American Nightmare, un huis-clos grand ouvert

Question à mille dollars : peut-on parler de politique en confinant une famille américaine à l’intérieur de sa propre maison, laquelle est assaillie par une bande de tueurs psychopathes ? American Nightmare dit oui. Et comment !

 

 

D’abord, le pitch de ce film est remarquable. Dans un futur proche, les États-Unis d’Amérique sont parvenus à éradiquer toute forme de criminalité. La solution ? Une purge. Une nuit par an, les gens ont le droit de massacrer qui bon leur semble : voisin bruyant, patron injuste, famille insupportable (vous en rêviez, l’Amérique l’a fait)…. mais la plupart du temps, se sont toujours les mêmes qui prennent : les pauvres, les sans-grade, les déshérités sans défense.

La nuit de la purge, donc, un père de famille (Ethan Hawke) et sa famille sont tranquillement barricadés chez eux quand une bande de bourges armés jusqu’au dents les attaque. Le motif ? Leur gibier favori (un sans-abri noir, tiens, tiens), qu’ils traquent depuis le début de la nuit, est parvenu à se réfugier chez eux. Vont-ils le leur livrer ?

L’anticipation à son meilleur

Ethan Hawke excelle décidément dans les films de genre ambigus. Après Sinister, petite perle horrifique où le texan interprète un écrivain-chasseur de fantôme prêt à tout pour reconquérir sa gloire passée (rien à voir avec Les dossiers Warren, franchement faible à côté de ça), le voilà dans la peau d’un américain nouveau riche beaufisant, fier de son ascension sociale honteusement liée au contexte politique : l’homme a fait fortune dans les systèmes d’alarme High-Tech qui protègent depuis une décennie les habitants des attaques venues de l’extérieur le soir de la purge. Quoi de pire pour lui que d’être piégé à l’intérieur même de sa propre forteresse ?

Comme tout bon film d’anticipation, American Nightmare ne questionne en fait que le présent et la société actuelle. La maison devient un territoire hostile, où le danger (le sans-abri prêt à tout pour survivre) peut surgir à tout moment. Quant à l’extérieur, il représente la peur, la folie, la menace. La famille ? Une illusion de sécurité, un faux rempart au beau milieu de la guerre du tous contre tous. Le voisinage, les amis, les collègues ? Une bande de lâches qui vous laissera tomber à la moindre turbulence.

Sous ses airs de petit thriller bien troussé, le propos d’American Nightmare va beaucoup plus loin : ce qu’il nous dit c’est qu’au fond le diable se niche dans les détails, l’habitude, la formule de politesse à laquelle personne ne croit. Sous les traits du petit copain bravache ou ceux, naïfs et satisfaits, du père de famille planqué derrière sa morale douteuse.

Huis-clos inventif

Assez rapidement, on comprend que le film se veut éminemment politique, posant subtilement la question qui obsède actuellement tous les gouvernements occidentaux — États-Unis en tête. A savoir qui, du possible ennemi intérieur ou de l’ennemi extérieur avéré, est le plus dangereux…

American Nightmare ne tranche pas et suggère une troisième option, d’une effroyable perversité. Point de spoiler ici, certains devineront dès le début du film d’où vient la vraie menace, d’autres (je l’espère), non. Dans les deux cas, vous profiterez d’un huis-clos bourré d’inventivité — la marionnette ambulante dont se sert le fiston de la famille pour explorer la maison plongée dans le noir, trouvaille redoutablement efficace — dont la simplicité en termes de mise en scène sert admirablement la somme de questions qu’il pose au spectateur. Sans fermer le débat, toutes fenêtre ouvertes.

 

Pas mal, pour un huis-clos.

Clément Boileau

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