitures, je n’ai jamais fait. J’inventais toujours quelque chose sur base d’un conte de fée ou d’un film de science-fiction. Petit à petit, mes designs de tatouages ont commencé à pencher dans cette direction.

Au niveau de la créativité, tu sens que tu as toutes les prérogatives ?

Oleg : Pas forcément. Après tout, je dois dessiner ce que me demande le client. Mon rêve est de ne posséder que des designs de ma propre fabrique dans mon portfolio, et de me débarrasser du reste. Parfois, des gens se ramènent avec des photos ou le design d’un tigre et je ne deviens qu’une vulgaire photocopieuse. Ce n’est pas très intéressant.

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Quand on se promène dans la vaste enceinte de  Tour & Taxis, au milieu de la foule de curieux, on se demande une chose : comment le tatoueur se concentre sous le projecteur de tant de regards ? La plupart semblent sereins et peu attentifs à leur environnement. Dès qu’ils entament une oeuvre, ils sont dans leur bulle. Par contre, ce n’est pas la même impression qui se dégage chez les commanditaires. On se souviendra longtemps du regard suppliant que nous a adressé cette fille, en train de subir l’inscription de son nouveau tattoo sur ses côtes (qui aime un tatouage sur les os?). Avec son bien-aimé à ses côtés, lui tenant fermement la main, on assiste –de manière indiscrète diront certains-  à une scène profondément intimiste. Est-ce le meilleur endroit pour se faire un tatouage ? Pas du tout, selon Madison Stone, propriétaire d’un salon à Los Angeles : « Moi je veux une relation spéciale avec l’artiste au moment de l’acte. Il faut que la réalisation du tatouage devienne une expérience unique dont je m’approprie à jamais. »  Avec plus de 88% de son corps tatoué (on n’a pas vérifié, désolé), cette routarde du tatouage reste sceptique par rapport à la concentration de l’artiste dans de telles conditions.


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Si elle n’est pas là pour ajouter un nouveau tatouage sur son tableau de chasse, Madison en a profité pour échanger quelques bonnes paroles et cartes de visite avec d’autres tatoueurs. La portée internationale de l’événement a ses avantages. San, copropriétaire de Deuil Merveilleux, un salon de tatouage à St Gilles, entend aussi en profiter : « Ça permet le partage maximal des idées et connaissances. On peut discuter ou se faire tatouer par un artiste qui habite à l’autre côté du monde. Dans le monde du tatouage, on a parfois tendance à s’enfermer sur soi même si on ne sort pas aux conventions. »

L’exposition est aussi une belle opportunité pour les artistes belges. On a interviewé L’Andro Gynette, qui, en plus de posséder un surnom absolument génial, bosse avec San et Jean-Philippe chez Deuil Merveilleux. Et oui, vous l’avez deviné, son dada, c’est le morbide :

Dis-nous quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

L’obscur, le satirique, le glauque.

Des artistes tatoueurs en particulier ?

Je ne cherche surtout pas à m’inspirer chez les autres artistes tatoueurs. C’est une mauvaise idée, parce que l’on risque de vite tomber dans la copie pâle. Par contre, je cherche plutôt dans d’autres supports, comme la photographie contemporaine. Peter Witkin, par exemple, a influencé mon art.

C’est une recherche à l’originalité ?

C’est plus une recherche de soi, plutôt qu’une course vers l’originalité.

Tu possèdes des petits rituels avant de commencer une pièce ?

Oui, je fume une clope et je vais aux toilettes.

Quelle est la chose la plus improbable que tu aies tatoué ?

En fait, je ne tatoue que des choses improbables. Pour tout te dire, j’ai une fois eu l’occasion de dessiner sur la jambe d’un mec une corde de pendu avec « Corde à sauter » inscrit à côté. En fait, quand j’y pense, la chose la plus improbable que j’ai tatoué, c’était aujourd’hui. Une fille m’a demandé que je lui fasse une fleur.

Quelle est la partie du corps que tu préfères tatouer ?

Le crâne. La surface est dure et facile à dessiner dessus. Par contre, les surfaces moelleuses comme le ventre sont bien plus chiantes pour bosser.


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Mais attention, la Tattoo Convention n’est pas un rendez-vous exclusif destiné aux die-hards de la chose tatouée. Bien au contraire ! « Pour le public, il y a un aspect éducatif, explique San, parce que plein des gens ne peuvent pas imaginer l’immensité de l’offre. En plus, le monde de tatouage peut parfois sembler fermé ou faire peur à certains. L’expo donne une opportunité aux gens de le découvrir dans une atmosphère accueillante et conviviale. » En effet, nombreux sont les visiteurs sans un seul grain d’épiderme tatoué, comme Nick, étudiant en Information et Communication à l’ULB : « J’ai toujours voulu me faire un tatouage, mais je n’ai pas d’idées. La Convention est un bon endroit pour en trouver, c’est une espèce de catalogue gigantesque ».  Il faut dire qu’entre une tête d’Elvis, l’irezumi du yakuza ou la corde à sauter, il a l’embarras du choix.

Yann McDowell et Oleg Davydov

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