Gravity: combat de critiques

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Ce lundi soir, La Pige avait invité plus de 200 de ses lecteurs à l’avant-première en 3D du film Gravity. Un film à gros effets spéciaux, mais qui manque souvent de rythme et, petit détail s’il en est, d’un vrai scénario. Notre rédaction est divisée pour le film, un peu comme les échos que nous en avons eu après la séance. Découvrez donc nos deux critiques pour vous faire une idée.

Camille Wernaers:

C’est donc l’histoire d’une médecin un peu bêbête et d’un astronaute de la NASA fan de country qui se perdent dans l’espace après qu’une pluie de déchets causée par ces cons de Russes ait détruit leur navette. Ne cherchez pas, on en saura pas vraiment plus sur les personnages. Ce n’est pas très important. Le scénario non plus ceci dit, qui tient en une simple idée : tu mets deux personnes dans l’espace, et tu leur balances le plus d’ennuis possibles et imaginables, et tant pis si ce n’est pas crédible, tant pis si c’est prévisible et tant pis si le spectateur s’embête. Ne pas oublier la première règle du blockbuster : en longueur tu tireras car 1h30 pile tu feras (même quand pas d’idée, toi tu as).

La 3D est enfin maîtrisée

Oui, les images sont belles, oui encore, la 3D se justifie pleinement et re-oui, on en prend plein la tronche lors de certains scènes (qui évoquent un univers très virtuel, proche du jeu vidéo). Ça fait plaisir de voir que la technique 3D commence enfin à être maitrisée. Pour autant, le reste, à côté, semble bien léger.

Pour reprendre les termes hystériques qu’un homme m’a lancé: « Toi, la féministe, tu ne peux qu’aimer ce film vu que c’est une femme, l’héroïne, et que l’homme est con« . Que répondre ? Peut-être que si c’était ça, « être féministe », le combat serait déjà gagné.

Personnages mal foutus

Sinon dans ce film, l’héroïne se balade en boxer et sans soutif alors qu’il paraît qu’il  fait un peu froid là-haut. On a envie de dire « merci Photoshop », même si la pauvre a quand même dû se bouffer des barres protéinées durant des mois. Tout ça pour avoir l’air floue. Ah non, pardon. C’étaient mes lunettes 3D qui avaient glissé de mon nez.

On aurait pu lui pardonner si seulement le personnage féminin était aussi mal foutu pour une médecin super calée choisie pour faire des misions dans l’espace. Je ne sais même pas si je lui aurais confié mes chats. Et la voilà qui crie et ne sait pas quoi faire, et fait tout foirer (encore). Elle est dans l’urgence, un énorme déchet tout pas beau lui fonce dessus mais elle trouve le temps de faire une remarque sur la météo.

Elle nous explique trente fois qu’elle a jamais réussit les tests sur terre, et trente fois on se demande pourquoi ils l’ont envoyé là-haut. Incohérences quand tu nous tiens. Tout ça pour nous raconter l’histoire mille fois rabâché des films américains de l’être qui se cherche et puis se trouve dans l’adversité. Précisons que la seule chose qui l’émeut, ce sont les pleurs d’un bébé. Même dans l’espace, ça ne s’invente pas.

A un moment, je me suis dit : « Bon, laissons à ce film une chance, c’est juste un blockbuster après tout. » Et c’est là que Sandra Bullock s’est mise à aboyer. Sans rire (‘fin moi si, j’ai ri).

Clément Boileau:

Au grand dam de certains, on a donc affaire à un chef-d’œuvre… de pure forme.

Oubliez tous ceux qui vous diront que Gravity manque de fond. L’histoire de ces deux astronautes perdus dans l’espace après que leur navette eût été percutée par des débris ne COMPORTE PAS de double-sens. Ni de métaphysique fumeuse façon 20001… l’odyssée de l’espace; ni machisme caché; ni de métaphore sur le thème mother-earth/foetus/Blah-Blah.

Rien qu’une heure et trente minutes de plans-séquences d’une fluidité incroyable, effets spéciaux au top, action haletante des premières au dernières secondes. Ainsi le tout peu sembler un brin caricatural, et c’est vrai — parce-que c’est un film. Non mais qui peut croire que Sandra Bullock sait piloter un Soyouz ? Que Clooney s’appellerait en réalité Matt Kowalsky et aurait un accent de Texan déblatérant ses 110 000 anecdotes/sec ? Et que le job du dimanche d’Ed Harris consiste à imiter la voix du gars de la tour de contrôle de la NASA à Houston (mais si : « on a un problème ») entre deux seconds rôles dans des westerns moyens ?

Alfonso Cuaròn a choisi son camp entre le spectaculaire et la psychologie à deux balles. Il assume, le bougre, son statut de faiseur de films grand spectacle (Les fils de l’Homme, 2007) qui ne laissent pas une minute de répit au spectateur. Et tous les moyens sont bons : Utilisation 3D d’une intelligence rare, cliffhangers, contre-plongées qui fichent le vertige, jeux de lumières rendant le tout immersif en diable… on est là devant un film de forains, au sens noble du terme, de vraies montagnes russes cinématographiques.

