Edito du lundi : Le travail, c’est la santé ?

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt !

Cette semaine, LE drame. L’horreur. Absolue. Des gens n’ont pas pu partir en vacances. Ou alors si. Mais sans valises. Les petits rois de la finance n’ont pas pu partir au dernier congrès de la série « Comment bien entuber le reste du monde? Théorie et pratique en 10 leçons« . A te foutre une larme à l’œil aussi sûr que lorsque tu regardes Toute une histoire sur les ravages de la chirurgie esthétique. Immonde. Tout ça pourquoi ? Des petits cons de bagagistes qui se plaignent de leurs conditions de travail, dignes de chez France Telecom. Mais on s’en fout de tes conditions de travail, coco ! Le travail, c’est la santé. Tu ne veux quand même pas un salaire et des heures de travail décents avec ça ? Ah bon? Tu te plains? Va un peu voir au Bangladesh si j’y suis. 

Vous ne l’aurez pas compris, c’était la grèèèève à Zaventem. Ça va ? Vous allez bien ? Non mais parce que c’est un gros mot ça, la grèèèève. C’est choquant. Ça « prend les gens en otage« . Les honnêtes citoyens adeptes du « métro, boulot, porno », le gentil peuple des bons sentiments. Mais si, allez ! Ceux qui sont toujours intervewés par RTL, et ce peu importe pourquoi le grève a lieu (c’est important, ça, les raisons de la grève ?). Parce qu’on fait grève par plaisir. Juste pour emmerder le gentil peuple des bons sentiments, celui qu’on interviewe à 10h du mat’ dans sa bagnole et qui pleurniche sur son retard de 30 minutes au bureau (les bagagistes à Zaventem, ils commencent un peu plus tôt que 9h30). Parce que lui, il est plein de bon sentiments, il veut travailler. Comprenez ? C’est l’étudiante, forcément en examen, et forcément sans autre moyen de locomotion, qui attend un bus qui ne viendra pas et qui stresse devant la lunette impassible mais voyeuriste de la caméra. C’est tout ça, la grèèèèèève. C’est chiant.

Ce n’est absolument pas les grandes avancées sociales du XX ème siècle. Les congés payés (grâce auxquels on peut se casser à l’île Maurice en plein mois de mai). Le chômage. Des journées de travail décentes. Toute sorte de choses qui ravissent pas mal de gens. Des revendications du Parti Socialiste. Mais, tiens. N’est-ce pas ce parti qui est au pouvoir aujourd’hui ? Si si, à la tête d’un État qui décide de briser la grève.

Parce que bon, oh, hein, la direction avait fait des propositions. Il faut donc les accepter. De facto. C’est déjà beau que la direction fasse des propositions, faut pas en plus demander à ce qu’elle fasse de bonnes propositions. Et vu que les ouvriers ne voulaient pas se remettre au travail, hop, ni une ni deux, mine de rien, je ne fais que passer : l’État s’immisce dans la concertation sociale et brandit une menace très concertée, une menace que connaissaient bien les mineurs anglais vers 1920 : « nous allons  faire appel à du personnel intérimaire, pour travailler à votre place« . Des « briseurs de grève » qu’on appelle ça. En 1920, ce sont des travailleurs étrangers et affamés, prêts à tout, même à travailler dans les conditions que les travailleurs anglais refusaient.

1920, 2013, même combat.

La grève, c’est l’ultime recours. L’appel au secours, le cri. Le truc qui pique, qu’on ne préfèrerait ne pas avoir à faire. Mais qui est malheureusement encore parfois nécessaire. Ce qui dérange dans cette histoire, c’est le modèle de société véhiculé. Prenez l’avion, braves gens, le gouvernement y veille. Votre voyage contre leur travail.

« Sinon, elles sont où mes valises?  »

A La Pige, on n’a pas le droit de faire grève de toute façon :

Edito29

Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

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