Edito du lundi : Dites 39 !

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt !

Fantasmons un peu. Imaginons un pays qui préfère protéger ses policiers que ses citoyens. Imaginons un peu un pays qui estime qu’il faut garantir l’anonymat de ces policiers, même quand on sait que cela risque d’être la porte ouverte à l’impunité la plus totale pour leurs actes. Imaginons un pays qui décide de remplacer le nom des policiers (normalement visible, sur leur uniforme) par un « chiffre ». On ne sait pas s’il s’agira de « 34 » ou de « 00564200893 ». Imaginons donc un pays dans lequel une jeune femme qui se prend un coup de matraque par un policier lors d’une manif, alors qu’elle ne représentait aucun danger, ne peut plus savoir si ce policier s’appelle Pierre, Paul ou Jacques Van Pipersteen mais devra retenir ce numéro afin de pouvoir engager des poursuites, un numéro qui sera peut-être « 00564200893 ». On explique bien aux citoyens de ce pays, hautement dangereux donc, qu’il sera faciiiile pour le chef de corps d’identifier le policier fautif, grâce à sa voiture ou sa description, et donc qu’il ne faudra rien retenir. Mais elle voudra tout de même le retenir.

Dans ce pays, on justifie cette brillante idée par les représailles dont seraient victimes les policiers. Des représailles qui ne sont pas documentées, par aucun chiffre, ni témoignage vérifiable (même si elles existent sûrement, oui). En revanche, en terme de violences policières, il vaut mieux ne pas vivre dans ce pays. Il a déjà été condamné par la Cour Européenne des droits de l’homme à ce sujet. Selon un organisme sérieux de ce pays, « ces derniers mois nous avons constaté une recrudescence des plaintes et des témoignages mais aussi une aggravation des faits rapportés« .

Parlons-en d’ailleurs des représailles. Cette jeune femme imaginaire de ce pays imaginaire a déjà été filmée lors d’autres manifestations sans qu’on ne lui ai jamais demandé son avis (droit à l’image, non ?). Maintenant que la police possède son image, dès qu’elle est confrontée aux policiers, ils sont beaucoup plus agressifs avec elle. Pire, alors qu’elle marchait près d’une autre manifestation, dont elle ne savait rien, à laquelle elle ne participait pas, elle a été violemment arrêtée. Des représailles, elle en subit aussi. Mais son pays s’en fiche. Ta violence, contre ma violence. Et puis, elle a déjà porté plainte contre des policiers. Des policiers, entre autres, ont jugé si la plainte est vraiment légitime. Non, il paraît. Pourtant, elle ne mentait pas.

D’ailleurs, la proposition de loi adoptée au Sénat de ce pays cette semaine prévoit que les policiers ne sont anonymes que sur le procès-verbal d’audition. Si une procédure est lancée contre le policier, elle aura lieu sans savoir à aucun moment celui contre qui on a porté plainte ? C’est peu crédible et peu démocratique. Ou alors, on sait que les plaintes n’iront jamais aussi loin.

Bienvenue. Ce pays, c’est le nôtre. 

« Et toi? t’es qui ? »

Si vous voulez en savoir plus sur cette jeune fille.

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Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

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