Love & Honor dans ton slip

Avec le retour du soleil vient le chant des oiseaux,  le cri des enfants, l’amour dans les prés. Ah, l’amour ! Ce sentiment si subtil que bons nombres de réalisateurs ont osé interpréter à toutes les sauces et bien souvent à leurs risques et périls.  Avec Love & Honour, Danny Mooney nous offre un vrai péril à tout niveau. Pour son premier film, cet acteur de seconde classe (en fiancé paravent dans Bliss), technicien à ses heures, nous fait rire … à ses dépens.

 

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Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, Platoon ou même Rambo I… Autant de films qui font partie de votre imaginaire et qui s’inscrivent dans la lignée de ses grands classiques incontournables que vos aïeux ou grands frères n’ont pas manqué de vous présenter. Parce qu’après tout, la guerre du Vietnam, c’était pas très catholique, un peu inutile et plein de tourments.

Alors, si Love & Honour prend pied dans le même contexte, on est loin des hélicos poussant la mitraille sous le hurlement de la Chevauchée des Valkyries ou des « ici c’est moi qui fait la loi !» éructé par un mâle dominant torse-poil  qui se remet encore mal des effets de l’agent orange.

Ici, rien d’explosifs je vous dis ! Un peu d’amour (de la patrie ?) et d’eau fraîche rythme un scénario digne d’une classe de primaire en manque d’éveil. Car le problème avec ce long est d’emblée la trame simpliste : « Amour et Honneur », ou comment trahir sa patrie uniquement par amour. Rien d’héroïque par contre : pendant une permission à Hong-Kong en juillet 69, Dalton Joiner (Austin Stowell alias l’inconnu du fond de classe) décide de secrètement s’envoler pour les États-Unis afin de  reconquérir sa dulcinée (Aimee Teegarden) qui l’a épistolairement quitté alors qu’il suait sang et eau contre ces sales asiats. Son ami, Mickey (Liam Hemsworth alias le frère de Thor l’accompagne dans cette lourde tâche plein de dangers. Et oui, car l’Amérique n’est plus si puritaine en ces temps troubles et il n’est pas bon être soldat. Les jeunes sous LSD, militants anti-guerre,  semblent prêts à croire au père noël jusqu’à trente ans. Malheureusement pour le petit Dalton, sa copine Jane fait partie de ces épicuriens plus naïfs que militants. Quelle atrocité ! Marions là au plus vite,  qu’elle quitte cette bande d’écervelés mal habillés qui l’ont renommé Juniper. Mais c’était oublié que Mickey aussi peut avoir des sentiments et qu’après tout, tuer des jaunes peut paraître moins IN que prévu…

Sur fond de patriotisme (merci à Alex Heffes pour la musique), ce long métrage collectionne les défauts de séries B qui généralement provoquent l’hilarité. Seul bémol, ici tout est pris au sérieux. Du coup, le spectateur ne sait pas s’il doit rire ou demander à se faire payer pour regarder la suite.

D’abord, il y a tous ces personnages clichés : le beau gosse qui sourit non-stop, la blonde pas si bête qui résiste aux avances et l’intellectuel fourbe qu’on reconnait à ses lunettes caractéristiques. Bien adéquat pour le scénario, on en conviendra. Seulement, quand les décors n’assurent même plus le réalisme, on se demande si c’est l’effet d’un portefeuille troué chez Mooney. Que fait ce spot/lune dans cette forêt synthétique ? Et les accessoires n’échappent pas à cette règle. Il est pour qui le beau t-shirt Che Guevara de fashionista ? Le Che est mort deux ans auparavant et l’Amérique super amie avec les communistes à l’époque se galvanise déjà du barbu. Voilà qui nous amène au troisième point : le film souffre aussi d’anachronismes ou d’erreurs historiques. A quoi bon, n’est-ce pas le prix à payer pour rendre une histoire d’amour authentique ? Comme placer un membre des Black Power, seul, pour qu’il se fasse tabasser mais pour que le héros puisse pé-cho par sa bravoure.

Afin d’emballer ce tout-néant, les dialogues servent de support à la magie de l’histoire. Entre les blagues « tire sur mon doigt » et  les discussions de répondeur téléphonique, les personnages sans vie réfléchissent aux questions existentielles … sur l’amitié par exemple. Du coup, les scènes de franche camaraderie ressemblent plus à une rencontre entre fans des Pet Shop Boys qu’à un serrage de main testostéroné. Lors de disputes, nos « Vietcong City Boys » s’entremêlent  plus d’ailleurs que ce qu’ils ne se battent et les scènes de conflits se coupent avant la fin, au profit de votre imagination. Un rendez-vous manqué pour la Palme d’Or, certainement.

Au final, le réalisateur Danny Mooney entre dans la légende. Love & Honor devient inclassable tant les clichés défilent et les genres se mélangent vulgairement. On retiendra quand même les premières images, magnifiques : les archives du lancement  d’Appolo 11. Une idée de reconversion, monsieur Mooney ?

 

Sortie ce mercredi 19 juin.

 

Benjamin Bourguignon

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