Enfermés dans le labyrinthe de Prisoners

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Denis Villeneuve, le scénariste et réalisateur québécois, revient avec un tout nouveau film qui risque de marquer cette fin 2013. Terne, le cinéma l’est un peu cette année avec peu de sorties mémorables et de franches daubes mais l’ambiance, justement terne, de Prisoners devrait relever le niveau. Aborder le thème des enfants disparus représente un défi en général, surtout au cinéma où la moindre erreur peut virer au mauvais goût. Certains films ont réussi avec succès, comme Mystic River ou Gone baby gone. Est-ce le cas de Prisoners?

Pluie battante, ambiance pesante, vieilles caves lugubres et caravane blanche… On comprend facilement que le film ne va pas nous emmener dans une chouette promenade sur la côte californienne. Deux familles représentant les USA (des prolétaires pauvres qui aiment la chasse et des afro-américains) passent un week-end à la maison. Mais leur deux fillettes disparaissent, sans laisser de traces… sauf celles d’une mystérieuse caravane.

Une longue enquête commence alors pour l’agent de police Loki mais aussi pour les deux pères de famille qui frôlent la folie criminelle alors que leurs femmes restent à la maison. Les acteurs connus du film, Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal en tête, risquaient de plomber le film mais procurent l’effet inverse en jouant parfaitement leurs rôles. Le réalisateur, lui, arrive presque à atteindre cette perfection, en abusant juste parfois d’effets faciles (qui fonctionnent sur certains spectateurs, notre voisine dans la salle a failli s’évanouir plusieurs fois). Le fait de suivre deux histoires séparées, de savoir des éléments que les personnages ignorent alors que ça changerait tout nous place dans une situation inconfortable d’observateurs omniscients un peu voyeurs de la misère humaine.

Le film est long et tient en haleine avec de multiples rebondissements, dont certains sont moins prévisibles que d’autres. On se pose des questions sur la moralité des personnages, sur la motivation des kidnappeurs et aussi sur le destin des enfants, pour lesquels on espère réellement une fin heureuse à l’américaine. Prisoners n’est donc clairement pas un film pour se détendre avec des potes ou pour un rencard (à moins d’avoir des fantasmes inavouables, même s’ils concernent Jake ou Hugh). Mais attention, le film risque de faire du mal aux Belges encore traumatisés par l’affaire Dutroux. Peut-être le film servira-t-il d’exutoire? Ou en tout cas de remise en question.

 

Cédric Dautinger

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