« Il reste mille choses à faire et à voir sur le Gesù »

gesu

Gesu Squat, ou le documentaire de 78 min sur l’occupation temporaire du Gesù (à deux pas du Botanique), couvre deux ans d’une entreprise sociale complexe. Entre assemblées générales mouvementées et portraits atypiques, Dimitri Petrovic dresse le tableau (presque) complet d’une communauté sur le fil.

« Il y a des choix de cadres et de montage. Il reste mille choses à faire et à voir sur le Gesù ». C’est sur ces mots emprunts d’humilité que le réalisateur de Gesu Squat a présenté son long-métrage ce mardi 24 septembre au cinéma Aventure. Une remarque qui soulève toute la problématique d’une telle réalisation. Comment rester neutre et surtout exhaustif sur une question aussi complexe et mal médiatisée que les « squats » ? Sa réponse : plus d’une heure au cœur d’une communauté hasardeuse certes mais mouvementée, animée en fait par le vivre ensemble. Concrètement, le film regroupe des heures de tournages étalées sur deux ans d’observation, d’immersion, de familiarisation. 140 personnes, dont 50 enfants façonnent l’image : de leur entrée dans cet ancien couvent en juin 2010 à la signature d’une convention d’occupation avec le propriétaire fin 2011. Les habitants sont alors au nombre de 200, faisant du Gesu l’une des occupations les plus grandes d’Europe.

Après la réalisation de ce long-métrage, Dimitri Petrovic ne peut nier que le reportage « couvre une période chouette » du Gesù. L’occupation est aujourd’hui menacée par un projet d’hôtel pour lequel le propriétaire n’a encore donné aucune indication même si la presse annonce des échéances plus précises. Alors, certes, le film ne capture qu’un moment donné, l’expérience de Dimitri, chouette peut-être mais surtout très représentative des difficultés d’une telle entreprise sociale : la barrière des langues, l’autogestion proclamée (pas toujours assumée) ou encore l’objet même de la vie en communauté (simple assistance sociale ou démarche de résistance ?).

Tout l’intérêt réside alors dans l’équilibre du montage. Le fil rouge s’active à chaque Assemblée Générale. Ici, tout le monde décide, toutes les pistes sont avancées, toutes différences en avant. Que fait-on des artistes qui utilisent les lieux pour s’exprimer mais pas pour résider ? Et ceux qui payent en retard ? C’est là que les scènes intermédiaires (mais tellement primordiales), comme les sourires du quotidien (jeux d’enfants, quiproquos hilarants) et les portraits d’exception, interviennent comme réponses à nos (ex)préjugés. Gagan l’Indien tranche par son métier original quand Tadzio affirme sa vision égalitaire de la communauté. Les familles se battent pour rester, se battent tout court  parfois, et les enfants rient, toujours. Et même si certains pourraient y voir des séquences pathos, ce serait nier que ce sont ces même familles qui donnent vie aux lieux jour après jour. Difficile de les négliger donc en huit mois de montage.

Enfin, le résultat est une frasque d’humanité, où la proximité avec les acteurs est renforcée par la qualité d’images amateur. L’effet est peut-être involontaire (Dimitri et son équipe étant limité en moyens) mais il ajoute une touche naturelle, plus proche, plus évidente au documentaire. Le partage de la caméra avec les habitants soutient plus encore notre empathie et achève de rendre partie à ces morceaux de quotidiens. L’immersion reste totale et ce qui devait être un travail de fin d’études en réalisation devient une vraie observation participante. Prêt à ouvrir les portes du Gesù ? Rendez-vous ce samedi 19 Octobre à 14h au Festival du Film sur l’Art. Pour les autres, le cinéma Aventure promet prochainement d’autres projections.

Benjamin Bourguignon

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