La Marche, film sublime et sublime film

la-marche_portrait_w858

Il y en a peu. Très peu. Ce sont ces films où je n’ai découvert le générique qu’à travers mes larmes, un goût amer dans la bouche. Le nouveau film du belge Nabil Ben Yadir est de ceux-là. Après avoir fait rire le public avec Les Barons, le réalisateur nous revient avec un film coup de poing. Et on en sort fracassé.

Le film revient sur une période trouble de l’histoire de la France et sur des faits réels. En 1983, on découvre en effet ce pays en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale. Trois jeunes adolescents et le curé de la cité des Minguettes lancent alors une grande Marche pacifiste pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi ou Martin Luther King.

L’émotion. C’est le maître-mot de ce film qui vous prend aux tripes des les premières secondes (sur le morceau L’Hexagone de Renaud). La caméra se porte au plus près des visages et les acteurs (dix principaux tout de même), que l’on sent très soudés, jouent à merveille, avec beaucoup de sensibilité. Un bémol toutefois pour la présence de Jamel Debouzze, dans un rôle que l’on sent presque taillé sur mesure pour lui et plutôt inutile (sauf à considérer des raisons marketing).

L’humour qui avait fait les grandes heures du film Les Barons, transperce encore, par petites touches salutaires, le temps de prendre une grande respiration, avant de continuer le propos, souvent choc. Nadil Ben Yadir confirme tout le bien que l’on pensait de lui et revient chercher son public dans ce qu’il fait de mieux : le cinéma social, qui se teinte cette fois d’une bonne couche de tolérance et de pacifisme.

D’autres combats sont également évoqués en filigrane, dont le féminisme et celui pour l’égalité sexuelle.

Ce qui m’a touché, c’est de voir à quel point cette France des années 80 est proche de ce qu’on peut encore vivre tous les jours en cette année 2013, alors que la parole raciste continue de se libérer, notamment sur Internet. « Avec la crise, le coeur des gens s’est fermé« , lance l’une des personnages. 1983-2013, au final, même combat.

Serez-vous prêts à marcher ?

Le film sort sur nos écrans le 27 novembre prochain. Vous pourrez le voir au Festival du cinéma méditerranéen (au Botanique), en présence de l’équipe du film, le mercredi 11 décembre à 20h.

Top 5 des films évoquant le racisme

1. American History X de Tony Kaye

Une ambiance à couper au couteau pour cette plongée au coeur de la vie d’un ex-raciste repenti à sa sortie de prison. Prestation magnifique d’Edward Norton, au top de sa forme.

2. District 9 de Neill Blomkamp

Des Aliens ont débarqué en Afrique du Sud. Plutôt pacifiques, ils se retrouvent parqués dans le district 9, sorte de ghetto dont il est difficle de s’extraire et où la vie est rythmée entre trafic en tout genre nécessaire à la survie et raffles de policiers ultra-violents. Fabuleuse fable qui prend la forme d’une métaphore sur le destin de ce pays qui a connu l’apartheid, le racisme institutionnalisé : la séparation dans tous les lieux publics entre Blancs et Noirs.

3. La Liste de Schindler de Steven Spielberg

Retour émouvant sur la vie d’Oskar Schindler, qui réussit à sauver environ 1 100 Juifs promis à la mort dans le camp de concentration de Płaszów. Le film n’occulte pas pour autant les travers de ce personnage un peu ambigu et cherchant à tirer un profit matériel de la situation. A travers son histoire, c’est tout le passé sombre de l’Allemagne nazie qui est évoqué.

4. Gran Torino de Clint Eastwood

Clint Eastwood réalise et joue le rôle principal de ce vétéran de la guerre de Corée, opposé au multiculturalisme de son quartier. Il finira pourtant par sympathiser avec son jeune voisin asiatique qu’il aidera au péril de sa vie. Clint le conservateur dans un film sur la tolérance, ça vaut le coup d’oeil.

5. The Dictator de Larry Charles

Sacha Baron Cohen s’amuse à égratiner quelques clichés éculés sur les pays arabes. Mais tout le monde en prend pour son grade : l’Amérique, les féministes ou encore les bobos.

Camille Wernaers

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>