Ouverture du Festival des libertés sur des grands docus

cinema-Winter, Go Away!

Le Théâtre National bruissait de mille bruits ce jeudi soir pour l’ouverture du Festival des libertés. Le mec à dreads, la fille en baggy, le bobo qui buvait dehors une bière en fumant sa clope, la mamie, petites lunettes sur le nez les yeux rivés sur le programme pour ne pas en perdre une goutte et le hipster à grosses lunettes lui s’étaient tous donnés rendez-vous. On a même pu entendre Rudy Vervoort y célébrer la liberté et l’engagement, et ça, c’était un vrai scoop…

Cette édition nous propose donc de disséquer les ressorts de l’engagement et les deux premiers documentaires diffusés dans le cadre de la Compétition Internationale de Documentaire ne s’y sont pas trompés.

Give Us Money d’abord revenait sur l’engagement de Bob Geldof et de Bono (chanteur du groupe U2), deux célébrités de la chanson, envers l’Afrique. Créateurs de concerts géants du Live Aid, du Band Aid, puis de Live 8 (en plein sommet du G8) et enfin d’un groupe de lobby à Washington, les deux compères se sont mobilisés d’abord contre la famine en Éthiopie, puis contre le SIDA et enfin pour l’annulation de la dette des États africains. A l’aide de nombreuses archives, le documentaire, très classique dans sa forme (voix off, interview, voix off), réussit à poser les questions qui fâchent. Est-ce que les Africains avaient besoin et envie de recevoir cette aide ? Comment aider? Qu’est-ce que cela veut dire ?  En demandant (enfin) l’avis d’activistes africains, la réponse est étonnante. « J’ai eu l’impression de voir des hommes blancs monter sur leurs chevaux pour les pauvres noirs« , avoue l’une des intervenantes.

Nuances

Le film, très nuancé, apprend que sans l’action de ces hommes, des milliers de personnes seraient mortes aujourd’hui. A chaque action entreprise, il y a bien eu de résultats Mais il montre aussi comment les grands de ce monde ont instrumentalisés leurs demandes. George Bush par exemple qui annonce l’annulation de la dette des États africains sous des applaudissements nourris… juste avant de demander et de justifier la guerre en Irak.

Winter Go Away venait quant à lui tout droit de Russie. Filmé sous le manteau par des étudiants, il essaie de nous faire comprendre ce que ça veut dire, militer dans une dictature, en dressant toute une série de portraits. Des militants, souvent brutalisés, arrêtés, parce qu’ils demandent du changement dans leur pays. Ce film forme un magnifique kaléidoscope montrant que, oui, même en Russie, il  y une opposition.

Élections truquées

Du jeune rebelle envoyé en prison pour avoir jeté de l’eau sur un procureur à la femme qui s’engage en politique, le docu est filmé au plus près de l’action, au plus près des visages et ne rate rien, de l’action des Pussy Riots dans l’église (les images de cette protestation qui ont fait le tour du monde proviennent de ce documentaire) aux manifestations qui finissant mal en passant par le trucage des élections. Moment succulent lorsqu’une des observatrices demande au chef de la commission électorale de lui prouver que les gens qui viennent de descendre d’un bus pour voter sont bien des électeurs inscrits chez lui. Celui-ci demande sept minutes pour faire les photocopies des documents. En fait, il s’enfuira et ne sera pas retrouvé.

Rempli d’humour et sans fatalisme, voilà un très beau documentaire, presque déjà un coup de cœur, filmé caméra à l’épaule. « C’est l’histoire du président Poutine qui promet de régler les problèmes du premier ministre Poutine… qui datent du président Poutine« .

Camille Wernaers

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