Après, est-ce que c’est un film pro ou anti-américain ? Est-ce que l’héroïne (Sandra Bullock) est une pauvre petite biche qui a besoin des blagues potaches de Georgie pour s’en sortir ? Est-ce que George Clooney cabotine ?

La réponse est oui et ça tombe bien : les acteurs ont été engagés précisément pour jouer ce jeu-là. Et s’il fallait chercher bien profond pour trouver de la subversion à tout ça, voici ce qu’un crétin des Inrocks pourrait dire : « Il est tout de même scandaleux qu’un film qui prétend représenter une femme qui a des couilles, ait appelé son héroïne “Ryan” ! »

Véridique.

Le film sort ce 30 octobre

6 Comments

  1. Thibault

    29 octobre 2013 at 9:25

    On me l’avait vendu comme un film au scénario passable mais à l’esthétique sensationnelle; je n’ai pas été déçu. Les personnages sont certes clichés, et on pourrait regretter que George Clooney ne sait jouer qu’un seul rôle, lui-même. Malgré tout, ce n’est pas plus mauvais que ce à quoi nous ont habitué les blockbuster américains, mais avec une valeur ajoutée non négligeable, à savoir des images époustouflantes pendant toute la durée du film, une 3D à couper le souffle et des paysages terreste magnifiques. L’alternance de plans larges, de vues subjectives et de plans plus restreints ( dans le Soyouz, …) rend le tout équilibré et nous permet de respirer entre les scènes plus impressionnantes

    Si le scénario ne dépasse pas la moyenne, il parvient quand même à nous plonger dans la situation du personnage, et à créer un suspens remarquable. Si tout les blockbuster pouvait être de cette qualité, je signerais des deux mains.

    Seul bémol, la VF qui à mes yeux, est un peu « scratchée » ;)

  2. Simon

    29 octobre 2013 at 10:13

    Tout à fait d’accord avec la critique de Clément.

    Camille: oui il fait froid « là-haut », mais n’oublions pas que Ryan est en « culotte t-shirt » car elle sort de sa combinaison spatiale (et ça m’étonnerait que les astronautes s’emmitouflent dans un gros pull alors qu’ils ont déjà une grosse combi supposée les protéger des -273,5°C de l’espace). Ca n’est pas du tout choquant qu’elle ne cherche pas en priorité un pull à mettre alors qu’elle tente de 1/ contacter la Terre pour dire qu’elle est dans la merde 2/ rentrer dans son Soyouz. Enfin, chacun ses priorités, mais ça m’étonnerait franchement. Pour info, la seule info que j’ai trouvé sur la T° à l’intérieur d’un engin spatial est justement pour l’ISS: 23°C… tout à fait honnête pour culotte + t-shirt. (http://wiki.answers.com/Q/What_is_the_temperature_inside_the_International_Space_Station mais en effet la réponse n’est pas « authored », on ne sait pas d’où ça sort. En voyant les photos sur Google Images de l’ISS, il n’y a pas l’air de faire -1000 non plus à l’intérieur (short+t-shirts). Mais bon, bref.

    Sinon oui, tu as je crois compris – malheureusement un peu tard* – que ce n’était qu’un blockbuster, fait pour en mettre plein la vue. N’étant pas fan de 3D, j’étais pour ma part sur le cul, c’était super bien foutu. Il faut rentrer dans la salle de cinéma avec l’envie d’en avoir plein les yeux, et pas attendre de Miss Congeniality de jouer un rôle un peu intelligent :/ (surtout en VF)

    * ce n’est pas une critique, mais je pense que si tu avais eu ça comme mindset en rentrant dans la salle, tu aurais bien mieux apprécié le film. Enfin, si on fait abstraction des (vraies) incohérences scientifiques… mais bref :D

  3. LaPige.be

    1 novembre 2013 at 12:06

    Bref Simon, ce n’est pas une critique mais je crois que tu as compris beaucoup trop tard à quel point mon papier est ironique. Je ne crois pas en outre qu’on se connaisse assez pour que tu puisse dire ce que j’apprécie ou pas, en attendant mon avis, le seul que j’aurais, est dans ce papier. Je crois en fait que tu aurais mieux apprécié mon article si tu critiquais le film et pas les gens qui ont un avis sur le film.

    Merci pour ce commentaire et bonne journée.

    Camille

  4. Simon

    1 novembre 2013 at 8:31

    Il faut pas écrire si on sait pas prendre une critique xd

  5. LaPige.be

    2 novembre 2013 at 1:23

    Ah bah non, aucun soucis pour moi, d’ailleurs tous les avis se valent, la preuve, je lie mon papier à celui de quelqu’un qui pense le contraire. Mais quand on s’adresse à moi directement, j’ai tout à fait le droit de répondre il me semble ;)

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