Témoignage: reprendre des études après 30 ans

Difficile de reprendre des études quand on s’est lancé dans la vie active. Concilier le travail, la vie de famille, les loisirs et l’université représente en effet un véritable challenge. Pourtant, des programmes spécifiques existent pour aider les adultes qui souhaitent franchir le cap pour obtenir le diplôme dont ils rêvent ou qui souhaitent simplement tenter l’expérience pour, peut-être, changer de vie. Nous avons rencontré Nicolas, qui a décidé de sauter le pas de cette nouvelle aventure. Le risque et les défis, il aime d’ailleurs ça puisqu’il franchit régulièrement la porte d’un avion pour sauter en parachute! Il nous livre son témoignage.

« Je suis étudiant FSP depuis l’année académique 2011-2012. Je rentre en BAC 3 la semaine prochaine. J’ai une particularité : je vais avoir 40 ans au mois d’octobre et je présente les examens via un jury central. C’est une possibilité donnée à ceux qui ne peuvent aller aux cours pour des raisons professionnelles. Pour moi, c’était surtout la possibilité de retourner à l’Université.

Depuis plusieurs années, cela me trottait dans la tête de retourner à l’unif et d’y étudier les sciences-politiques. J’ai toujours aimé la chose politique et je voulais apprendre à analyser et comprendre ce domaine. Au début, j’avais pensé à la formule « élève libre ». À mon âge, je me connais. Grand glandeur devant l’éternel, je savais que s’il n’y avait pas de but, de carotte, je me serais inscrit et cela se serait arrêté là.

Un soir de retrouvaille avec des anciens comitards du Chigé2 à… Louvain-la-Neuve (oui, je suis calotté), je me retrouve à boire plusieurs pintes avec un de mes camarades « Quart-Plein ». Après une profusion de breuvages prise au café des halles, Adé, une de mes élèves de cours de ski nous rejoint (oui, je  passe quatre mois sur mes lattes). Elle est politologue de formation. Ces deux personnes ont profité de ma vulnérabilité à la divine boisson houblonneuse pour me mettre au défi d’y retourner.

Plus sérieusement, mon pote venait de terminer la première année d’un master complémentaire en me disant que c’est juste une question d’organisation, Adé me poussait à tenter, vu que j’aime ça. Et comme à une heure avancée, je me suis senti comme à 20 ans où n’importe quel défi stupide doit être relevé s’il permet d’avoir une pinte à l’œil, j’ai accepté ma mission. Le lendemain, je me suis rendu compte que j’avais réellement la possibilité de le faire, pas d’enfant, du boulot de saisonnier, période creuse en janvier et en mai… Je fonçais.

Je frappe à la porte de l’UCL qui me dit « Jury Central ? Mais c’est beaucoup trop difficile, vous ne réussirez jamais. » Mon expérience d’adulte m’a permis de comprendre que peut-être, il valait mieux ne pas insister chez eux. Je passe donc à l’ULB et je rencontre monsieur Thauvoye, secrétaire de mon futur département pour les bacheliers. Une chose m’a marqué : tous les bureaux occupés avaient les portes ouvertes. Je me retrouve donc en train de discuter de mes motivations, de mes envies. Seulement, nous étions déjà fin novembre… Qu’à cela ne tienne, il avait besoin d’un C.V. et d’une lettre de motivation pour le lendemain, il s’occupait du reste. Quatre jours après, j’avais la réponse de la présidente du jury et mon dossier passait au service des inscriptions : j’étais étudiant à l’ULB.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ? Exactement comme pour les étudiants traditionnels, sauf que je n’ai pas le droit d’aller aux cours, y compris les TP. Ce point de règlement est particulier, car aucun prof n’envisage de m’empêcher de rentrer, mais comme je bosse hors de Belgique, je n’ai même pas la possibilité de le faire. Au niveau des notes, c’est comme tout le monde. En gros, en janvier et en mai, c’est la chasse aux cours via Facebook, Google+ ou n’importe quel autre moyen. J’en profite pour saluer la solidarité qu’il y a dans ma promotion, car les scribes et les résumeurs font un travail extraordinaire et ils le partagent. Les délégués de cours ont toujours répondu à mes questions. Si je peux, j’aimerais citer Fernanda, Jack, Julien, Pauline, Rajâa et Victor.

