Riddick : bon pitch, mais c’est tout

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Le voilà enfin, le dernier né de la saga des Chroniques de Riddick ! Dans cet opus en forme de retour aux sources, Riddick, criminel nyctalope sans foi ni loi interprété par Vin Diesel, se retrouve à nouveau traqué par une bande de mercenaires sur une planète hostile. Alléchant ? Certes, mais pas de quoi fouetter un Alien pour autant.

« Prenons les mêmes et recommençons », est probablement ce que les scénaristes de ce film (et je soupçonne l’ami Vin d’avoir fait quelques suggestions) ont dû se dire. Parce-qu’à peu de choses près, nous avons droit aux mêmes ingrédients que ceux qui ont fait le succès surprise du film fondateur, Pitch Black, sorti il y a treize ans : un antihéros tout en muscles et répliques sèches (Riddick), des mercenaires sanguinaires et une planète hostile infestée de bé-bêtes très méchantes. Une sorte d’auto-remake tout à la gloire de Vin Diesel. Pourquoi pas ?

Un scénario poussif

Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas. Comme si le film avait peur de sa propre inventivité. Dommage, car la première demi-heure laissait entrevoir de nombreuses promesses, la référence se situant clairement du côté de la seconde partie de Predator (John Mc Tiernan, 1987). Créatures flippantes, décors poisseux, atmosphère chaude et aride façon surface de Mars. Miam.

Sans trop se forcer la main, le film parvient même à faire le lien entre cet opus et le précédent (Les Chroniques de Riddick), à coups de flash-backs intégrés cahin-caha dans la narration. On n’est pas loin de l’exploit, tant le second film de la série se perdait en circonvolutions scénaristiques bas de gamme. Du coup, joie ! On se surprend à attendre la suite des événements. Celle-ci déçoit.

"Riddick III"

Car tout cela se gâte quand les humains débarquent. Et tandis qu’on espérait en savoir plus sur cette nouvelle planète, découvrir de nouveaux horizons (et peut-être, de nouvelle bé-bêtes), le scénario s’enlise. Riddick, privé de vaisseau spatial, déclenche une balise de secours, signalant ainsi sa position aux mercenaires de Conruscant et de Navarre (qui possèdent, eux, des vaisseaux spatiaux — vous suivez ?). S’ensuit un huis-clos boursouflé, des répliques poussives, une caméra qui ne sait jamais vraiment où se placer, des personnages secondaires sans saveur. Le survival promis se transforme en un banal film d’action sans suspens ni enjeux… mais ne manque pas de ménager un espace pour une éventuelle suite. Tellement classique.

Le retour aux sources, fausse bonne idée

Triplement dommage, même, tant l’univers imaginé par David Thowy tient la route. Car Les chroniques de Riddick tiennent une place très particulière dans l’univers SF actuel, obsédé par la prétendue profondeur psychologique de ses personnages — cf. le dernier Superman. C’est la mode, le retour aux sources. Il y a des causes aux conséquences et des conséquences aux causes. Il faut tout expliquer. Comme si le spectateur lui-même avait besoin d’une bonne petite cure psychanalytique.

Or, Pitch Black premier du nom allait parfaitement à contre-courant de cette tendance — très vingt-et-unième siècle — à vouloir tout expliquer. On n’y voyait pas grand-chose, ce qui rendait précisément l’intrigue flippante en diable. A l’époque, cette série B manquait alors cruellement de moyens : Vin Diesel était un inconnu et David Thowy, le réalisateur, se remettait à peine de l’échec de Waterworld, dont il avait commis le script. Aussi, le film fut tourné à l’économie de moyens : lumières saturées, plans larges contrastés, dosage des effets spéciaux au millimètre ; Pitch Black fonctionnait au jus de tête et à l’huile de coude, bousculant pratiquement tous les codes à la fois du film de super-héros et de la farce post-apocalyptique — généralement gangrenés par un humour potache (cf, Los Angeles 1997). Comme si le film disait à son spectateur : « Ceux qui vont mourir ne te saluent pas César, ils te font un doigt d’honneur et tentent de survivre par tous les moyens, et tant pis si ça te choque. »

Seconde déception parce-que le deuxième film de la saga, au lieu de se reposer sur ses lauriers, nous embarquait crânement dans un tout autre genre : le Space Opéra. Plus de moyens, plus de personnages et plus de Vin Diesel, mais malheureusement aussi, moins d’idées. La machine hollywoodienne avait déjà pris le dessus, tentant de transformer une (très) honnête série B en fresque premier degré, lorgnant sur la possibilité de démultiplier des suites à l’infini. Dieu merci, ni la critique ni le public ne s’y étaient trompés à l’époque : il s’agissait-là d’une incartade, un essai pas vraiment assumé et, au final, un échec d’intention (une intention très louable, d’ailleurs, que de prendre ce risque). Les jeux restaient ouverts, donc. Pour le meilleur et pour le moyen.

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La fin justifie le moyen

Troisième déception, cette voie hésitante empruntée par le réalisateur et son acteur-star. Dans le dossier de presse, Thowy s’attarde longuement sur sa vision esthétique de ce troisième opus. La luminosité de la planète, le design des créatures, la conception de la base d’où le criminel déclenche la balise de secours. Il en oublie de parler des acteurs et laisse cela à la kyrielle de producteurs-commerciaux impliqués dans le projet, lesquels vantent les mérites d’interprètes de seconde zone, piochés ici et là dans d’autres univers S.F & série B. Soit, on n’est pas chez Ingmar Bergman. Malheureusement, ces acteurs sont supposés occuper les trois-quarts de ce que la caméra laisse à voir… et il faut le dire, ils ne sont pas foncièrement flamboyants. Regrettable, car Thowy à le don d’imaginer des environnements flippants, brûlants, géants, esthétiques. Et il a prouvé par le passé qu’il pouvait faire ça pour pas un rond. Ici, il livre un pâle remake du petit bijou qu’est Pitch Black, tout occupé qu’il est à se reposer sur les épaules de Vin — qui, pour le coup, donne de sa personne. Mais ça ne suffit pas. Bilan — amer — : il est grand temps d’arrêter la casse.

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Clément Boileau

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