Pour les cours avec travaux, il faut contacter les profs individuellement. Pour la petite histoire en BA1, je ne savais pas exactement comment faire et je me suis pris un peu tard. Alors que la deadline pour  rendre le travail était largement passée et je me suis retrouvé en seconde sess’. Je n’ai plus refait la bourde en deuxième. Cette fois, c’est la disponibilité des enseignants que je salue. Entre les courriels, Skype (oui, oui), une présentation en session au lieu de durant l’année, ou encore une rencontre avec un prof à Genève, j’ai senti beaucoup de soutien de leur part. Ils ne savent pas toujours ce qu’est le jury central, mais une fois qu’ils savent, nous trouvons des solutions.

Par contre, il ne faut surtout pas croire que c’est plus facile. Une deadline est une deadline. Un travail scientifique reste côté de la même manière pour tous les étudiants. C’est la même chose pour les examens, sauf qu’il faut être présent physiquement. Et là 20 ans de plus ou pas, c’est la même anxiété. Au premier examen, j’ai dû demander mon chemin pour trouver le… Janson. J’en profite pour remercier Charlotte (Solvay) si elle se reconnaît. Au même titre que les autres, j’ai galéré pour le QCM de sociologie, je me suis demandé de quoi il parlait en philo ou je me suis fait exploser en statistiques. Et comme certains, je me suis retrouvé avec une « conditionnelle ». Arriver en BAC 2 m’a réjoui comme un gosse qui reçoit le jouet de ses rêves, mais j’ai surtout compris que j’en avais pris pour quatre ans de plus.

Aujourd’hui, il ne m’en reste plus que trois. J’ai finalement réussi ce fameux examen de statistiques. Et je me réjouis de la rentrée. Mon acolyte avait raison : c’est juste une question d’organisation. Il y a longtemps que je n’ai plus lu de livre qui n’était pas obligatoire. Je passe régulièrement sur l’UV, mon bureau ressemble à celui d’un ado, je connais maintenant le quartier du cimetière, le p’tit yoyo ou la fameuse bibli… Je me sens totalement chez moi au sein de l’ULB.

Avant de conclure, j’aimerais avoir un petit mot pour le BEA. Peu d’étudiants passent chez eux s’ils n’ont pas un soucis particulier, mais cela vaut la peine d’y aller pour voir le boulot qu’ils font. En tant qu’étudiant en jury central, j’ai dû leur poser quelques questions et Catherine, la secrétaire, m’a toujours bien aidé. J’avoue que j’aime aller y traîner mes savates lorsque je passe sur le campus, car cela me permet de me tenir au courant de la vie estudiantine, de l’ULB, de mon institution.

Je ne peux qu’encourager toute personne qui a envie de reprendre des études, de regarder cette formule de jury central. Le plus difficile, c’est l’inscription. Pas administrative, non, psychologique. De se dire que ce songe, cette envie, ce rêve est atteignable. Une fois que le premier pas est fait, les autres suivront. Internet, les étudiants, les profs, le département ou le BEA sont là pour aider. Le reste, c’est juste une question d’organisation.

Je me sens totalement intégré au sein de l’unif, mon ULB n’est pas seulement le portail, c’est mon expérience enrichissante au sein de l’Alma Mater. D’un point de vue personnel, cela m’enrichit, m’ouvre intellectuellement, me donne un excellent équilibre. Rejoindre les rangs de l’ULB est certainement une des plus belles décisions de ma vie. Je n’ai jamais regretté cette inscription, bien au contraire.

Tu as envie de tenter le coup ? Fonce ! Il n’y a pas de date de péremption pour étudier. »

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